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L'opposition syrienne lance des attaques à la roquette contre le Liban

Par Thomas Gaist
5 juin 2013

Les combats faisaient rage au Liban dimanche entre des activistes du Hezbollah et les rebelles syriens soutenus par les Etats-Unis, et au moins douze personnes ont été tuées. Selon un responsable libanais de la sécurité, les heurts ont commencé au moment où des éléments de l'opposition syrienne se préparaient à lancer une attaque à la roquette contre la ville de Baalbek, au nord-est du Liban. Ces affrontements près de Baalbek sont une indication de plus que la guerre se propage au-delà des frontières de la Syrie.

Dix-huit roquettes et mortiers sont tombés sur le sol libanais samedi et le tombeau chiite de Sayida Khawla a été attaqué par des tireurs vers 2h30 dimanche matin. De plus trois roquettes syriennes ont frappé la ville libanaise de Hermel, bastion du Hezbollah, dimanche matin. Selon le Daily Star, l'Armée syrienne libre a revendiqué ces attaques, disant qu'elles avaient été lancées en riposte au soutien du Hezbollah à Assad.

Le Hezbollah pénètre de façon agressive en Syrie, contribuant à porter des défaites graves à l'opposition soutenue par les Etats-Unis. Il est à présent prêt à prendre des villes stratégiques du nord, en opérant de façon coordonnée avec les forces militaires syriennes. La direction du Hezbollah se dit confiante de pouvoir marquer encore des victoires contre l'opposition.

Les reportages des médias font état de milliers de combattants du Hezbollah se rassemblant dans la province d'Alep, où ils ont pris position dans des villes majoritairement chiites au nord de la ville d'Alep. « La bataille d'Alep a commencé à une très petite échelle ; nous ne faisons qu'entrer dans la danse, » a dit un commandant du Hezbollah, tout juste rentré des combats qui se sont déroulés dans la ville de Qusair, au sud de la Syrie. « Nous allons nous en prendre aux bastions où ils se croient en sécurité. Ils vont tomber comme des dominos. »

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a promis son plein soutien au régime d'Assad, en promettant à ses partisans la « victoire » pour la Syrie dans un discours commémorant le 13e anniversaire du retrait d'Israël du Liban.

« Nous continuerons jusqu'au bout, nous acceptons cette responsabilité et nous accepterons tous les sacrifices et les conséquences qui découlent de cet engagement, » a-t-il déclaré.

Les forces d'opposition soutenues par les Etats-Unis se sont vues infliger de lourdes défaites ces derniers mois. Alors que le gouvernement d'Assad poursuit son offensive soutenue contre les positions des rebelles dans la ville frontière stratégique de Qusair, avec le soutien de forces fraîches du Hezbollah, les rebelles semblent incapables de monter une contre-offensive sérieuse, et encore moins de faire tomber le régime.

Yusuf al-Qaradawi, présentateur à la télévision sunnite Qatarie vue par des millions de téléspectateurs a lancé un appel sanguinaire contre Assad et le Hezbollah vendredi dernier, qualifiant le Hezbollah de « parti du diable.» Il a déclaré que « Toute personne capable de tuer et qui a été formé à cela » doit venir au Liban et en Syrie pour soutenir les forces sunnites.

En plus des défaites sur le champ de bataille, l'opposition est confrontée à une crise interne. Lundi, une faction au sein de la Coalition nationale de l'opposition, la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), a retiré son soutien en déclarant que la direction a « pris des initiatives très éloignées de la véritable révolution. » La CGRS est un élément laïc de l'opposition syrienne, entretenant des liens avec des forces impérialistes occidentales tel le parti allemand La Gauche. Elle demande que la puissance aérienne occidentale monte des opérations pour imposer une zone d'exclusion aérienne en Syrie.

La CGRS collabore aussi depuis 2011 à armer des milices islamistes combattant le régime d'Assad. Mais hier, elle a accusé les puissances étrangères de « manipuler » la guerre, en déclarant: « Chacun de ces pays monte ses blocs contre les autres et ces blocs agissent conformément à des programmes qui n'ont rien à voir avec la révolution. »

L'intervention impérialiste en Syrie est au coeur d'un projet de restructuration de l'ensemble de la région et visant à isoler le principal allié de la Syrie, l'Iran, et à éliminer le Hezbollah afin de neutraliser l'opposition aux Etats-Unis et Israël de la part d'autres Etats du Moyen-Orient. Des intérêts stratégiques et commerciaux fondamentaux sont en jeu. Insistant pour que Assad parte et n'ayant pas jusqu'ici réussi à atteindre cet objectif au moyen d'une guerre par procuration, Washington est maintenant en train de débattre de la manière dont il va intensifier son intervention pour soutenir l'opposition.

De plus en plus, Les Etats-Unis et leurs alliés européens envisagent une attaque directe contre la Syrie, et l'utilisation de leurs propres forces armées devient une option sérieuse.

Des responsables ont annoncé lundi que les batteries de missiles Patriot déployées en Jordanie ainsi que des F-16 pour les jeux de guerre « Eager Lion » resteraient là pour une période indéterminée. Le sénateur John McCain, fervent défenseur d'une intervention militaire renforcée en Syrie, a dit au Jordan Times que le déploiement de systèmes Patriot marquerait une « première étape » dans la délimitation d'une « zone de sécurité » pour les opérations des rebelles en Syrie. 200 soldats américains au moins sont aussi en train d'être déployés en Jordanie.

Des avions de guerre israéliens ont fait des manoeuvres dans l'espace aérien libanais durant le week-end. Les Israéliens ont déjà lancé trois frappes aériennes contre la Syrie et en 2006 ils avaient détruit une bonne partie de Beyrouth. Ils préparent à présent une attaque massive contre leurs adversaires régionaux, en coordination avec les Etatrs-Unis.

Des appels à une intervention impérialiste émanent de plus en plus fortement de l'élite dirigeante. S'exprimant dans l'émission « Face the Nation », le sénateur McCain a posé la question: « Vous vous souvenez de tout ce qu'on entend dire depuis un an ou deux - qu'il est inévitable que Bashar Assad tombe ? » Il a poursuivi pour conclure « Eh bien, je crois qu'on ne peut plus affirmer cela aujourd'hui. »

« Le Hezbollah a maintenant envahi la Syrie, les Iraniens sont là, la Russie y envoie des armes en veux-tu en voilà, et si on croit que Bashar Assad va se rendre à une conférence à Genève quand il s'impose sur le champ de bataille, c'est tout simplement ridicule, » a dit McCain.

Les tensions continuent de monter entre les Etats-Unis et la Russie au sujet de la Syrie à l'approche des pourparlers internationaux de Genève. Vendredi dernier, le secrétaire d'Etat John Kerry et le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westwelle ont fait une mise en garde conjointe à la Russie affirmant que le projet de transfert à la Syrie de systèmes de missiles anti-aériens S-300 risquait de perturber les pourparlers de paix.

(Article original paru le 4 juin 2013)