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Snowden dénonce la campagne de menaces et d'agressions menée par les Etats-Unis

Par Eric London
15 juillet 2013

Le lanceur d'alerte de la NSA Edward Snowden a rencontré des responsables d'organisations des Droits de l'Homme à l'aéroport de Moscou-Cheremetievo vendredi 12 juillet afin d'examiner quelles étaient les options dans l'obtention d'un asile politique sûr alors que l'administration Obama a intensifié sa campagne internationale d'intimidation contre l'ancien contractant de Booz Allen Hamilton.

Snowden, qui a été obligé de chercher refuge pendant des semaines dans la zone de transit de l'aéroport, a annoncé qu'il avait accepté l'asile politique qui lui avait été offert par le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l'Equateur. Il a aussi annoncé qu'il avait fait une demande d'asile temporaire en Russie afin de faciliter un passage en Amérique latine que le gouvernement américain a continuellement bloqué.

Dans ses remarques, le jeune lanceur d'alerte s'est exprimé de façon rebelle en défense de ses actes et a donné une appréciation accablante de l'« agression historiquement disproportionnée » dont il était l'objet de la part de l'administration Obama.

« Je crois aux principes énoncés à Nuremberg en 1945 », a dit Snowden dans la déclaration qu'il a publié après la réunion avec les organisations des Droits de l'Homme. « Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d'obéissance. Par conséquent, les citoyens individuels ont le devoir de violer les lois nationales afin d'empêcher que des crimes contre la Paix et l'Humanité ne se produisent. » « Cette décision morale de parler au public de l'espionnage qui affecte chacun de nous a coûté cher, mais c'était la bonne chose à faire et je n'ai aucun regret » a-t-il ajouté.

Snowden remarqua que « Les 4e et 5e Amendements de la Constitution de mon pays, l'Article 12 de la Déclaration universelle des Droit de l'Homme et de nombreux autres statuts et traités interdisent de tels systèmes de surveillance massive et généralisée ». Il a décrit la campagne incessante menée par l'administration Obama pour intimider d'autres nations avec des menaces de représailles comme une attaque des droits démocratiques.

« Depuis [que ces révélations ont été rendues publiques], le gouvernement et les services de renseignements des Etats-Unis ont essayé de faire un exemple avec mon cas, une mise en garde pour tous les autres qui pourraient faire entendre leur voix comme je l'ai fait. On a fait de moi un apatride et on m'a fait la chasse parce que je m'étais exprimé politiquement. Le gouvernement des Etats-Unis m'a placé sur des listes d'interdiction de vol. Il a exigé que Hongkong m'extrade sans respecter le cadre de ses lois, en violation directe du principe de non-refoulement – le droit des nations. Il a menacé de sanctions les pays qui défendraient mes droits et le système d'asile des Nations-Unies. Il a même fait la démarche sans précédent d'ordonner à ses alliés militaires de maintenir au sol, à la recherche d'un réfugié politique, l'avion d'un président d'Amérique latine. »

« Cette dangereuse escalade représente une menace non seulement pour la dignité de l'Amérique latine, mais pour le droit élémentaire qu'a toute personne, toute nation, de vivre libre de toute persécution, de rechercher et d'obtenir l'asile politique. »

Les remarques de Snowden arrivent au milieu d'une intensification des tentatives du gouvernement américain d'emprisonner – peut-être de tuer – le jeune lanceur d'alerte..

La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jen Psaki, a dit le 12 juillet, visiblement irritée, que Snowden « n'était pas un lanceur d'alerte, il n'est pas un activiste pour les Droits de l'Homme. Il est recherché en vertu d'une suite de charges criminelles.»

Les commentaires de Psaki reprennent ceux faits auparavant par le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, qui a dit que « Mr. Snowden n'est ni un activiste des Droits de l'Homme ni un dissident », mais bien plutôt un criminel en cavale.

Le caractère mafieux de la chasse faite par les Etats-Unis à Snowden devint clair dans un récit publié par Wikileaks le 12 juillet dans lequel un représentant de Human Rights Watch, est-il dit, « a reçu un appel de l'ambassadeur américain en Russie [Michael McFaul] qui lui a demandé de dire à Snowden que le gouvernement américain ne le considérait pas comme un lanceur d'alerte et qu'il avait enfreint les lois des Etats-Unis.»

L'intensification par le gouvernement américain de la campagne contre la sécurité de Snowden et son droit à l'asile politique fait contraste avec la sympathie de masse que Snowden a obtenu de la part de la population du monde entier. Malgré la mobilisation de l'ensemble de l'establishment politique contre Snowden, un sondage d'opinion réalisé par l'université de Quinnipiac et publié récemment révèle que 55 pour cent des Américains considèrent Snowden comme un lanceur d'alerte contre seulement 35 pour cent qui le considèrent comme un traître. Le soutien dont jouit Snowden est écrasant parmi les jeunes, 68 pour cent d'entre eux disant qu'ils le considéraient comme un lanceur d'alerte.

Cependant, la chasse sans répit menée contre Snowden continue. Le président Obama a parlé directement au président Russe Wladimir Poutine au téléphone le 12 juillet lui demandant de remettre Snowden aux Etats-Unis. Plus tôt ce jour là le porte-parole de la Maison Blanche, Carney avait fustigé la Russie parce qu'elle « offrait une plate-forme de propagande » à Snowden, « qui va à l'encontre des déclarations précédentes disant que la Russie était neutre.»

« C'est aussi incompatible avec les assurances de la Russie selon lesquelles elle ne voulait pas que Snowden continuât de nuire aux intérêts des Etats-Unis. » a-t-il ajouté

Ces déclarations et d'autres similaires faites par des responsables américains et russes soulignent les dangers qui menacent Snowden s'il s'appuie sur l'establishment politique Russe pour assurer sa sécurité.

Le vendredi 12 juillet, le porte-parole de Poutine, Dimitri Peskov, a répété la déclaration faite par la Russie que Snowden aurait seulement la permission de rester en Russie s'il s'abstenait de nuire aux intérêts des Etats-Unis ou aux relations russo-américaines. Des conditions similaires avaient forcé Snowden à retirer un demande d'asile faite à la Russie au début du mois. Peskov avait fait ce commentaire que le travail de Snowden « avait pour but de nuire aux Etats-Unis. »

La classe dirigeante russe est elle-même engagée dans un assaut anti-démocratique contre les droits et les conditions de vie de la classe ouvrière russe et pour cette raison elle est l'ennemi naturel des lanceurs d'alerte comme Snowden. Bien que le refus de la Russie, dans l'immédiat, d'extrader Snowden révèle quelques conflits d'intérêts avec les Etats Unis ses actions sont guidées par l'opportunité géopolitique et non pas par les principes politiques.

Il en est de même des gouvernements de l'Equateur, de la Bolivie, du Nicaragua et du Venezuela qui, malgré le fait qu'ils aient manifesté leur colère devant les violations flagrantes de leur souveraineté par les Etats-Unis, sont profondément dépendants du capitalisme américain et sont susceptibles d'être mis sous pression par le gouvernement américain. Il avait suffit d'un coup de téléphone du vice-président américain Joe Biden au début du mois pour obtenir que les responsables équatoriens refusent l'asile politique à Snowden alors que ce pays avait, initialement facilité son départ de Hongkong. Eloquent est le fait qu'aucun des gouvernements qui avaient verbalement offert l'asile politique à Snowden n'aient envoyé en Russie des diplomates munis de documents de voyage et n'aient organisé dans des conditions sûres son départ de ce pays.

La vie et la liberté du jeune lanceur d'alerte sont toujours en grand danger. La tâche urgente de défendre Edward Snowden incombe à la classe ouvrière et aux jeunes du monde entier. Il faut organiser le soutien de masse pour Snowden dans un mouvement politique conscient, indépendant de tous les gouvernements et partis bourgeois et liant la défense des droits démocratiques à la lutte contre la guerre, l'inégalité et le système capitaliste.

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Le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party lancent une campagne pour défendre Snowden. Pour plus d'information et pour une participation à cette campagne cliquer ici here (lien en anglais).

(Article original publié le 13 juillet 2013)