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L'impérialisme, la Syrie et le risque d'une guerre mondiale

Par Alex Lantier
1 juin 2013

La guerre par procuration des États-Unis pour faire tomber le président syrien Bashar el-Assad entre dans une phase nouvelle et dangereuse. La possibilité d'une guerre internationale majeure, aux conséquences incalculables pour la population mondiale, est bien réelle.

Hier, la chaîne libanaise Al Manar a cité Assad qui disait que la Syrie avait « reçu le premier envoi de roquettes anti-aériennes russes S-300. Tous nos accords avec la Russie vont être appliqués, et une partie d'entre eux l'ont déjà été. » Ces missiles, que la Russie a promis de livrer pour défendre la Syrie contre d'éventuelles frappes aériennes américaines, ont provoqué une crise internationale. Les responsables israéliens ont déclaré qu'ils attaqueront les livraisons de missiles.

Si Israël mettait à exécution une telle menace, si des vies russes étaient perdues, et si la Russie menait des attaques de représailles contre des cibles israéliennes, le monde serait rapidement confronté à un conflit entre la Russie et les États-Unis, situation qui ne s'est pas produite depuis plus d'un demi-siècle, depuis la crise des missiles de Cuba en 1962.

Assad a également annoncé des victoires majeures dans le Sud de la Syrie après l'intervention de la milice libanaise chiite du Hezbollah, aidé par des troupes iraniennes d'après certains reportages, en soutien à l'armée syrienne. Ces forces ont rapidement vaincu l'opposition sunnite soutenue par les États-Unis, révélant le manque de soutien populaire pour les éléments liés à Al-Qaïda qui constituent l'essentiel de l'opposition.

Au moment où les attentats terroristes et les combats entre les forces sunnites soutenues par les États-Unis et les forces chiites soutenues par l'Iran débordent de la Syrie vers le Liban et l'Irak, la guerre en Syrie se révèle être le centre d'une guerre sectaire plus large. Le gouvernement Obama et ses alliés se servent des forces les plus réactionnaires pour restructurer tout le Moyen-Orient. Le conflit qui en résulte devient toujours plus sanglant et dangereux, les puissances impérialistes manoeuvrant pour consolider la position en déclin de l'opposition en accentuant leur propre intervention.

Dans un commentaire publié dans le New York Times, « En Syrie, il faut vraiment y aller ou rester chez soi, » Ray Takeyh du département américain des relations étrangères a exprimé la pensée de sections importantes de la classe dirigeante américaine : « Le type d'intervention nécessaire pour aboutir à une victoire décisive des rebelles exigerait plus que des zones d'interdiction aérienne et des armes. Il faudrait neutraliser la puissance aérienne de Monsieur Assad et intervenir au sol […] de plus, au lieu d'intimider l'Iran, une intervention américaine peu décisive ferait tout le contraire : elle convaincrait les dirigeants iraniens que l'Amérique n'a pas envie de s'engager dans une guerre d'envergure dans la région. »

Les commentaires de Takeyh détaillent les implications de cette politique, partagée par Washington et ses principaux alliés européens, qui consiste à menacer constamment l'Iran, la Syrie et d'autres régimes du Moyen-Orient en disant que toutes les options, dont la guerre, sont « envisageables. » Ayant absolument besoin de contrôler une région riche en pétrole, et géo-stratégiquement essentielle qui est déchirée par des décennies de guerres et d'interventions américaines, les puissances impérialistes sont poussées à lancer des menaces et des guerres toujours plus téméraires.

Certaines sections de la classe dirigeante aux États-Unis et en Europe envisagent sérieusement les possibilités d'augmenter massivement les effectifs de leurs troupes. Un autre commentaire du New York Times, « Les Américains et leur armée, le désamour » défend l'idée de rétablir le service militaire obligatoire par tirage au sort, un moyen permettant de trouver la chair à canon requise pour les guerres que les États-Unis préparent au Moyen-Orient et au-delà.

La Russie et la Chine, grandes puissances contre lesquelles Washington et l'Europe cherchent à prévaloir au Moyen-Orient, peuvent elles-mêmes devenir des cibles pour les guerres et les changements de régimes. Les mêmes méthodes, des provocations s'appuyant sur le renforcement des conflits ethniques et sectaires en Tchétchénie pour la Russie, et au Tibet pour la Chine et ailleurs, pourraient aisément être dirigées contre le gouvernement de ces pays ou de tout autre puissance dont les intérêts entrent en conflit avec ceux de Washington et de ses alliés.

Il serait profondément négligent de minimiser les risques immenses auxquels la classe ouvrière internationale est confrontée. Les intérêts sociaux qui dictent la politique des centres de l'impérialisme sont, à tout le moins, encore plus prédateurs et téméraires que ce qu'ils étaient il y a cent ans quand ils ont déclenché deux guerres mondiales qui ont tué des dizaines de millions de gens.

La lutte contre l'impérialisme dépend de la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre toutes les forces de la politique bourgeoise. L'establishment politique en Amérique du Nord et en Europe s'est montré complètement imperméable au refus massif de la guerre dans la population, sentiment qui n'a fait que s'amplifier depuis l'invasion américaine de l'Irak en 2003.

Les organisations de la pseudo-gauche sont un élément essentiel du bloc politique va-t-en-guerre. L'International Socialist Organisation aux États-Unis, le Nouveau Parti anticapitaliste en France, et des groupes du même type dans tous les pays ont présenté favorablement la guerre en Syrie comme étant une « révolution. » Ces partis, qui expriment les idées d'une section privilégiée des classes moyennes supérieures, ont œuvré tout à fait consciemment à étouffer l'opposition à la guerre, tout en devenant la voix des agences de renseignement impérialistes.

Ils ont soutenu la guerre de l'OTAN en Libye en 2011, qui a servi de banc d'essai pour l'intervention voulue par les États-Unis en Syrie. Lorsque les forces de l'OTAN sont intervenues pour soutenir les milices islamistes de l'opposition qui luttaient contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, les partis de la pseudo-gauche ont exigé que les puissances impérialistes arment l'opposition.

Ils ont soutenu la destruction du régime de Kadhafi, par la saisie de l'industrie pétrolière de la Libye, la confiscation de ses revenus pétroliers, les bombardements de grande envergure contre des villes libyenne importantes comme Tripoli et Syrte, et finalement le meurtre de Kadhafi. Ils ont ensuite présenté favorablement le même type de forces islamistes en Syrie tandis que les puissances de l'OTAN pointaient leurs viseurs sur Assad.

Dans ses déclarations les plus récentes, l'ISO applaudit l'intervention de plus en plus ouverte des impérialistes en Syrie comme une « révolution du peuple pour la liberté et la dignité. »

L'évolution de ces forces souligne le fait que la principale force sociale capable de s'opposer à la guerre est la classe ouvrière, aux États-Unis, en Europe et partout dans le monde. Près de cinq ans après le krach de 2008, la crise grandissante du capitalisme mondial qui se développe est en train d'exacerber immensément les tensions internationales.

La classe dirigeante, emmenée par les États-Unis, met une fois de plus le monde au bord de la catastrophe. Pour empêcher cela, il faut construire un mouvement socialiste international contre l'impérialisme et la guerre.

(Article original paru le 31 mai 2013)