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Le gouvernement du Québec criminalise la grève de la construction

Par Keith Jones
3 juillet 2013

Le gouvernement du Parti Québécois a convoqué l’Assemblée nationale pour adopter, dans la nuit de dimanche, une loi spéciale mettant fin à la grève des 77.000 travailleurs de la construction du secteur industriel, commercial et institutionnel.

Les syndicats ont indiqué qu’ils allaient se soumettre aux diktats des politiciens de la grande entreprise et ont ordonné aux travailleurs d’obéir aux conditions de la loi 54, même si les attaques sur leurs droits sont massives.

Les libéraux et la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui ensemble ont une majorité de sièges à l’Assemblée nationale, ont cherché à modifier la loi 54 afin de répondre encore plus aux demandes du patronat en y incluant de vastes concessions au niveau du paiement des heures supplémentaires, de la mobilité du travail et de la définition d’une journée régulière de travail (durant laquelle les salaires sont à taux simple).

La loi de retour au travail du PQ rend illégal tout mouvement de revendication des travailleurs de la construction dans le secteur ICI (industriel, commercial et institutionnel) jusqu’au 30 juin 2014. Elle impose des augmentations salariales de 2 %.

Si l’on tient compte de l’inflation et de la hausse de taxes et de tarifs des gouvernements fédéral et provincial, cette augmentation représente une baisse de salaire réel des travailleurs de la construction pour la durée du contrat imposé. Le gouvernement se justifie en soulignant le fait que les syndicats de la construction ont déjà accepté cette augmentation salariale pour les 98.000 travailleurs du secteur résidentiel, de la voirie et du génie civil.

Les autres clauses de la convention collective sont reconduites, mais comme le contrat n’est que d’une durée d’un an, elles seront rapidement sous attaque.

Les entrepreneurs en construction, les libéraux et la CAQ souhaitaient que l’assaut sur le paiement des heures supplémentaires et l’imposition d’autres concessions soient menés le plus rapidement possible. Pour inciter les syndicats à être «flexibles», les partis de l’opposition ont exigé que la convention collective ne soit reconduite que pour une durée de dix mois et que l’augmentation salariale pour la période du 2 juillet 2013 au 30 avril 2014 ne dépasse pas le taux d’inflation officiel – soit environ 1,6 %.

Selon la loi 54 du PQ, «L’un des partis, le parti des syndicats, n’est pas vraiment motivé à reprendre les négociations», a déclaré le chef des libéraux, Philippe Couillard.

Le chef de la CAQ, François Legault, a été encore plus direct en exigeant du gouvernement qu’il use de son pouvoir législatif pour imposer les concessions. «On ne tient pas compte des demandes du côté patronal», s’est plaint Legault. «On accorde des augmentations de salaire de plus de 2 %, mais on ne touche pas aux autres aspects du contrat.»

«On ne peut pas pendant quatre ans rester dans l’immobilisme, a-t-il dit. Des ajustements doivent être apportés pour augmenter la productivité.»

Le PQ avait exhorté les partis de l’opposition à revoir leur position. Il a affirmé que s’il avait suivi leur conseil et réagi immédiatement à la grève par une loi forçant le retour au travail, les ententes «négociées» dans le secteur résidentiel, de la voirie et du génie civil n’auraient pas vu le jour. Il a aussi soutenu que si l’Assemblée nationale imposait des augmentations salariales inférieures aux travailleurs du secteur de l’ICI, cela pourrait troubler la paix sur les chantiers de la province et causer un manque de main-d'œuvre dans ce secteur en raison d’un déplacement des travailleurs vers le secteur résidentiel et la voirie, plus payants.

Le PQ a aussi contesté l’affirmation des partis d’opposition que la loi 54 allait permettre aux syndicats de rejeter les demandes patronales. Le gel de tous les avantages sociaux, défend le PQ, va forcer les syndicats à poursuivre les négociations avec les entrepreneurs. La loi 54 stipule que les conditions qu’elle impose peuvent être supplantées par toute entente négociée par les employeurs et les syndicats.

L’Alliance syndicale – la coalition formée des cinq fédérations syndicales de la construction de la province – a ouvert la porte à la loi spéciale du PQ et à l’imposition d’une baisse dans les salaires réels et d’autres concessions pour les travailleurs de la construction.

Ce n’est qu’avec beaucoup de réticence et d’inquiétude, et après avoir accordé des concessions importantes, que les syndicats ont appelé à la grève. Au début de la semaine dernière, ils ont annoncé qu’ils avaient ratifié une entente de principe pour les travailleurs du secteur résidentiel, de la voirie et du génie civil et ont ordonné aux 98.000 travailleurs de ces secteurs de retourner immédiatement au travail. Ces travailleurs ne connaissent toujours pas les termes de l’entente et, évidemment, n’ont pas pu voter sur cette entente.

Vendredi soir, les dirigeants de l’Alliance syndicale ont été secrètement informés des clauses de la loi spéciale de retour au travail du gouvernement et ont indiqué qu’ils allaient les appuyer. Après l’échec des dernières négociations, le porte-parole de l’Alliance syndicale, Yves Ouellet, s’est efforcé samedi de faire l’éloge du gouvernement qui était en train de criminaliser la grève des travailleurs de la construction et de réduire leur salaire réel. Le PQ, a dit Ouellet «a fait sa part de la façon dont il a agi durant les négociations et de la manière avec laquelle il nous l’a présentée (la loi spéciale). Oui, cela a été bien fait.»

Depuis des décennies, les syndicats au Québec, comme ceux à travers le Canada, ont étouffé la lutte des classes – imposant des baisses de salaire, des suppressions d’emplois et des coupes dans les dépenses sociales, et faisant respecter des lois de retour au travail. Un élément clé de la trahison des travailleurs par les syndicats du Québec est la subordination systématique de la classe ouvrière au Parti Québécois pro-patronal.

Dans la deuxième moitié des années 1990, les syndicats ont collaboré avec le PQ pour imposer, au nom du «déficit zéro», les plus importantes coupes sociales de l’histoire de la province, y compris l’élimination de dizaines de milliers d’emplois en santé et en éducation.

L’an dernier, les syndicats ont isolé la grève étudiante au Québec et détourné l’opposition de masse qui s’était développée contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral Charest derrière la campagne électorale du PQ. Depuis son arrivée au pouvoir en septembre dernier, le PQ, avec l’appui des syndicats, a mené le même programme de guerre de classe que le gouvernement libéral qui l’a précédé et que l’actuel gouvernement fédéral conservateur : des coupes dans les services publics, la hausse des droits de scolarité universitaires, la persécution des prestataires d’aide sociale et la criminalisation de la résistance des travailleurs.