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Afghanistan: un modèle de néocolonialisme pour le 21ème siècle

Par Peter Symonds
7 janvier 2013

Alors que la date butoir de 2014 pour la fin des opérations de l’OTAN en Afghanistan se rapproche, le gouvernement Obama est en train de préparer la continuation d’une présence militaire américaine pour une durée indéterminée à l’avenir. Les projets que le New York Times a relatés soulignent le caractère prédateur et néocolonial de l’occupation dirigée par les Etats-Unis.

Selon le Times, le général John Allen, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, a soumis au Pentagone trois options pour la période d’après le soi-disant retrait des « troupes de combat » fin 2014. L'une des options veut maintenir le niveau des troupes américaines à 6.000, l’autre réclame 10.000 soldats, et la troisième est fondée sur une force de 20.000 hommes.

Comme l’ont expliqué des responsables anonymes de la défense, le point central des trois propositions est la continuation de la présence de « commandos de forces spéciales qui traqueraient les insurgés. » Des forces américaines supplémentaires seraient utilisées pour renforcer les forces de sécurité afghanes grâce à un soutien aérien, logistique ainsi qu’une formation.

Tout ceci continue à être justifié sous le faux prétexte de la guerre « contre le terrorisme ». En réalité, durant plus de 12 ans, l’Afghanistan a servi de base d'opérations pour établir l’influence et l’armée américaine partout dans la région dans une guerre sanglante et implacable.

Le président Obama a déjà transformé le conflit en « guerre AfPak », en intensifiant les frappes de drones effectuées au Pakistan voisin. L’Afghanistan est indubitablement un élément clé des projets mis en avant par le Pentagone pour une guerre contre l’Iran tout comme un avant-poste commode pour les machinations et les intrigues des Etats-Unis dans les républiques d’Asie centrale.

Maintenir l’Afghanistan comme une semi-colonie américaine signifie soutenir le régime vénal du président afghan Hamid Karzaï. Le véritable objectif du maintien d’une importante force de soldats des forces spéciales américains, qui sont connues pour leurs raids nocturnes et leurs meurtres de masse, est d’intimider et de terroriser la population qui est foncièrement hostile à l’occupation étrangère. Le nombre croissant des incidents nommés « verts-contre-bleus » – des soldats et des policiers afghans qui retournent leurs fusils contre les troupes étrangères – signale une colère et une hostilité bien plus grandes à l'égard de la présence continue des Etats-Unis.

Les propositions d’Allen servent de préalable aux réunions devant avoir lieu cette semaine à Washington entre Obama et Karzaï au sujet des modalités de la présence militaire américaine après 2014. Tels qu’ils sont présentés dans les médias, les pourparlers impliquent les dirigeants de deux Etats souverains, ce qui est une déformation grossière et absurde de la réalité.

Karzaï et son gouvernement sont entièrement dépendants de Washington. L’économie du pays est tributaire de l’aide internationale. Les forces de sécurité afghanes sont achetées et payées par les Etats-Unis et leurs alliés et elles comptent sur une aide militaire de l’étranger. Selon le dernier examen du Pentagone, seule une des 23 brigades afghanes est en mesure d’opérer indépendamment.

Le gouvernement Obama insiste pour dire que les troupes et le personnel américains vont conserver après 2014 une immunité judiciaire en vertu de la loi afghane. Les Etats-Unis ont déclaré ne pas avoir l’intention de garder des bases militaires permanentes en Afghanistan. Mais des installations conjointes où le personnel américain disposera d’une totale liberté d’action répondront tout autant aux besoins du Pentagone.

Les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à payer pour une armée afghane qui sert leurs intérêts, et non pas pour renforcer la position du régime fantoche.

L’Afghanistan a été un terrain d’expérimentation pour le néocolonialisme du 21ème siècle. L’occupation a servi de modèle aux opérations menées par les Etats-Unis en Irak, en Libye et actuellement en Syrie tandis que Washington cherche à étendre son hégémonie économique et stratégique sur les régions riches en énergie au Moyen-Orient en Asie centrale.

L’armée américaine et les agences d’espionnage sont passées maître dans l’art d’intimider, de terroriser et d’assassiner les gens qui leur sont hostiles, de soudoyer les mercenaires et les agents locaux, de manipuler les rivalités tribales et ethniques et de mettre en place et de maintenir des gouvernements dociles à souhait. La technologie est peut-être plus moderne, mais les techniques ressemblent elles étrangement à celles du colonialisme européen du 19ème siècle.

Les interventions de Washington en Libye et en Syrie ont révélé au grand jour le caractère bidon de la « guerre contre le terrorisme » qui avait initialement fourni le prétexte à l’invasion américaine de l’Afghanistan. Pour pouvoir renverser les gouvernements libyen et syrien, le Pentagone et la CIA comptent fortement sur le soutien des milices sunnites islamistes, y compris celles ayant des liens avec al Qaïda. Dans bien des cas, le financement et l’armement sont fournis par les alliés du Golfe persique des Etats-Unis : les régimes despotiques d’Arabie saoudite et des Etats du Golfe.

L’Afghanistan contredit les affirmations selon lesquelles les Etats-Unis apportent la « démocratie » au Moyen-Orient. Les élections sont truquées. Le parlement afghan est un panier de crabes de factions rivales pro-Etats-Unis incluant des seigneurs de guerre et des chefs militaires tristement célèbres. Si un référendum libre devait jamais se tenir au sujet d'une occupation militaire, il en résulterait une écrasante majorité contre. Tout ceci sert de modèle à ce qui est en train d’être établi à Tripoli et à ce que les Etats-Unis s’efforcent d’établir à Damas.

L’opposition contre l’occupation afghane ne se limite pas qu’à l’Afghanistan. Des sondages d’opinion réalisés aux Etats-Unis et chez leurs alliés ont à maintes reprises révélé qu’une majorité de gens sont opposés à la guerre. Et pourtant, cette opposition ne trouve aucune expression dans l’establishment politique ou médiatique.

Les soi-disant libéraux et ceux jadis de gauche qui avaient soutenu les protestations de masse contre la guerre en Irak ont rapidement mis fin au mouvement de protestation une fois Obama arrivé au pouvoir. Ces mêmes organisations sont devenues les meneurs de claque pour les nouvelles guerres lancées par le gouvernement Obama au nom de la « démocratie » en Libye et en Syrie.

La force motrice derrière cette éruption du néocolonialisme et du militarisme est l’aggravation de la crise mondiale du capitalisme. Alors même qu’il mène une offensive contre la classe ouvrière sur le plan national, le gouvernement Obama est engagé dans une tentative désespérée de consolidation de l’hégémonie américaine contre les rivaux européens et asiatiques de Washington, notamment la Chine, partout dans le monde. La conséquence en est une aggravation des tensions entre les principales puissances et le danger grandissant d’un conflit mondial catastrophique.

Le développement d’un authentique mouvement anti-guerre ne se fera que sur la base d’une perspective s’attaquant aux causes profondes de la guerre, du militarisme et du néocolonialisme : le système capitaliste lui-même. Ces dernières décennies ont démontré l’inutilité des appels lancés aux gouvernements et aux partis capitalistes. Une lutte contre la guerre doit être fondée sur la mobilisation indépendante de la classe ouvrière internationale dans le but de renverser le capitalisme et d'établir le socialisme.

(Article original paru le 5 janvier 2013)