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L’Asie en 2013

Par Peter Symonds
24 janvier 2013

La classe ouvrière et les masses opprimée d'Asie sont confrontées à une crise économique et sociale grandissante et une augmentation du risque de guerre. Alors que les classes dirigeantes recourent au poison du nationalisme et du militarisme, l’unification des travailleurs sur la base de l’internationalisme socialiste devient une nécessité urgente.

Les lignes de faille d’un monde nouveau ne sont nulle part plus visibles qu’en Asie. Le « pivot vers l’Asie-Pacifique » du gouvernement Obama accroît les tensions géopolitiques partout dans la région tout en renforçant les anciennes alliances militaires, en formant de nouveaux partenariats stratégiques, en établissant de nouvelles ententes de base et en repositionnant les ressources militaires – le tout afin de contenir la Chine.

En encourageant les alliés à faire valoir leurs intérêts, les Etats-Unis ont embrasé les points chauds à travers toute la région. Eperonnés par Washington, les Philippines et le Vietnam cherchent à instaurer un front constitué des pays d’Asie du Sud-Est pour renforcer leur position dans les conflits territoriaux avec la Chine en Mer de Chine méridionale. Avec le soutien des Etats-Unis, la Corée du Sud a mis fin à l’ancienne « politique du rayon de soleil » qui visait à entamer des relations avec la Corée du Nord, s’assurant que les tensions demeurent vives sur la péninsule coréenne.

La témérité de la politique étrangère américaine est particulièrement visible dans les frictions qui sont survenues entre le Japon et la Chine au sujet du conflit des îles Senkaku/Diaoyu en Mer de Chine orientale. Depuis septembre, date où Tokyo a « nationalisé » ces îles rocheuses, les navires japonais et chinois et actuellement des avions ont été engagés dans des pratiques et des ripostes risquées dans les eaux et l’espace aérien avoisinants. Le moindre incident risque de se transformer en une confrontation impliquant les trois économies mondiales les plus importantes: les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

L’hypocrisie du gouvernement Obama ne connaît pas de limite. Le secrétaire d’Etat américain adjoint pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, Kurt Campbell, a appelé hier à « garder la tête froide pour l’emporter » dans le conflit concernant l’île, même si les Etats-Unis organisent des exercices conjoints avec le Japon pour renforcer leur « défense de l’île ». Tout en clamant la « neutralité » de Washington dans cette controverse territoriale, les responsables américains ont affirmé à maintes reprises qu’en cas de conflit au sujet des îles, les Etats-Unis se rangeraient militairement du côté du Japon.

En incitant Tokyo à affronter Beijing, les Etats-Unis ont contribué à attiser une relance du nationalisme et du militarisme japonais qui avaient dominé les élections du mois dernier et eu pour conséquence un gouvernement droitier dirigé par le premier ministre Shinzo Abe. Dans les semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir, ce gouvernement a annoncé la première augmentation des dépenses militaires depuis une décennie, renforcé les forces japonaises autour des îles contestées et entrepris une offensive diplomatique pour consolider ses liens économiques et stratégiques en Asie du Sud-Est.

Abe envisage de modifier la soi-disant clause pacifiste de la constitution d’après-guerre japonaise pour transformer ses forces d’autodéfense en « une armée régulière » capable de poursuivre les intérêts de l’impérialisme japonais. La réémergence du militarisme japonais est d’ores et déjà en train de déplacer les alignements régionaux alors que le gouvernement philippin annonce une coopération plus étroite avec Tokyo et soutient publiquement un « Japon militairement plus fort » pour contrebalancer la Chine.

La force motrice se cachant derrière le « pivot » vers l’Asie d’Obama est l’aggravation de la crise économique mondiale. Les Etats-Unis cherchent à compenser leur déclin en recourant à la puissance militaire pour sauvegarder leur hégémonie mondiale, notamment en Asie, et qui est cruciale à la production mondialisée. Cependant, loin d’être un moteur indépendant pour la croissance économique, les économies asiatiques sont actuellement affectées par le marasme que connaissent leurs marchés d’exportations européens et américains. Le taux de croissance en Chine a fortement chuté en 2012, passant de 10,4 à 7,7 pour cent et en Inde de 8,9 à 5,5 pour cent. Le Japon est une fois de plus entré en récession.

Tout comme leurs homologues en Europe et en Amérique, les classes dirigeantes en Asie ne connaissent qu’une seule solution à leurs problèmes économiques croissants : tenter, à l’intérieur du pays, de faire porter le fardeau économique à la classe ouvrière et, à l’extérieur du pays, à leurs concurrents. Les émanations nocives du nationalisme sont en train de monter partout dans la région alors que les gouvernements s’efforcent de projeter sur un « ennemi » étranger extérieur les tensions sociales grandissantes produites par leurs mesures d’austérité.

La clameur nationaliste qui est attisée par les élites dirigeantes au Japon et en Chine est ancrée dans leur crainte d’un soulèvement social au vu d’une contraction de leurs économies. De la même façon, la querelle de frontière au Cachemire, entre l’Inde et le Pakistan, et qui a déjà occasionné deux guerres a de nouveau resurgi alors que la Nouvelle Dehli et Islamabad raniment des animosités communautaristes pour détourner l’attention de leur crise intérieure.

L’éruption du nationalisme est accompagnée par le développement d’une course à l’armement. Alors que Washington choisit de montrer du doigt le budget de la défense chinois, les dépenses militaires sont en train d’augmenter dans toute la région. Selon l’Institut international d’études stratégiques, les dépenses militaires de l’Asie devraient dépasser celles de l’année dernière en Europe. Les budgets de la défense de la Chine, du Japon et de l’Inde s’élevaient à 89,9 milliards, 58,2 milliards et 37 milliards de dollars respectivement. Les pays de l’Asie du Sud-Est ont collectivement accru leurs dépenses de 13,5 pour cent pour atteindre 24,5 milliards de dollars. Avec 670 milliards de dollars, le budget de la défense américain éclipse encore tous ses concurrents potentiels.

Bien qu’il existe des différences évidentes, la situation actuelle rappelle la période d’avant-guerre des années 1930 lorsque l’impérialisme japonais avait cherché à s’extirper de la dépression économique au moyen de conquêtes coloniales. Son occupation militaire de la Chine avait placé le Japon sur une trajectoire de collision avec l’impérialisme américain et conduit à une guerre dans toute la région de l’Asie et du Pacifique. Au cours de ces deux dernières décennies, l’effondrement de l’Union soviétique, la restauration capitaliste en Chine et le tournant de l’Inde vers une politique pro-marché ont créé des élites capitalistes ambitieuses et qui cherchent à trouver leur propre place dans l’ordre impérialiste, en accentuant grandement les rivalités régionales et le risque d’un conflit nucléaire catastrophique.

Les mêmes processus ont aussi conduit à une vaste expansion de la classe ouvrière en Asie, laquelle abrite la moitié de la population mondiale. Aux côtés de ses frères et sœurs de classe partout dans le monde, elle est l’unique force sociale capable de mettre fin à l’aggravation de la misère sociale et à la descente vers la barbarie de la guerre en éradiquant sa cause première, le capitalisme, et en établissant une économie socialiste planifiée mondialement. Ceci requiert avant tout une lutte politique contre toutes les formes de nationalisme et de communautarisme afin d’unifier internationalement les travailleurs. En contrepartie, la classe ouvrière doit régler des comptes politiques avec le stalinisme, notamment avec sa version maoïste qui, en subordonnant le prolétariat à la bourgeoisie nationale, est responsable d’une succession de trahisons, plus dévastatrices les unes que les autres.

Ceci signifie qu’il faut tirer les enseignements indispensables de la lutte continue menée au cours du 20ème siècle par le mouvement trotskyste international contre le stalinisme et construire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale partout en Asie afin de diriger les luttes révolutionnaires à venir.

(Article original paru le 18 janvier 2013)