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La pseudo-gauche couvre le refus de SYRIZA, du PASOK et des syndicats de s'opposer à Aube dorée

Par Chris Marsden et Christoph Dreier
28 janvier 2013

Les reportages estiment qu'entre 3000 et 5000 manifestants étaient présents pour protester contre le parti fasciste Aube dorée (Chrysi Avgi) sur la place Syntagma à Athènes samedi dernier. La marche consistait en un certain nombre de groupes de pseudo-gauche et d'associations de défense des immigrés, avec une très faible participation des syndicats et des principaux partis dits "de gauche", le PASOK, la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) et la Gauche démocratique (DIMAR).

Les implications de leur refus de monter une défense des immigrés ont été soulignées par les funérailles de Shehzad Luqman, un pakistanais tué par des crapules fascistes, qui se sont déroulées plus tôt dans la journée. Les agressions contre les travailleurs immigrés ont augmenté massivement depuis que Chrysi Avgi est entré au Parlement pour la première fois aux élections de juin, avec environ 400 cas reportés au cours des derniers mois, dont trois aux conséquences mortelles.

C'est dans ce contexte que les semaines précédentes il y a eu des annonces qu'une manifestation antifasciste massive se tiendrait en Grèce avec le soutien de tous les « partis de gauche » et qu'elle devrait attirer des dizaines de milliers de gens. Une bonne partie, mais pas toutes, de ces annonces émanaient du Parti socialiste grec (SEK) et de son parti frère, le Parti socialiste ouvrier (Socialist Workers Party - SWP) de Grande-Bretagne, ainsi que de divers courants similaires.

Dans sa perspective du 19 janvier, le World Socialist Web Site décrivait ce qui était appelé un « front uni de la gauche contre la menace fasciste » comme une « fraude grotesque, » visant à réhabiliter « les partis qui portent la responsabilité principale de la montée de l'Aube dorée » qui subordonne la lutte de la classe ouvrière contre Aube dorée « au PASOK social-démocrate, aux syndicats et à SYRIZA. »

Il est maintenant clair que les proclamations de soutien des grandes fédérations syndicales et des partis de gauche étaient en grande partie une invention. Afin de draper ces organisations dans un déguisement antifasciste, les groupes de la pseudo-gauche ont collecté des signatures et des déclarations de soutien de pure forme de la part de quelques responsables syndicaux et ont arrangé un vote dans certains conseils municipaux en soutien à la manifestation.

Le dernier numéro du Socialist Worker (journal du SWP) plastronne, « la principale organisation derrière les manifestations d'Athènes est le Mouvement contre le racisme et la menace fasciste (KEERFA) » et son « organisateur national est Petros Constantinou, membre de l'organisation sœur du Socialist Workers Party, le SEK. »

Le plus grand succès remporté par KEERFA a été de s'assurer le vote de soutien du conseil municipal d'Athènes, où les deux partis qui siègent au gouvernement avec les conservateurs de Nouvelle démocratie, le PASOK et DIMAR, ont voté en faveur de la manifestation aux côtés de SYRIZA. La valeur de ce soutien était nulle, étant donné leur collusion dans la prise de mesures anti-immigrés et leur rôle dans l'imposition de coupes brutales contre les travailleurs et que Aube dorée exploite pour attiser le nationalisme.

Rien de tout cela n'a mis un frein à l'offensive médiatique montée par la pseudo-gauche, qui a non seulement fourni une apologie de SYRIZA et consorts en Grèce, mais aussi des forces équivalentes au Royaume-Uni.

Le SWP a pu amplifier sa voix grâce à sa position dirigeante dans Unite Against Fascism (UAF), qui est financé par le Trade Union Congress [la principale confédération syndicale, ndt] en Grande-Bretagne. Le SWP a une histoire s'étalant sur des dizaines d'années depuis l'Anti-Nazi League (ANL) des années 1970, où il a régulièrement utilisé la rhétorique antifasciste pour pousser au soutien de la bureaucratie travailliste et syndicale. La différence avec cette époque, cependant, est qu'il a maintenant réussi à s'intégrer aux plus hauts échelons de la bureaucratie syndicale, exerçant des fonctions dirigeantes dans plusieurs syndicats. Dans la même ligne, en 2003 le SWP a liquidé l'ANL dans l'UAF, dont le but principal est de faire la promotion d'un vote tactique contre les fascistes du British National Party (BNP). Son vice-président est Weyman Bennett du SWP.

Le 20 décembre, l'UAF a publié une déclaration sur l'agression contre le député de SYRIZA Dimitris Stratoulis par Aube dorée lors d'un match de foot. « Cette agression contre un député du principal parti d'opposition de gauche devrait déclencher des sonnettes d'alarmes, » y déclarait Bennett, en promettant, « une campagne massive pour éjecter le BNP et l'extrême-droite du Parlement européen lors des élections de 2014 et pour empêcher le racisme et la xénophobie de polluer la politique ici. »

Cette déclaration faisait grand cas du soutien de Dimitris Tsoukalas, député SYRIZA anciennement au PASOK et ex-dirigeant du syndicat des employés de banque, avant d'affirmer, « l'objectif d'Aube dorée est de supprimer toute voix qui lutte contre la politique de la troïka et du programme d'austérité, contre les politiques qui démolissent les droits politiques, sociaux et démocratiques du peuple Grec. »

Les déclarations de l'UAF-SWP visent à dissimuler le fait qu'aucun soutien national pour son initiative n'a été obtenu de la part de SYRIZA ni d'aucun syndicat, tout en passant sous silence le rôle de ces organisations qui ont aidé la bourgeoisie grecque à imposer les diktats de la troïka. Trois jours seulement après la manifestation de samedi, le dirigeant de SYRIZA Alexis Tsipras s'est exprimé devant sa véritable base sociale lorsqu'il a fait un discours au Brookings Institute de Washington.

« Y a-t-il quoi que ce soit à craindre [de] la gauche en Grèce ? En quoi sommes-nous radicaux ? » a-t-il demandé de manière rhétorique. « Les alarmistes vous diront que notre parti, s'il arrive au gouvernement, annulera l'accord sur les prêts passé avec l'Union européenne et le FMI, fera sortir le pays de la zone euro, rompra les liens de la Grèce avec l'occident civilisé, et que la Grèce deviendra une nouvelle Corée du Nord. […] J'espère vous convaincre que je ne suis pas aussi dangereux que certains essayent de le dire, » a-t-il poursuivi. « Laissez-moi le dire clairement : SYRIZA maintiendra la Grèce dans la zone euro. »

C'est précisément la position pro-capitaliste, pro-Union européenne de la prétendue « gauche » et la démobilisation de l'opposition par les syndicats qui est responsable de la montée en puissance d'Aube dorée, laquelle se présente comme un opposant à l'austérité, à l'UE, aux banquiers et aux partis officiels comme SYRIZA.

Une déclaration de l'UAF du 14 janvier a explicitement dit comment le SWP compte bénéficier de l'initiative politique de ses partenaires grecs et comment il contribuera à alimenter les mêmes dangers politiques partout. Elle affirme : « la coalition qui lance cet appel est exactement du même type que celle que l'UAF a construit et encourage ici – les syndicats, les partis et les politiciens progressistes, les organisations de défense des immigrés, des musulmans, des noirs, les groupes LGBT, des intellectuels, écrivains etc. »

L'échec de leur manifestation à attirer un soutien important n'a pas fait dévier le SWP de ce programme. Son article se lit comme si un succès triomphal avait été enregistré, citant « 25 000 personnes » qui auraient participé à « la plus grande mobilisation contre le fascisme de mémoire d'homme, » une qui était « avec l'exception de l'influent Parti communiste, » soutenue par « tous les partis de gauche. »

« Il y a eu plus de 25 manifestations de solidarité sur toute la planète samedi, de Moscou à Chicago, » continue-t-il, sans mentionner rien d'autre qu'une évaluation exagérée selon laquelle 500 personnes se seraient rassemblées devant l'ambassade grecque de Londres à l'appel de l'UAF. Le seul autre reportage que nous ayons pu trouver cite « plus de 60 personnes » rassemblées devant le consulat de Grèce à Chicago – une indication de la véritable ampleur de la mobilisation antifasciste de la « pseudo-gauche. »

Les travailleurs grecs et les jeunes doivent rejeter toutes les tentatives de ce type visant à les enrôler de force des derrière des partis de la bourgeoisie grecque et de l'appareil syndical au nom de « l'unité à gauche ». Cela ne fera que donner l'initiative à Aube dorée et aux autres partis de son genre. Au lieu de cela, ils doivent s'emparer de la lutte contre les fascistes dans le cadre d'une offensive ouvrière et politique pour faire tomber le capitalisme en Grèce et dans toute l'Europe et établir le socialisme.

(Article original paru le 25 janvier 2013)