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Les questions politiques dans la lutte contre le parti fasciste Aube dorée

Par Chris Marsden
23 janvier 2013

Des dizaines de milliers de gens vont se réunir aujourd’hui sur la place Syntagma à Athènes pour exprimer leur opposition au parti fasciste Aube dorée (Chrysi Avgi) et à ses attaques contre les immigrés, les gens de gauche et les homosexuels.

Pourtant, ceux qui organisent la manifestation emmènent les travailleurs et les jeunes vers une impasse. Ils font la promotion d’une politique fausse qui ne fera que renforcer les fascistes. Leur objectif est de réhabiliter les partis qui portent la responsabilité principale de la montée de l’Aube dorée et de cimenter leur propre alliance avec ces mêmes partis.

Un rassemblement de groupes de pseudo-gauche comme le DEA (Gauche ouvrière internationale) et Xekinima veulent à tout prix « l’unité à gauche » ou « un front uni de la gauche » contre la menace fasciste. L’essence de cette formule politique, telle qu'ils l'utilisent, consiste à subordonner la lutte de la classe ouvrière contre Aube dorée au parti social-démocrate PASOK, aux syndicats, et à SYRIZA (la coalition de la gauche radicale).

La montée de l’Aube dorée est le prix payé pour ce que ces partis ont fait, soit en imposant directement une contre-révolution sociale en Grèce, soit, dans le cas de SYRIZA, en choisissant pour leur objectif principal la sauvegarde du capitalisme grec et de l’Union européenne (UE).

Le PASOK a dirigé la Grèce de 2009 à 2012, imposant toutes les attaques contre la classe ouvrière exigées par la troïka – UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international – au service des banquiers grecs et internationaux et des grands groupes. Quand son taux d’approbation s’est effondré en 2012, le PASOK a accepté de devenir le partenaire minoritaire d’une coalition avec le parti de droite Nouvelle démocratie (ND) afin de poursuivre et d’accentuer les mesures d’austérité.

«L’unité à gauche » avec le PASOK c’est aussi l’unité avec Nouvelle démocratie et la bourgeoisie. C’est devenu particulièrement évident avec l’adhésion à ces manifestations du dirigeant du PASOK Evangelos Venizelos, du Premier ministre ND Antonis Samaras et de Fotis Kouvelis de la Gauche démocratique (un groupe qui a rompu avec SYRIZA pour être le troisième membre de la coalition gouvernementale), avec Kouvelis qui proclame que « les forces démocratiques doivent ériger un mur fortifié contre tous ceux qui s’en prennent à la démocratie. »

Pour ce qui est des syndicats, au cours des quatre années écoulées la classe ouvrière grecque a organisé 19 grèves générales et d’innombrables autres grèves et manifestations qui ont impliqué des centaines de milliers de travailleurs contre la destruction de leurs emplois, de leurs salaires et de leurs moyens d'existence. Mais les dirigeants syndicaux ont travaillé sans compter pour saper ces efforts, soit en les limitant à des manifestations d’appel à l’aide au gouvernement, soit en les isolant et en aidant à écraser les luttes, comme dans le cas de la grève des travailleurs portuaires, qui menaçait d’échapper au contrôle étouffant des syndicats.

Les syndicats, avec le soutien de SYRIZA et du reste des organisations de la pseudo-gauche, se sont opposés à toute mobilisation de la classe ouvrière qui viserait à faire tomber les gouvernements successifs qui n’apportent que l’austérité, la pauvreté et la faim, tout en maintenant leur alliance avec le PASOK.

Avec SYRIZA, le Parti communiste de Grèce (KKE) et les divers groupes qui participent à la Gauche anticapitaliste pour le renversement (Antarsya) font de la défense des syndicats officiels leur objectif principal.

SYRIZA est devenu le principal parti d’opposition en déclarant son hostilité aux mesures d’austérité. Mais ce parti exprime les idées d’une couche de petits-bourgeois dont la seule exigence est que l’UE accepte de faire quelques concessions symboliques sur le calendrier et l’ampleur des coupes, tout en étant d’accord sur le principal avec la perspective de sauver le capitalisme grec en taillant à grands coups dans le niveau de vie de la classe ouvrière. Sa fonction principale est d’empêcher l’émergence d’un mouvement indépendant et révolutionnaire de la classe ouvrière.

Immédiatement avant les élections générales de juin dernier, le chef du parti, Alexis Tsipras s’était vanté que « SYRIZA est le seul mouvement en Grèce aujourd’hui qui puisse apporter la stabilité économique, sociale et politique à notre pays. « Cela, poursuivait-il, « bénéficiera à la zone euro » et « sauvera la monnaie commune ». Une fois que la coalition dirigée par ND a entamé son nouveau plan d’austérité, Tsipras a déclaré, « ce n’est pas le moment de provoquer la chute du gouvernement. »

Depuis des mois Tsipras fait le tour des capitales d’Europe, rassurant la chancelière Angela Merkel, François Hollande et d’autres que SYRIZA est une force œuvrant pour l’ordre économique et social.

L’aube dorée n'a été capable de gagner en force qu'en raison de la paralysie politique de la classe ouvrière aux mains de ces groupes de pseudo-gauche et de l’opportunisme pourri de SYRIZA en particulier. Les fascistes exploitent le rôle de cette soi-disant « gauche » dans le soutien aux gouvernements de droite et à ce groupement de banquiers que l’on appelle l’UE. Ils dénoncent régulièrement SYRIZA comme le « PASOK version 2 », un parti de la bonne société, tout en se présentant comme une alternative révolutionnaire. L’aube dorée plastronne en disant qu’un gouvernement SYRIZA ne ferait qu’ouvrir la voie à sa propre arrivée au pouvoir.

L’Aube dorée bénéficie en outre du nationalisme et de la xénophobie des partis de gouvernement, comme la récente campagne « Xenios Zeus », qui a récemment ciblé 66 000 immigrés suspectés d’être en situation irrégulière, pour les arrêter, les enfermer et les déporter. Il est bien établi que les troupes de choc de l’Aube dorée sont largement recrutées parmi les officiers de police en civil et qu’au moins la moitié de la police à Athènes a voté pour ce parti fasciste.

Invoquer les prétendus mérites « démocratiques » de n’importe quel parti officiel dans ces circonstances est une fraude grotesque et une trahison de toute défense authentique des droits démocratiques. Les travailleurs grecs subissent une dictature de fait des banquiers et des hommes d’affaire qui imposent un chômage de masse, la destruction des services essentiels et la pauvreté.

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les conclusions non seulement de la situation à laquelle ils sont confrontés, mais aussi des expériences amères du passé. La leçon centrale des années 1930 et 1940 est que la subordination de la classe ouvrière à la bourgeoisie supposément démocratique par les partis staliniens et réformistes, au nom de « l’unité » antifasciste, a entraîné la victoire du fascisme dans un pays après l’autre et s’est terminée par une guerre qui a dévasté l’Europe et une bonne partie du monde.

La Grèce a été dirigée par une dictature militaro-policière dès 1936 avant d’être envahie par l’Italie fasciste puis l’Allemagne nazie et la Bulgarie. Les occupants trouvèrent leurs collaborateurs dans la bourgeoisie, dont une bonne partie survécut à la guerre en devenant des figures de premier plan de la politique et de l’industrie et fournirent le dirigeant du « Régime des colonels » de 1967 à 1974, à savoir le colonel et agent de la CIA, George Papadopoulos.

Accorder confiance à la bourgeoisie et à ses défenseurs politiques aujourd’hui aurait des conséquences tout aussi tragiques.

Les travailleurs et les jeunes grecs doivent au contraire mener une lutte contre l’Aube dorée avec leurs propres buts et leurs propres méthodes, dont la formation de comités de défense dans chaque quartier ouvrier et immigré. Ils doivent le faire et reconnaissant que leur but n’est pas la défense de la « démocratie grecque », c’est-à-dire la défense du capitalisme grec, mais l’établissement d’une démocratie authentique et de l’égalité par la révolution sociale.

Une offensive ouvrière et politique doit être développée pour établir un gouvernement des travailleurs qui saisira les biens des banques et des grandes entreprises et utilisera les ressources de la Grèce pour financer les programmes économiques et sociaux nécessaires pour donner des emplois, de l’éducation, des logements et un système de santé.

Ce n’est pas une tâche pour les seuls travailleurs grecs. C’est une lutte qui doit être menée consciemment dans le cadre d’une mobilisation politique plus large de la classe ouvrière européenne contre l’Union européenne et ses gouvernements constituants, et pour l’établissement du pouvoir ouvrier sous la forme des Etats socialistes unis d’Europe. Pour faire avancer une lutte de cette ampleur, il faut construire des partis nouveaux et authentiquement socialistes – des sections du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 19 janvier 2013)