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Pourquoi le Parti de l'égalité sociale (Allemagne) rejette une interdiction par l'Etat du parti néo-fasciste NPD

Par le Parti l'égalité sociale (PSG- Partei für Soziale Gleichheit)
14 janvier 2013

A la mi-décembre, le Sénat allemand (la chambre haute du Parlement) a approuvé l'ouverture d'une procédure d'interdiction pour le parti d'extrême-droite NPD devant la Cour constitutionnelle. Jusqu'à présent, le Bundestag, (la chambre basse) et le gouvernement ont hésité à apporter leur soutien à cette mesure. Alors que la CSU (Union social-chrétienne) et le FDP (Parti libéral-démocrate) se sont montrés réservés à l'égard d'une telle mesure, ce sont surtout le SPD (Parti social-démocrate), Die Linke (La Gauche) et les Verts qui s'engagent pour qu'une telle interdiction réussisse.

Le Parti de l'égalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG) s'oppose par principe à une telle interdiction. Une telle mesure ne contribue pas à lutter contre l'extrême-droite, mais renforce au contraire l'appareil d'Etat qui est étroitement lié aux milieux d'extrême-droite et a de plus en plus recours aux mesures autoritaires.

L'interdiction d'un parti politique constitue une grave atteinte aux libertés civiles de la classe ouvrière. Alors que des masses de gens se détournent de la politique officielle parce qu'ils ne se voient représentés par aucun des partis présents au parlement, l'élite dirigeante réagit en attaquant la liberté d'association et en s'arrogeant le droit de décider quels partis la population peut ou ne peut pas former.

L'histoire a montré à mainte reprise qu'au bout du compte une telle restriction des libertés démocratiques ne fait que renforcer et encourager les groupes de la société les plus à droite et les plus réactionnaires. On nie en même temps au mouvement ouvrier les formes les plus élémentaires d'expression libre et démocratique.

Les mesures ayant permis la dissolution d'organisations politiques dans les années 1920 et 1930, sous la République de Weimar, telles la Loi pour la protection de la République, furent utilisées presque exclusivement contre les organisations de gauche et le mouvement ouvrier. Dans l'Allemagne d'après guerre, l'interdiction de la minuscule organisation de droite Sozialistische Reichspartei (Parti socialiste impérial) en 1953 a servi de précédent pour la destruction du Parti communiste allemand (KPD) trois ans plus tard. Aujourd'hui, une interdiction du NPD sert avant tout de prétexte pour renforcer les prérogatives de l'Etat et non pas à appuyer une lutte contre le danger, qui grandit en Europe, du fascisme.

En réalité, l'augmentation des pouvoirs de l'Etat et la montée des tendances fascistes et d'extrême-droite sont inséparables l'une de l'autre. Ces deux phénomènes ont tous deux pour cause l'intensification des conflits de classe tant en Allemagne que dans toute l'Europe. Sur tout le continent, l'élite dirigeante cherche à faire porter le fardeau de la crise à la population et à détruire des acquis sociaux pour lesquels elle s'est battue pendant des décennies. Un tel assaut est incompatible avec le maintien de libertés civiles. Alors que l'augmentation des pouvoirs de l'Etat sert à surveiller et à opprimer toute opposition venue d'en bas, les bandes d'extrême-droite sont utilisées pour mobiliser contre la classe ouvrière la lie de la société.

L'extrême-droite allemande est développée et soutenue précisément par ce même appareil d'Etat que les défenseurs d'une interdiction du NPD veulent renforcer pour une prétendue "lutte contre la droite". C'est ce que la précédente tentative officielle d'interdire le NPD avait déjà mis en évidence. Cette tentative a échoué parce que les juges de la Cour constitutionnelle avaient conclu que "pour ce qui était des faits" le NPD était "en réalité une organisation de l'Etat". Au cours de la procédure légale, il fut révélé qu'au moins un permanent du NPD sur sept était un agent payé des services de renseignements.

L'année passée, les révélations sur le groupe terroriste d'extrême-droite NSU (Nationalsozialistischer Untergrund) ont mis à jour de plus en plus de détails sur les relations existant entre les services de renseignements et la police et les milieux fascistes et terroristes de droite. Les liens entre ces agences de l'Etat et les milieux d'extrême droite sont étroits; elles ont financé des groupes extrémistes de droite par le biais d'agents, aidant même à fonder certains de ces groupes. Les preuves montrant que celles-ci étaient effectivement impliquées dans les attaques terroristes meurtrières du NSU, menées sous les yeux d'agents de l'Etat, sont considérables.

Les campagnes menées par l'Etat et les médias contre les réfugiés et les immigrés ont également préparé le terrain au développement de l'extrême-droite. En 1992, une campagne contre de prétendus 'abus' des ressources de l'asile politique menée par l'ensemble des partis présents au parlement et par les médias, avait débouché sur une vague de violence raciste. Cela aboutit au siège pendant des jours d'un foyer pour réfugiés et culmina dans les attaques mortelles de Solingen et Mölln. Aujourd'hui, la déportation systématique des réfugiés et la suspicion généralisée à l'égard des Musulmans, globalement présentés comme des intégristes violents, ont un effet similaire.

Le nombre des adhérents du NPD a baissé récemment et ce parti peut à peine éviter l'asphyxie financière depuis que le tribunal administratif fédéral l'a condamné à payer une amende d'un demi-million d'euros pour avoir présenté des comptes incorrects. Mais dans les autres pays européens les organisations d'extrême-droite sont en train de gagner une influence considérable. En France, le Front national a obtenu près de 18 pour cent à l'élection présidentielle, le meilleur score jamais réalisé par ce parti. En Hongrie et en Grèce, les partis ouvertement fascistes Jobbik et Chrysi Avgi, ont un nombre significatif de députés au parlement.

Une telle évolution est aussi possible en Allemagne. La cause de cette montée de l'extrême-droite sont les attaques brutales menées contre les salaires, les retraites et les prestations sociales qui poussent des couches entières de la population dans la pauvreté et le désespoir dans des conditions ou les sociaux-démocrates, les syndicats et les groupes de la pseudo gauche bloquent toute solution progressiste de la crise. C'est tout particulièrement le cas en Grèce. Cinq trains de mesures d'austérité dictées par l'Union européenne ont fait baisser les salaires et les retraites de près de 60 pour cent et le chômage est officiellement à plus de 25 pour cent. La large résistance face à ces mesures a été neutralisée par les syndicats au moyen de grèves de protestation, inefficaces, d'une journée. La coalition de la Gauche radicale (Syriza) qui a profité du déclin du parti social-démocrate PASOK défend résolument l'Union européenne et promet aux banques internationales qu'elle garantira le remboursement de la dette grecque. Dans ces circonstances, les fascistes peuvent exploiter le désespoir social et la colère croissante à l'égard de l'Union européenne.

L'ascension des nazis et leur arrivée au pouvoir en Allemagne il y a quatre-vingt ans fut le résultat de la paralysie de la classe ouvrière due elle-même à la trahison du SPD et du KPD. Le SPD a subordonné la classe ouvrière à l'Etat, soutenu les mesures d'urgences du chancelier Heinrich Brüning et finalement élu à la présidence l'archi-réactionnaire Hindenburg, qui a ensuite nommé Hitler à la chancellerie. La direction stalinienne du KPD a refusé de former un front unique contre Hitler et a caché son attitude défaitiste sous des attaques d'ultra-gauche contre le SPD. "La victoire du parti du désespoir [les nazis] ne fut possible que parce que le socialisme, le parti de l'espoir, s'est révélé incapable de prendre le pouvoir" écrivait Trotsky en 1933. "Le prolétariat allemand était assez fort tant par le nombre que par la culture pour atteindre son but, mais les dirigeants ouvriers s'en sont montrés incapables."

Aujourd'hui, il n'y a pas de partis ayant une influence semblable à celle du SPD et du KPD à cette époque. Mais les partis petits-bourgeois qui se prétendent 'de gauche', comme SYRIZA en Grèce, et le parti La Gauche en Allemagne, ainsi que leurs satellites de la pseudo-gauche, jouent un rôle décisif dans la suppression d'une offensive indépendante de la classe ouvrière. Ils défendent les appareils bureaucratiques des syndicats, l'Etat bourgeois et l'Union européenne. Il est significatif que les plus fervents défenseurs d'une interdiction du NPD se trouvent dans leurs rangs.

C'est ainsi que Ulla Jelpke, la responsable de La gauche pour la politique intérieure au Bundestag s'est déclarée de façon répétée en faveur d'une interdiction du NPD. Elle exigea que cette fois-ci une interdiction soit préparée plus soigneusement afin qu'elle n'échoue pas.

Pour le SAV (Alternative socialiste), une branche allemande du Socialist Party (Angleterre) qui opère au sein de La Gauche, une interdiction du NPD par l'Etat ne va pas encore assez loin. Il exige que des partis puissent aussi être dissous sans jugement de la Cour constitutionnelle. Selon lui, le NPD devrait "être interdit immédiatement, tous ses fonds et ses bureaux confisqués et tous ses meetings dissous".

Par leurs appels au renforcement de l'Etat, tous ces groupes réagissent à l'intensification des tensions de classe. Ils parlent au nom d'une couche affluente de bureaucrates et de petits- bourgeois hostiles aux intérêts de la classe ouvrière. Plus la situation sociale empire, plus ils collaborent ouvertement avec l'Etat. En présentant l'Etat autoritaire comme le garant de la démocratie et comme un rempart contre les fascistes, ils cherchent à lier les travailleurs à un Etat bourgeois qui lui, se tourne de plus en plus durement contre eux. Le fait de se concentrer exclusivement sur le NPD sert en outre à détourner l'attention du virage à droite de la politique officielle en général, qui prépare le terrain au développement de l'extrême droite.

Une lutte sérieuse contre le danger provenant de la droite doit aller de pair avec une lutte contre les attaques tous azimuts sur les droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière. La classe ouvrière doit opposer sa perspective indépendante d'une société socialiste et égalitaire à la politique de la classe dirigeante et de ses défenseurs du parti La Gauche. C'est la seule base aujourd'hui sur laquelle les droits démocratiques peuvent être défendus contre le pillage organisé par les banques et les grandes sociétés.

Une telle perspective couperait l'herbe sous les pieds des démagogues d'extrême-droite et gagnerait les meilleurs éléments de la petite-bourgeoisie à la classe ouvrière. Le fondement le plus important d'une lutte contre la droite est la construction d'un parti révolutionnaire qui unisse la classe ouvrière au delà des frontières nationales et apporte une solution progressiste à la crise du capitalisme sur la base d'une perspective socialiste. Ce parti est le Comité international de la Quatrième internationale.

(Article original publié le 10 janvier 2013)