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L’industrie automobile française prépare une attaque contre les emplois et les conditions de travail

Par Pierre Mabut
8 janvier 2013

En 2012, les ventes de voitures ont enregistré en France leur pire année depuis 1997. Les ventes de véhicules neufs ont chuté de 14 pour cent en général, les marques françaises Renault et PSA Peugeot-Citroën étant les pires touchées, avec une baisse respectivement de 22 pour cent et de 17,5 pour cent.

PSA envisage d’ores et déjà de licencier 11.000 travailleurs sur le plan national et de fermer l’usine d’Aulnay-sous-Bois près de Paris qui emploie 3.500 personnes, ce qui va supprimer 10.000 emplois indirects. En 2013, les suppressions d’emplois dans l’automobile menacent 10 pour cent de la main-d’oeuvre employée directement ou indirectement dans cette industrie en France.

Les syndicats français collaborent avec les employeurs pour « réformer » le marché du travail et renforcer la compétitivité des entreprises françaises, imitant de ce fait les syndicats américains. Le gouvernement du Parti socialiste (PS) veut parvenir à un accord de « flexisécurité » d’ici la mi-janvier de façon à ce que les employeurs puissent licencier les travailleurs et réduire les salaires durant les périodes de moindre activité. Le gouvernement et l’organisation patronale du Medef veulent éliminer les contrats à durée indéterminée (CDI) qui accordent un minimum de sécurité d’emploi, pour les remplacer par des contrats à durée déterminée (CDD) qui permettent aux employeurs d’embaucher et de licencier comme bon leur semble.

Les syndicats n’ont soulevé aucune objection de principe à la « flexisécurité » et ont proposé de taxer les employeurs qui recourent trop souvent aux travailleurs intérimaires et aux contrats à durée déterminée concernant actuellement 75 pour cent de tous les salariés nouvellement embauchés. Les négociateurs du Medef ont manifesté leur opposition à une taxe sur les CDD, ce qui bloque actuellement un accord avec les syndicats.

Dans la pratique, les syndicats ont déjà capitulé devant les exigences de PSA en faveur de la flexibilité dans son usine de Sevelnord dans le Nord de la France et qui sert maintenant de référence aux employeurs. Sevelnord emploie 2.700 travailleurs dans une région dévastée par le chômage. Au total, PSA envisage de licencier davantage de travailleurs qui sont proches de la retraite. Sa main-d’oeuvre française devrait passer de 67.112 actuellement à 55.989 d’ici mi-2014.

Conformément à la politique du PS de « réindustrialisation » de la France, les syndicats chez PSA ont signé pour Sevelnord en juillet dernier un « accord de compétitivité » de cinq ans qui gèle les salaires et supprime les jours de RTT (jours de repos acquis au titre de la réduction du temps de travail).

L’accord était censé garantir la production d’un nouveau véhicule utilitaire le K-zéro à Sevelnord à la place du site de Vigo en Espagne. Les syndicats ont signé l’accord qui devait servir de modèle pour imposer des conditions de style GM (General Motors) à tous les travailleurs de l’automobile. Bien que la CGT (Confédération générale du travail) ait critiqué l’accord comme étant du « chantage » et ait refusé de le signer, c'est l’acceptation par la CGT de la fermeture de l’usine d’Aulnay qui a facilité la conclusion de l’accord.

A l’époque, le responsable syndical du site d’Aulnay, Jean-Pierre Mercier, membre de la CGT et porte-parole du parti petit bourgeois de « gauche » Lutte ouvrière (LO) avait dit : « Moi, je n’accepterai jamais de négocier le licenciement d’un salarié… mais, si on est vraiment obligé de vendre notre peau, alors on la vendra le plus cher possible, avec des garanties de reclassement, de formation, des indemnités décentes. »

La CGT, appuyée par LO, tente de réitérer la politique traitre qu’elle avait pratiquée en 2009 à l’usine de pneumatiques Continental de Clairoix où elle avait eu à l’usure la résistance des travailleurs et avait isolé la lutte menée contre la fermeture de l’usine en échange d’indemnités de licenciement.

Les ventes de véhicules utilitaires légers ont dégringolé de 10,4 pour cent et celles des camions de 8,4 pour cent, signe évident de la contraction des économies française et européenne. Selon les prévisions de l’industrie, en 2011, la production automobile française ne comptait que pour 3 pour cent de la production mondiale tandis que l’Allemagne produisait 10 pour cent.

En mars dernier, le patron de Fiat, Sergio Marchionne, qui est aussi le président de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), avait exposé les intentions des constructeurs de réduire les capacités de production de 20 pour cent en Europe. Il avait dit à la Commission européenne qu’il était nécessaire de « flexibiliser les marchés pour permettre d’augmenter la productivité. Il faut lancer rapidement ce processus d’ajustement. Et puis repartir de zéro sur une base saine. »

Les constructeurs automobiles européens prennent en exemple les géants de l’automobile américains qui ont fermé 18 usines et licencié 35.000 travailleurs depuis 2007 en réduisant le taux horaire de 50 pour cent pour les nouveaux salariés. Ce faisant, ils ont bénéficié de l’assistance du syndicat United Auto Workers (UAW) qui est entré dans le capital de General Motors. La fermeture de l’usine GM-Opel à Bochum en Allemagne est actuellement prévue pour 2016 et entraînera la perte de 3.000 emplois. Ce sera la première fermeture du genre en Allemagne depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le constructeur automobile Renault – qui emploie 56.000 travailleurs et dont l’Etat détient 15 pour cent du capital – a dit ne pas vouloir fermer ses usines françaises s’il obtient des concessions sur les coûts de main-d’oeuvre en 2013.

La CGT a soumis le mois dernier un plan B alternatif dans le but d’assurer l’avenir de l’entreprise automobile PSA Citroën tout en acceptant des licenciements de masse. Le plan se fonde sur le rapport du cabinet d’experts Secafi relatif à la viabilité économique de PSA et commandé par les syndicats.

Bruno Lemerle, le porte-parole de la CGT à l’usine PSA de Sochaux, a affirmé que les licenciements de masse sont « un plan financier, pas un plan industriel. Il est dangereux, car il obère la capacité du groupe de réagir au retour de l’activité attendu pour 2016, ou peu après. » De telles affirmations reviennent à dire aux travailleurs de placer leurs espoirs dans une reprise hypothétique de l’économie capitaliste déchirée par la crise et que des années séparent d’une telle reprise.

Les travailleurs doivent rejeter avec mépris le soi-disant plan B qui mélange consciemment les besoins de l’entreprise avec ceux des travailleurs. Cette perspective anti-classe ouvrière est la même que celle avancée par l’UAW chez GM à Detroit et que Lemerle a dernièrement consulté.

Une capitulation similaire a eu lieu de la part de la CFDT (Confédération française démocratique du travail) chez PSA. La CFDT a proposé de réduire la durée hebdomadaire de travail à 32 heures (avec une réduction correspondante du salaire) dans le but de reclasser dans d'autres usines les travailleurs après la fermeture d’Aulnay.

Face à l’intransigeance de PSA de vouloir mener à bien une restructuration de style GM, la CFDT a répété les appels lancés par la CGT : « La responsabilité des actionnaires dont la politique financière conduit à dégrader encore plus fortement la santé de PSA et à réduire les marges de manœuvre… Ceux-ci [les actionnaires] doivent assumer leur responsabilité et mettre la main à la poche. »

Ces remarques ne font que souligner la faillite de la mentalité pro-patronale des syndicats. Les travailleurs doivent non seulement lutter contre les employeurs et le gouvernement PS mais aussi contre les syndicats qui collaborent délibérément avec le gouvernement PS afin de rendre plus compétitif le capitalisme français aux dépens des emplois et des conditions de travail.

(Article original paru le 7 janvier 2013)