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La France lance une offensive terrestre au Mali

Par Ernst Wolff
19 janvier 2013

Des avions de combat et des unités au sol français ont poursuivi hier 15 janvier leur offensive contre les rebelles menés par les Islamistes au Mali, ce pays pauvre d’Afrique.

Les forces terrestres françaises ont lancé une attaque contre les forces rebelles de la petite ville frontière de Diabaly, à 400 kilomètres de la capitale malienne, Bamako. Elle aurait été encerclée et bloquée par des soldats français et maliens et des combats au corps-à-corps s'y déroulent.

Des forces rebelles avaient délogé lundi les forces gouvernementales maliennes de Diabaly. Les habitants ont dit que la nuit passée la ville était restée sous le contrôle islamiste malgré d’incessantes frappes aériennes françaises.

Partant de l’aéroport de Bamako, trente véhicules blindés transportant des soldats français feraient route vers le Nord en se dirigeant vers les lignes rebelles, dans ce qui représente le premier déploiement importantde troupes terrestres en direction du Nord.

Hier matin, près d’une centaine de soldats français sont également arrivés à un pont stratégique sur le fleuve Niger, près de la ville de Ségou, à quelque 230 kilomètres au Nord-Est de Bamako. Selon un porte-parole de l’armée, leur tâche est de sécuriser le pont et d’empêcher les forces islamistes de progresser davantage vers le Sud en direction de la capitale.

Depuis le déclenchement de la guerre contre le Mali vendredi 11 janvier, Paris a envoyé 750 soldats au Mali et exécuté 50 bombardements aériens contre des villes dont Gao et Kidal, dans la moitié Nord du Mali qui est contrôlée depuis avril 2012 par des forces rebelles. Douze chasseurs Rafale et Mirage ont conduit les attaques. Selon le président français, François Hollande, le nombre de soldats français sera plus que triplé pour se chiffrer à 2.500.

Des forces islamistes se revendiquant d’al Qaïda ont aussi attaqué une installation de traitement de gaz naturel à In Amenas dans l’Algérie voisine qui est apparue comme un important pays de transit entre les Islamistes du Nord-Mali et la Libye. Gouvernée en grande partie par des milices islamistes depuis la guerre menée en 2011 par les Etats-Unis et l’OTAN et qui a renversé le colonel Mouammar Kadhafi, la Libye est devenue une source majeure d’armes pour les insurgés islamistes au Nord-Mali.

Les Islamistes ont pris en otage 41 personnes au site d’Amenas qui est géré conjointement par BP, la compagnie norvégienne Statoil et la société algérienne Sonatrach. Deux personnes, dont in citoyen britannique, ont été tuées. Les preneurs d’otages exigent la libération de 100 Islamistes qui sont détenus en Algérie. Le gouvernement algérien a déclaré qu’il refusera de négocier.

Les chefs d’état-major des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se sont réunis mardi à Bamako pour approuver des plans prévoyant d’envoyer rapidement 3.300 soldats ouest-africains, comme le prévoit un plan d’intervention soutenu par l’ONU.

Le Nigeria qui doit diriger la mission militaire, a promis de déployer 190 soldats dans les 24 heures mais a clairement dit que même si certains soldats arrivaient bientôt au Mali, leur formation et équipement prendra un certain temps. Le Nigeria est en train de combattre une insurrection sur le plan national contre le groupe islamiste Boko Haram et il pourrait avoir des difficultés à envoyer 900 hommes au Mali comme promis.

Les soldats ouest-africains, dont la plupart sont mal rémunérés et piètrement équipés, ont besoin de davantage de temps pour devenir opérationnels, rendant ainsi de plus en plus difficile à la France de conférer à sa guerre un « visage africain. » Le calendrier initial des forces africaines sanctionnées par l’ONU n’avait pas à l’origine prévu un déploiement complet avant septembre.

L’Union africaine qui représente 20 gouvernements africains a aussi exprimé son plein soutien à l’agression de la France. Le commissaire de l’Union africaine à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra, a dit que les pays africains hors Cédéao pourraient aussi fournir des troupes et un soutien logistique.

Les responsables américains seraient apparemment en train d’envisager des plans pour acheminer des troupes françaises additionnelles au Mali, pour ravitailler des avions français et pour envoyer des drones au Mali afin de mener des opérations d’espionnage ou même pour accomplir des missions de bombardement. J. Peter Pham, conseiller de haut rang au commandement militaire américain pour l’Afrique a dit : « Les frappes de drones ou les frappes aériennes ne rétabliront pas l’intégrité du Mali ou ne vaincront pas les Islamistes mais elles pourraient être la solution la moins mauvaise. »

Cependant des doutes persistent à Washington concernant l’action française militaire conjointe au Mali. Le Wall Street Journal a cité un haut responsable du gouvernement Obama qui a exprimé des doutes quant à l’apport d’aide à la France : « Si nous fournissons quoi que ce soit à quiconque – notre partenaire le plus proche ou nos connaissances les plus éloignées dans la sphère internationale – nous voulons en connaître les objectifs, » a dit un responsable.

Le Canada a envoyé mardi un avion de transport C-17 Globemaster à la France où il a été chargé de matériel et de personnel à destination de Bamako. Le Canada a accepté de fournir l’avion pour une semaine, pour aider à acheminer des fournitures de guerre ou des troupes à Bamako.

L’impérialisme européen appuie aussi la guerre néocoloniale française. La haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a annoncé que les ministres des Affaires étrangères de l’UE tiendront aujourd’hui une réunion extraordinaire à Bruxelles pour discuter de la crise au Mali. La réunion se concentrera sur l’accélération des préparatifs pour une mission de formation de l’UE pour les forces maliennes et autre « soutien direct » pour le régime de Bamako.

Deux avions de transport militaires britanniques ont été affectés pour aider le déploiement des troupes françaises, a dit le ministère britannique des Affaires étrangères. La Belgique a dit mardi vouloir envoyer deux avions de transport C-130 et deux hélicoptères d’évacuation sanitaire, et le Danemark met à disposition pour trois mois un avion de transport C-130 Hercules.

A Berlin, un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a dit envisager une aide logistique et humanitaire pour la guerre de la France. La chancelière allemande, Angela Merkel, qui accueillait mardi et mercredi le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara qui est aussi l’actuel président de la Cédéao, a accepté de fournir aux troupes de la Cédéao deux avions de transport allemands Transall.

Lundi, lors d’un entretien téléphonique entre le ministre des Affaires étrangères, Giulio Terzi, et son homologue français, Laurent Fabius, l’Italie a exprimé son soutien pour l’opération menée par la France au Mali. L’Italie avait été prévenue par avance de l’action lancée la semaine passée par la France, a rapporté l’agence de presse italienne ANSA.

L’impérialisme européen peut également compter sur le total soutien du parti allemand des Verts. Bien qu’étant critique à l’égard de certaines démarches tactiques, les Verts allemands ont défendu l’intervention française, disant qu'elle est « conforme au droit international. »

« La France est intervenue à juste titre au Mali, » a dit l’ancien ministre Jürgen Trittin, l’un de leurs dirigeants.

Daniel Cohn-Bendit, l’ancien anarchiste et actuel président du groupe des Verts au parlement européen, a réclamé la préparation d’une invasion allemande du Mali : « Les Allemands doivent se préparer à intervenir si les choses se compliquent, » a-t-il dit dans une interview accordée au journal Kölner Stadtanzeiger. A la question de savoir s’il pouvait imaginer le déploiement de soldats allemands sur le territoire malien, il a répondu, « Oui ».

(Article original paru le 17 janvier 2013)