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L'armée américaine bloque l'accès au site du Guardian

Par Kevin Reed
2 juillet 2013

En réaction à la révélation par Edward Snowden de l'espionnage massif de la population mené par la NSA, le Centre de commandement des technologies de réseau de l'armée (Army Network Enterprise Technology Command - NETCOM) a censuré pour toute l'armée américaine le site Web du journal The Guardian.

Des reportages concernant l'accès limité au site du Guardian pour les personnels de l'armée ont commencé à apparaître peu après que les révélations de Snowden ont été publiées pour la première fois par ce journal britannique. Les employés de plusieurs départements de la garnison de l'armée américaine du Presidio de Monterrey en Californie ont indiqué au Monterrey County Herald que l'accès était bloqué.

Le Herald écrit : « Les employés avaient la possibilité d'aller sur la page d'accueil américaine du Guardian, www.guardiannews.com, mais étaient empêchés de lire les articles qui renvoyaient vers le site britannique, comme ceux sur la NSA, a déclaré le porte-parole du Presidio, Dan Carpenter. »

Jeudi, le Herald a obtenu une déclaration du porte-parole de NETCOM, Gordon Van Vleet, disant que ces actions étaient en fait appliquées à toute l'armée. Il a dit que NETCOM filtrait « certains accès aux articles de presse et au contenu en ligne sur les fuites de la NSA. »

Van Vleet écrit : « Le ministère de la Défense prend régulièrement des mesures préventives d'"hygiène du réseau" pour limiter les publications d'informations classifiées sur les réseaux déclassifiés du ministère. »

Les implications de la censure par l'armée américaine ont été rendues claires par une déclaration de l'officier du Presidio de Monterrey en charge de la confirmation des informations, Jose Campos, qui a envoyé un courriel aux employés de la base disant que le site Web du Guardian était bloqué par le Cyber Command de l'armée « afin d'empêcher des divulgations non autorisées d'informations classifiées. » Il a écrit en outre qu'un employé qui téléchargeait des informations classifiées risquait une action disciplinaire s'il était établi qu'il avait téléchargé en toute connaissance de cause ces informations sur un ordinateur non sécurisé.

Le Presidio de Monterrey est essentiellement un lieu d'entraînement et abrite l'Institut des langues étrangères de la défense. Il y a approximativement 3000 employés civils à la garnison ainsi que 1450 étudiants de l'armée, 300 dans le corps des marines, 550 de la marine, et 1300 de l'armée de l'air. L'Institut enseigne une vingtaine de langues étrangères et l'équipe est constituée de 2000 enseignants, dont 98 pour cent sont originaires du pays dont ils enseignent la langue.

Il semblerait que l'équipe de cet institut de langues étrangères soit une question sensible parce que les spécialistes des langues étrangères font partie intégrante du travail de la NSA sur les communications et sont profondément impliqués dans les activités de surveillance informatique aux États-Unis et à l'étranger.

Le Monterrey Country Herald a obtenu et publié le contenu d'un mémo daté du 7 juin envoyé par le bureau du sous-secrétaire à la défense Timothy A. Davis aux directeurs de la sécurité du ministère de la Défense qui leur donnait la consigne de mettre en garde les employés et les sous-traitants sur le fait que les informations classifiées qui se retrouvent affichées sur des sites Web en libre accès restent considérées comme classifiées. Envoyé au Presidio et à d'autres bases militaires, ce mémo affirme, « Le commandement doit établir un climat de commande vigilant qui souligne l'importance essentielle de maintenir le matériel classifié contre les compromis. »

Une annexe du mémo donne des instructions aux employés sur la manière d'effacer des informations classifiées si elles sont accidentellement téléchargées et avertit également de sanctions s'ils « propagent l'information d'une manière ou d'une autre. » Le porte-parole de NETCOM, Van Vleet, a déclaré que cette lettre était censée être une « mise au point » et visait à rappeler aux personnels de l'armée que, « tout le monde est soumis à ces mêmes conditions que Snowden a très probablement signées.»

L'establishment militaire et du renseignement craint très probablement que la connaissance des activités illégales de la NSA ne se répande dans les rangs. Il est inquiet que d'autres employés ou contractants puissent faire la même chose que Snowden et porter à l'attention du public davantage de détails sur les entreprises criminelles du gouvernement américain.

La censure et les menaces de sanctions pour la détention d'informations qui sont largement connues du public sur toute la planète visent à renforcer la tendance qu'a l'Etat à criminaliser toute forme légitime de journalisme. Elle vise également à empêcher toute discussion parmi les employés du gouvernement et le personnel militaire sur les implications et le sens des révélations faites par Snowden.

La censure par l'armée d'une source essentielle d'informations internationales souligne l'ampleur et la férocité de l'assaut contre les droits démocratiques mené par le gouvernement Obama et les services militaires et de renseignement. Leur réponse à la révélation de la saisie des relevés de téléphone par la NSA concernant tous les appels faits aux États-Unis et sa lecture des communications électroniques aux États-Unis et partout dans le monde est d'intensifier leur attaque contre les droits démocratiques.

La censure des journaux coïncide avec une chasse à l'homme internationale et une campagne de diffamation dirigée contre Snowden qui est qualifié par les politiciens, Démocrates comme Républicains, et par les médias, d'espion et de traître. Les États-Unis cherchent à s'emparer de cet ex-agent de la NSA, âgé de 30 ans, après l'avoir mis en examen pour espionnage.

Le gouvernement Obama a lancé des menaces contre la Chine et la Russie pour leur refus d'extrader Snowden aux États-Unis. Il semblerait que ce lanceur d'alerte soit toujours confiné dans un hôtel de transit à l'aéroport de Moscou, incapable de poursuivre son voyage, en partie en raison de la révocation de son passeport par le gouvernement Obama.

Pendant ce temps, les porte-parole du gouvernement ont publiquement qualifié Snowden de traître, affirmant que ses efforts pour informer le peuple américain sur la surveillance massive et secrète – en violation de la Constitution américaine – constituent une violation de la « sécurité nationale ». De telles déclarations de la part du secrétaire de presse de la Maison Blanche, Jay Carney, et d'autres ridiculisent l'idée que Snowden, s'il était capturé et ramené aux États-Unis, pourrait bénéficier d'un procès équitable.

Les affirmations d'Obama selon lesquelles les programmes de la NSA sont légaux et ne violent pas les droits à la vie privée sont complètement démenties par les tentatives de l'armée d'empêcher son personnel de lire des journaux. Si de telles pratiques étaient mises en évidence en Chine ou en Iran, Washington et les médias américains dénonceraient leurs gouvernements pour violations des droits de l'Homme.

Incapable de vaincre le soutien populaire pour Snowden et l'opposition à la surveillance du gouvernement, le gouvernement américain a recours à la répression et à l'intimidation.

Les politiciens et les médias ciblent de plus en plus les quelques médias et journalistes qui ont rendu les révélations de Snowden accessibles au public. Ces derniers jours, il y a eu des demandes de plus en plus nombreuses de la part des députés et des sénateurs pour que Glenn Greenwald du Guardian soit poursuivi pour avoir interrogé Snowden et publié des articles s'appuyant sur ses révélations. Dimanche dernier, David Gregory, présentateur du programme Meet the Press sur NBC News, a demandé à Greenwald d'expliquer pourquoi il ne devrait pas être poursuivi.

Cette chasse aux sorcières qui s'élargit reflète les craintes et l'hystérie au sein de l'Etat et de l'establishment politique au sujet des révélations de leurs atteintes aux droits démocratiques. En même temps, la réaction officielle montre à quel point les concepts autoritaires infiltrent l'élite dirigeante et l'état très avancé de ses préparatifs pour une forme de gouvernement dictatoriale.

Le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party appellent à tous les travailleurs, jeunes et étudiants à prendre la défense d'Edward Snowden, ainsi que du soldat Bradley Manning et de Julian Assange. Leur défense et la demande que toutes les accusations contre eux soient abandonnées sont une partie essentielle du développement d'un mouvement politique de masse de la classe ouvrière pour la défense des droits démocratiques.

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(Article original paru le 29 juin)