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L’Europe en 2013

Par Peter Schwarz
11 janvier 2013

L’Europe reste engluée dans la crise économique et sociale la plus profonde depuis la Deuxième Guerre mondiale.

En 2012, plus de gens ont perdu leur emploi qu’à aucune autre année de ces deux dernières décennies, a dit mardi 8 janvier le commissaire européen responsable de l’emploi, László Andor, à l’occasion de la présentation du rapport 2012 « Evolutions de l’emploi et de la situation sociale en Europe. » Ceux qui ont un emploi ont moins d’argent en poche et le risque de glisser dans la pauvreté est en train d’augmenter inexorablement, a-t-il fait remarquer.

Il est « improbable » a ajouté Andor, « que la situation socio-économique s’améliore de manière significative en 2013. »

La situation est tout particulièrement catastrophique dans les pays du Sud et de l’Est de l’Europe. Jusqu'ici, seules des guerres ont dévasté de façon aussi radicale et en si peu de temps des économies nationales comme l’ont fait les mesures d’austérité imposées par l’Union européenne.

En Grèce et en Espagne, une personne sur quatre est officiellement au chômage et plus de la moitié des jeunes sont sans emploi. Le revenu moyen des ménages a chuté de 17 pour cent en Grèce au cours de ces trois dernières années et de 8 pour cent en Espagne. Les soins de santé, les retraites et les systèmes de sécurité sociale sont au bord de l'effondrement.

Mais, malgré la catastrophe sociale qu’ils ont provoquée avec leur politique d’austérité, les gouvernements européens sont déterminés à resserrer les vis du dispositif budgétaire. Ils ne se contentent plus de se limiter à la périphérie de la zone euro mais ils s’attaquent de plus en plus férocement à la classe ouvrière des principaux pays au coeur de l'Europe.

C’est ce que confirment les nouveaux plans d’austérité prévus pour l’Italie, la France et l’Allemagne ainsi que la fermeture d’usines automobiles en Europe. Dans son message de Nouvel An adressé à la nation, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que la situation économique ne « sera pas plus facile l’année prochaine, au contraire, elle sera encore plus difficile. » Il s’agit-là d’un avertissement clair et net.

En Grande-Bretagne, où près du quart de la population vit déjà dans la pauvreté, le gouvernement Cameron est en train de démanteler systématiquement le système public de santé, d’éducation nationale et de protection sociale.

Il n’est pas un parti parmi les partis politiques traditionnels qui propose une issue de sortie du cercle vicieux de l’austérité, de la récession et du délabrement social. La soi-disant gauche, tout comme la droite, sont d’accord pour dire qu’il n’y a pas d’alternative à la consolidation budgétaire et à la satisfaction des exigences des marchés financiers aux dépens des services sociaux, de l’éducation et des soins de santé. Lors des élections prévues cette année en Italie et en Allemagne, l'unique question posée est de savoir quelle coalition ou quel parti est le plus approprié pour appliquer les dictats de l’oligarchie financière.

En Italie, trois camps se présentent aux élections : le camp de Silvio Berlusconi qui unit les éléments les plus criminels de la bourgeoisie avec la Ligue du Nord (Lega Nord) ouvertement raciste ; le camp de Mario Monti, l’homme choisi par les banques internationales et qui a mis en œuvre l’année passée les coupes les plus rigoureuses dans les dépenses sociales de toute l’histoire du pays; et le camp de Pier Luigi Bersani, jusqu'ici l’allié le plus fiable de Monti et dont l’unique point fort est d’être mieux placé pour intégrer les syndicats et la soi-disant « gauche » dans le processus d’application de la politique gouvernementale.

En Allemagne, le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts s’efforcent de remplacer la coalition formée entre les conservateurs et les libéraux et dirigée par Merkel afin d’imposer plus efficacement l’austérité et les coupes dans les services sociaux. Durant le mandat de la coalition gouvernementale rouge-verte dirigée par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, ces partis avaient fait la preuve de leurs qualifications pour cette tâche.

Un rôle tout particulièrement insidieux est joué partout en Europe par les partis se disant « de gauche ». Ils considèrent que leur tâche principale consiste à garder le contrôle sur la lutte des classes et à empêcher le développement d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière. A cette fin, ils critiquent de vive voix l’austérité tout en s’efforçant de canaliser l’opposition sociale derrière les syndicats qui soutiennent le programme d’austérité de la bourgeoisie en collaborant à sa mise en œuvre. Dans le même temps, les partis pseudo-gauches fournissent aux gouvernements les majorités parlementaires requises à l’application des attaques de ces derniers contre la classe ouvrière, voire appliquent eux-mêmes ces attaques.

Au Danemark, l’alliance rouge-verte, un assortiment de sociaux-démocrates de « gauche », de staliniens, de maoïstes et de pablistes, a dernièrement voté en faveur du budget du gouvernement dirigé par la social-démocratie et qui poursuit sans interruption la politique d’austérité du gouvernement conservateur précédent.

En Grèce, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) est prête à remplacer la coalition gouvernementale instable du premier ministre Antonis Samaras. SYRIZA a, à maintes reprises, garanti aux banques sa volonté de rembourser la dette du gouvernement grec et de maintenir le pays dans l’Union européenne.

En Italie, tant la Gauche, écologie et liberté (Sinistra, ecologia e libertà) que Refondation communiste (Refundazione comunista) sont prêts à soutenir un gouvernement mené aussi bien par Bersani que Monti, comme ils l’avaient fait précédemment avec le gouvernement de Romano Prodi. Et, en Allemagne, le parti La Gauche (Die Linke) est prêt à procurer la majorité parlementaire requise à un gouvernement fédéral SPD-Verts, comme le parti l’avait déjà fait au niveau régional des Länder.

Ces partis sont de gauche uniquement par le nom. Ils représentent une couche aisée de la classe moyenne qui est en train de virer de plus en plus à droite au fur et à mesure que la lutte des classes s’intensifie. Ils ont totalement intégré le camp bourgeois.

Dans un contexte où une quelconque solution à la crise est impossible à concrétiser au moyen des structures politiques existantes, inévitablement les conflits sociaux ne peuvent que prendre des formes de plus en plus ouvertes. Des luttes des classes intenses sont à l’ordre du jour à travers toute l’Europe. Celles-ci ont déjà été annoncées par les protestations de masse qui ont eu lieu l’année dernière en Grèce, en Espagne et au Portugal. Il est inconcevable que des centaines de millions de travailleurs européens acceptent la destruction de leurs moyens d’existence sans coup férir.

L’intensification de la lutte des classes ne règle cependant pas automatiquement la question de la perspective politique. Au contraire, cette question se pose avec encore plus d'acuité.

Si une solution progressiste à la crise reste entravée par le rôle joué par les partis pseudo-gauches, alors les organisations d’extrême-droite peuvent tirer profit de l’accroissement de la misère sociale et du désespoir. Telle est la dure leçon du siècle passé. Le même danger peut être observé de nos jours avec l’essor d’organisations d’extrême-droite et fascistes telles Chrysi Avgi (Aube dorée) en Grèce, le Front national (FN) en France et Jobbik en Hongrie.

Les travailleurs doivent rompre avec les syndicats et les organisations pseudo-gauches qui cherchent à les enchaîner au système capitaliste décrépit. En insistant pour dire qu’il n’y a pas d’alternative à de nouvelles coupes sociales et à l’appauvrissement de vastes sections de la population, la classe dirigeante reconnaît de fait la faillite du capitalisme.

L’unique alternative à une rechute dans la pauvreté de masse et la barbarie est un programme socialiste. Les banques et les grands groupes doivent être nationalisés et placés sous contrôle démocratique. La production doit être réorganisée de façon à satisfaire les besoins de la société et non les intérêts de profit des spéculateurs et des parasites financiers.

Un tel programme ne peut être réalisé qu’au moyen d’une lutte unie de la classe ouvrière européenne et internationale. Celle-ci requiert la formation de gouvernements ouvriers et l’établissement des Etats socialistes unis d’Europe. La tâche la plus urgente est la construction de nouveaux partis révolutionnaires ouvriers comme partie intégrante d’un mouvement socialiste internationaliste – les partis de l’Egalité socialiste et le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 10 janvier 2013)