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Ne touchez pas à Edward Snowden!

Par Bill Van Auken
10 juillet 2013

Le gouvernement Obama, l’armée américaine et l’appareil de renseignement sont en train de mener une campagne mondiale de plus en plus agressive pour capturer Edward Snowden. Dans le même temps et certainement en réaction à l’intensification de la pression exercée par Washington, les autorités russes multiplient les signaux disant qu’ils veulent que l’ancien employé de l’agence de sécurité nationale américaine (NSA) quitte l’aéroport international de Moscou où il est coincé depuis deux semaines.

La vie de Snowden est en danger imminent. Le caractère vindicatif de la chasse à l’homme internationale montée par Washington s’est renforcé avec l’augmentation des séries de divulgations révélant au grand jour l’espionnage inconstitutionnel et illégal massif, non seulement des citoyens américains mais des populations et des gouvernements de par le monde entier, allant de l’Europe de l’Ouest jusqu’au Brésil.

L’intimidation internationale et le banditisme du gouvernement Obama ont rendu encore plus convaincants les arguments en faveur d’un droit d’asile inconditionnel pour Edward Snowden, contre la persécution à laquelle il est confronté de la part du gouvernement américain.

C’est ce qui est apparu très clairement avec l’atterrissage forcé de l’avion qui transportait le président de Bolivie, Evo Morales, imposé par plusieurs puissances européennes agissant pour le compte de l’agence centrale de renseignement américaine (CIA). La raison de ce geste extraordinaire, qui équivaut à un acte de guerre, était le soi-disant soupçon que Snowden serait à bord de l’avion.

On ne sait pas clairement si de tels soupçons existaient réellement ou si Washington avait décidé de faire de Morales un exemple pour avoir dit que Snowden méritait l’asile et que la Bolivie était disposée à le lui accorder, Washington cherchant ainsi à envoyer un message à tout chef d’Etat qui envisagerait une telle action.

Une chose est sûre, si le gouvernement américain était prêt à mettre en danger la vie du président bolivien en annulant son plan de vol alors que son avion se trouvait en plein ciel et était à court de kérosène, il est évident qu'il est prêt à assassiner Snowden pour faire cesser ses divulgations.

L’establishment politique américain a donné suite à sa colère contre Morales en lançant une campagne de menace et d’intimidation contre d’autres gouvernements au sujet de l’affaire Snowden.

Pour manifester leur unité bipartisane en ce qui concerne la persécution de Snowden, d’influents membres des deux partis ont fait des entretiens télévisés diffusés dimanche pour agiter le bâton en direction de l’Amérique latine, reprenant ainsi le long passé criminel des agressions impérialistes dans la région.

Le député, Mike Rogers, président républicain du comité américain sur le renseignement à la Chambre des représentants, a déclaré : « C’est une affaire sérieuse. Pour ceux d’entre les pays d’Amérique latine qui jouissent de certains échanges commerciaux avec les Etats-Unis, nous devrions examiner tout ceci, et envoyer un signal très clair montrant que nous ne tolérerons pas ce type de comportement. »

De même, le sénateur Robert Menendez, président démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a fait planer la menace que l’octroi de l’asile à Snowden par quelque pays que ce soit « les placera directement contre les Etats-Unis et il faut qu'ils le sachent. »

Le banditisme du gouvernement américain contraste fortement avec l’action de principe de Snowden lui-même. Dans la deuxième partie d’un entretien enregistré le mois dernier avec Snowden et publié par le journal The Guardian, l’ancien consultant de la NSA expliquait ses actes du point de vue de sa propre évolution politique. Il a dit croire en la « noblesse » des intentions des Etats-Unis d'agir pour « libérer les peuples outre-mer » pour en fait se rendre compte que « nous étions réellement impliqués dans la duperie de l’opinion publique… afin de créer un certain état d’esprit dans la conscience mondiale. »

Snowden a parlé pour des millions de gens partout dans le monde en disant : « Je ne veux pas vivre dans un monde où tout ce que je dis, tout ce que je fais, tous les gens à qui je parle, toute expression de créativité ou d’amour ou d’amitié est enregistré. Et ce n’est pas quelque chose que je veux construire et ce ne sont pas les conditions dans lesquelles je veux vivre. »

Il a en outre expliqué qu'il avait attendu que « notre » direction corrige les excès du gouvernement, mais s’était rendu compte que ce n’était pas le cas, en fait que « nous étions » en train d’aggraver les excès des gouvernements antérieurs en les rendant pires et plus envahissants et que personne ne fait vraiment rien pour y mettre fin.

Les pensées exprimées ici ne sont pas juste celles d’un individu isolé mais plutôt les expériences de vie d’une génération entière qui a mûri politiquement dans le contexte de la « guerre mondiale contre le terrorisme » menée par Washington et qui a vécu le lancement des guerres d’agression en Irak et en Afghanistan et dont les victimes se comptent par millions, ainsi que l’organisation de la torture et de la criminalité par la Maison Blanche.

Les crimes perpétrés sous le gouvernement Bush n’ont fait qu’empirer sous Obama, le prétendu chantre de l’espoir et du changement qui supervise un programme international d’assassinats par drone, l’immense expansion de l'espionnage illégal et le lancement de nouvelles guerres d’agression en Libye et en Syrie.

Il en résulte que des millions de jeunes ont perdu leurs illusions et sont activement hostiles aux deux grands partis patronaux et à l’ensemble de l’establishment politique et économique des Etats-Unis, qui se consacrent à la défense des intérêts de l’oligarchie financière, contre les intérêts des travailleurs et de la vaste majorité de la population.

L’hystérie et l’esprit vindicatif de la chasse à l’homme montée contre Snowden reflète une peur très grande au sein de l’establishment dirigeant non seulement de Snowden mais d’un nombre croissant de travailleurs, de jeunes et d’étudiants qui partagent sa manière de penser.

C'est parmi ces vastes couches de la population, au sein desquelles Snowden jouit d’un soutien populaire puissant, que réside son unique vraie défense. Sa défense ne peut pas être laissée entre les mains des gouvernements nationalistes bourgeois d'Amérique latine qui sont en quête de leurs propres moyens de s’arranger avec l’impérialisme américain et de promouvoir les intérêts de leur propre classe dirigeante. Sa défense ne peut pas non plus être laissée entre les mains du régime corrompu de l’oligarchie russe de Vladimir Poutine à Moscou.

La classe ouvrière aux Etats-Unis et dans chaque autre pays constitue l’unique base véritable pour la défense des droits démocratiques. Elle seule est capable de monter une opposition viable contre les mesures d’Etat policier qui sont adoptées par les couches dirigeantes fortunées aux Etats-Unis et dans le monde entier pour défendre un système qui se caractérise par l'inégalité sociale énorme, l'exploitation économique et l'oppression politique.

Il faut mobiliser un soutien de masse sur les lieux de travail, dans les établissements scolaires et universitaires et dans les quartiers aux Etats-Unis et partout dans le monde sous le slogan : « Ne touchez pas à Edward Snowden ! » Sa défense doit être associée à celle du soldat Bradley Manning et de Julian Assange qui, comme lui, subissent la persécution par l’Etat pour avoir révélé au grand jour les crimes de l’impérialisme américain. Il faut faire de cette défense le fer de lance d’une lutte pour la défense des droits démocratiques et contre le système capitaliste de profit qui engendre la guerre et le risque de dictature.

(Article original paru le 9 juillet 2013)