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Le parti allemand Die Linke défend son soutien pour la guerre contre la Syrie

Par Johannes Stern
21 janvier 2013

Deux semaines après que des responsables du parti allemand Die Linke (La Gauche – l’homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) ont signé une déclaration réclamant une intervention en Syrie (Voir en anglais : « Left Party officials signed a statement calling for intervention in Syria »), Neues Deutschland, le principal journal de Die Linke a publié un commentaire rédigé par son rédacteur en chef, Tom Strohschneider, pour réitérer son soutien à la guerre contre la Syrie.

Strohschneider débute son article intitulé « Nous devons parler : sur le débat concernant l’appel pour la Syrie, la liberté a besoin d’aide, » en chantant les louanges de l’opposition syrienne qu’il qualifie de mouvement progressiste devant être soutenu. Il a écrit que les gens « avaient eu le courage de descendre dans la rue contre [le président syrien] Assad afin de protester pour leurs droits, pour des réformes démocratiques et pour l’égalité sociale. »

Il a ajouté que la déclaration « La liberté a besoin d’aide » – signée par les dirigeants du parti Die Linke, de l’Union des Chrétiens démocrates (CDU), du Parti social-démocrate (SPD) et des Verts – avait été publiée pour appuyer la « résistance civile » en Syrie : « Il s’agit de la solidarité avec les comités locaux de coordination, les initiatives kurdes, les groupes d’étudiants et de jeunes Palestiniens qui rejettent la logique militaire. »

C’est une falsification. Les forces d’opposition louées par Strohschneider, tels les Comités locaux de coordination (LCC), soutiennent les opérations militaires de l’OTAN et de ses mandataires islamistes dans le but d’évincer Assad et de mettre en place un régime fantoche pro-occidental en Syrie.

Les LCC font partie de la Coalition nationale pour la révolution syrienne et les forces de l’opposition (NCSROF), organisation de tutelle de l’opposition syrienne et qui est appuyée par l’Occident. La NCSROF a été bricolée par Washington en novembre dernier à Doha et est considérée être par les puissances de l’OTAN et les Etats du Golfe comme le « représentant légitime du peuple syrien ». Dominée par les Frères musulmans, elle appelle ses partisans à « renverser le régime » par la lutte armée menée aux côtés des forces islamistes terroristes.

La soi-disant initiative « Adopter une révolution » (Adopt a Revolution, AaR) qui, tout comme l’organisation de droit humain Medico International, a publié la déclaration « La liberté a besoin d’aide », collecte des fonds pour l’opposition syrienne. Ses fondateurs et dirigeants comprennent des membres du Conseil national syrien dominé par les Islamistes, Rami Nakhle, Ferhad Ahma et Hosan Ibrahim. Ceux-ci ont à plusieurs reprises réclamé une intervention militaire étrangère en Syrie.

Avec l’appui de la CIA, des forces de type al Qaïda comme Al-Nusra et d’autres brigades islamistes sont en train de mener une guerre sectaire contre des minorités religieuses en faisant sauter des voitures piégées dans des banlieues civiles et en assassinant et en torturant de présumés partisans du régime Assad. Depuis le début de la guerre, des dizaines de milliers de Syriens ont été tués et des centaines de milliers de plus ont été transformés en réfugiés. Une grande partie de l’héritage culturel, dont des sites classés au patrimoine mondial tels les souks (marchés couverts) historiques d’Alep ont été détruits.

Strohschneider tente de désamorcer l’immense opposition publique à l’encontre de l’intervention en Syrie en contribuant à rassembler un soutien politique et financier pour l’opposition soutenue par les Occidentaux. Il le fait en se présentant comme le défenseur d’un débat avec tous dans les rangs de la « gauche » politique au sujet d’un soutien de l’initiative AaR.

Il écrit: « Nous devons dialoguer. Sans un débat autocritique sur le conflit en Syrie portant sérieusement sur différents sujets, la gauche du pays répétera l’erreur souvent commise : celle d'être politiquement figée. Cela n’aidera ni la gauche et ni, ce qui est encore plus important, les gens en Syrie ou n'importe où ailleurs dont la recherche de la libération, de l’auto-émancipation, de la démocratie et de la justice sociale a le droit d’être prise au sérieux et ne pas disparaître dans les moules des grandes interprétations mondiales. »

L’ensemble du soi-disant « débat » proposé par Strohschneider est de mauvaise foi. Loin d’être « autocritique » ou de gauche, il brouille et ignore la question centrale de la guerre : le rôle des puissances impérialistes dans l’armement et la promotion de forces d’opposition droitières et meurtrières en Syrie.

L’exigence de Strohschneider pour que la « gauche » ne devienne pas « politiquement figée » ou ne disparaisse pas « dans les moules des grandes interprétations mondiales » reflète l’hostilité de Die Linke à l’égard de tout principe politique ferme en général, et à l'égard du marxisme en particulier. En rejetant toute analyse concrète de la situation politique en Syrie, du caractère de classe de l’opposition et du rôle de l’impérialisme, Strohschneider promeut le mensonge selon lequel la démocratie ne peut être concrétisée en Syrie que par les forces de droite alliées à l’impérialisme.

Strohschneider déclare sans gêne aucune: « Oui, la Syrie est à la merci des intérêts internationaux. Alors que les fissures grandissent dans l’ordre politique, les puissances régionales veulent saisir leur chance ; derrière l’appel aux droits humains se trouvent des régimes meurtriers, des marchands d’armes et des dirigeants religieux. Tout ceci est vrai, mais cela ne doit pas dédouaner de leurs responsabilités ceux d’entre nous qui luttent pour un monde meilleur – non pas malgré cette réalité mais à cause d’elle. Avec toutes les erreurs que l’on peut faire. En Syrie et ici. »

Cette déclaration vile met en lumière le caractère profondément réactionnaire de Die Linke qui opère comme une agence politique de l’impérialisme allemand. Strohschneider sait que la promotion par Die Linke de la guerre en Syrie comme étant une guerre pour la défense des droits de l’homme est une couverture politique pour les régimes entachés de sang faisant partie des puissances de l’OTAN, la Turquie et les régimes féodaux du golfe persique au même titre que les trafiquants d’armes et les fanatiques islamistes avec lesquels ils collaborent. Et pourtant, il soutient crânement la guerre.

Tandis qu'il couvre le soutien de Die Linke à la guerre impérialiste menée par les Etats-Unis, Strohschneider est en train de concocter les mensonges les plus incohérents. Il affirme que les forces qu’il promeut, et qui sont armées et financées par l’impérialisme, sont en train de combattre pour un « monde meilleur » non seulement contre Assad mais apparemment aussi contre leurs propres soutiens impérialistes !

L’attitude qui ressort des arguments de Strohschneider ne diffère en rien des affirmations de l’impérialisme américain selon lesquelles en envahissant et en occupant des pays quasi sans défense et en mettant en place des régimes fantoches l’on promeut la démocratie et les droits humains. Strohschneider voudrait nous faire croire que les crimes horribles commis par les gouvernements Bush et Obama dans des guerres néocoloniales en Irak et en Afghanistan ne sont que de simples « excès » ou « erreurs » survenus dans la poursuite d’un « monde meilleur. »

Un homme capable d'écrire de telles choses est capable de soutenir n’importe quel crime commis par l’impérialisme allemand. Il ment en ce qui concerne la guerre contre la Syrie sans ressentir le besoin de justifier ses arguments parce que lui et son parti soutiennent instinctivement les intérêts de l’impérialisme allemand.

La déclaration de Strohschneider doit être prise par la classe ouvrière allemande comme une mise en garde. Le soutien de Die Linke pour un crime impérialiste d’une telle monstruosité montre que ce parti n’a rien à voir avec une politique de gauche ou progressiste. Ce parti ne reculera devant rien pour défendre le capitalisme allemand face à une menace révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 14 janvier 2013)