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Deux ans après la révolution égyptienne

Par Johannes Stern
28 janvier 2013

Il y deux ans, jour pour jour, des masses de travailleurs et de jeunes sont descendues dans les rues en Egypte pour protester contre le régime du président Hosni Moubarak. Inspirées par leurs frères de classe tunisiens qui à peine onze jours plus tôt avaient renversé le président Zine Abedine Ben Ali, les travailleurs et les jeunes d’Egypte ont commencé une lutte héroïque. Ils ont renversé en seulement 18 jours l’un des dictateurs resté le plus longtemps au pouvoir et soutenu par les Etats-Unis.

Le rôle décisif joué par la classe ouvrière dans la destitution de Moubarak a été une réfutation imparable du triomphalisme pro-capitaliste concernant la « fin de l’histoire » après la dissolution de l’URSS par la bureaucratie stalinienne. Il a également asséné un coup terrible aux théories postmodernistes à la mode qui nient le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la lutte révolutionnaire.

Les grèves de masse, allant des usines de textile du delta du Nil jusqu'au Canal de Suez et des usines gérées par l'armée jusqu'au secteur public, ont paralysé le pays et contraint Moubarak à démissionner. La classe ouvrière a été la force décisive dans le renversement de Moubarak confirmant ainsi clairement l’affirmation du Manifeste Communiste : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. »

Deux ans plus tard, les défis immenses posés à la classe ouvrière par une époque de luttes de classes explosives, de guerres et de révolutions sont devenus plus évidents. C’est avec une grande empathie et beaucoup d’enthousiasme que l’éviction de Moubarak a été suivie internationalement, accompagnée de manifestations s'étendant d’Israël aux Etats-Unis en passant par l’Europe. Cependant, ceci en soi ne pouvait résoudre ce que Léon Trotsky, le grand adversaire marxiste de Staline, avait signalé dans le Programme de transition comme étant le trait décisif de notre époque : la crise historique de la direction du prolétariat.

En l’absence d’un parti révolutionnaire de masse au sein de la classe ouvrière, la bourgeoisie égyptienne avait les mains libres pour installer au pouvoir les Frères musulmans (FM) droitiers avec comme président Mohamed Morsi dans le but de maintenir la surexploitation des travailleurs égyptiens et de poursuivre la collaboration du Caire avec l’impérialisme américain.

Ce processus a été facilité par la politique menée par les organisations représentant les intérêts des couches aisées de la classe moyenne – telles les Socialistes révolutionnaires (SR) en Egypte, le Socialist Workers Party (SWP) en Grande-Bretagne, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France ou l’International Socialist Organisation (ISO) aux Etats-Unis.

Toutes ces forces, terrifiées par le soulèvement de la classe ouvrière, ont réagi en effectuant un virage à droite brutal.

Au sein-même de l’Egypte, les SR se sont révélés hostiles à mener la moindre lutte sur la base de l’indépendance de la classe ouvrière et d’une politique socialiste. Au lieu de cela et après avoir initialement appuyé la junte militaire, ils ont promu les FM droitiers pour remplacer la dictature de Moubarak. Les SR, soutenus par Morsi comme « candidat révolutionnaire » aux élections présidentielles, et le dirigeant des SR, Sameh Naguib, ont salué la victoire de Morsi comme « une véritable victoire des masses égyptiennes. »

Les implications réactionnaires de cette politique antisocialiste sont rapidement devenues visibles. Alors que tout comme Moubarak, il emprisonne et torture les travailleurs et les jeunes qui protestent contre sa politique, Morsi cherche à nouer un nouvel accord avec le FMI afin de planifier de nouvelles attaques contre la classe ouvrière à une échelle que même Moubarak n’aurait pas osé mettre en vigueur. La classe ouvrière est actuellement confrontée à de nouvelles luttes contre des projets de réduire drastiquement les subventions essentielles pour le pain, le carburant et d’autres produits clé dont dépend la population égyptienne.

Internationalement le virage à droite effectué par les couches aisées de la classe moyenne a été tout aussi marqué. Le NPA, l’ISO et le SWP opèrent tous comme des assistants de l’impérialisme alors que celui-ci entreprend de réimposer aux peuples d’Afrique et du Moyen Orient les chaînes du néocolonialisme en anéantissant dans la région tout régime ne se soumettant pas totalement à ses exigences.

Les groupes pseudo-gauches ont cyniquement soutenu les guerres sectaires et par procuration menées par les brigades islamistes de type al Qaïda contre la Libye et la Syrie avec l’appui de bombardements effectués par les Etats-Unis et l’OTAN et l’assistance d’agences de renseignement impérialistes, et en allant même jusqu’à promouvoir ces guerres comme des luttes révolutionnaires pour la démocratie et les droits humains.

Le caractère de classe de ces guerres est symbolisé par la décision des principales banques occidentales de geler des centaines de milliards de fonds issus du pétrole libyen. Au fond, les impérialistes sont en train de concrétiser par la force militaire le même programme anti-classe ouvrière que le FMI et Morsi sont en train de mettre en application en Egypte : le pillage de la société dans l’intérêt du capital financier.

Ces interventions impérialistes représentent une escalade qualitative de la stratégie contre-révolutionnaire de la part des puissances occidentales pour piller la région tout entière. La France est actuellement en train d’étendre la politique guerrière impérialiste contre son ancienne colonie, le Mali et la tentative d’évincer le président syrien Bachar al-Assad entre dans le cadre de projets de guerre impérialiste plus vastes contre l’Iran.

L’éruption de la violence impérialiste contre-révolutionnaire à l’encontre de la classe ouvrière avec l’aide de la bourgeoisie arabe et des tendances pseudo-gauches, confirme l’insistance du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) sur la nécessité d'un programme marxiste pour la classe ouvrière.

Deux ans après les premières luttes engagées par la classe ouvrière égyptienne, la défense par le CIQI de la théorie de la révolution permanente de Trotsky à l’encontre des tendances pseudo-gauches a été entièrement confirmée : seule la classe ouvrière armée d’une perspective socialiste est capable de mener la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme.

Après la chute de Moubarak, le World Socialist Web Site a présenté son programme pour la classe ouvrière (voir : « La révolution égyptienne entre dans une nouvelle phase » :

« La poursuite de la révolution et la lutte pour défendre ses intérêts amènent la classe ouvrière et les masses opprimées dans un conflit encore plus direct avec l’armée, l’opposition officielle et l’impérialisme américain. »

« Pour que cette lutte aille de l’avant, il est fondamental de construire des organes indépendants de démocratie ouvrière, en opposition à l’État dirigé par l’armée et la police. Ces organes jetteront les bases pour le transfert du pouvoir vers la classe ouvrière. Une lutte pour unifier les travailleurs de l’Égypte avec la classe ouvrière de toute la région, ainsi qu’avec les travailleurs dans les pays capitalistes avancés – d’abord et avant tout ceux aux États-Unis, est aussi nécessaire. Le soulèvement révolutionnaire en Égypte fait partie d’une lutte des travailleurs et des opprimés partout à travers le monde contre l’assaut généralisé du patronat et de l'élite financière. »

Alors que la révolution égyptienne entre dans sa troisième année, cette perspective internationaliste et socialiste doit guider cette recrudescence des luttes de masse de la classe ouvrière égyptienne et internationale.

(Article original paru le 25 janvier 2013)