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France: Le sens de la manifestation du 5 mai de Jean-Luc Mélenchon

Par Antoine Lerougetel et Alex Lantier
6 mai 2013

La manifestation du 5 mai appelée par le Front de Gauche (FdG) de Jean-Luc Mélenchon contre la politique d’austérité du président François Hollande (Parti socialiste, PS) soulève des questions fondamentales de perspective de classe.

Un fossé de classe sépare la colère explosive et l’opposition à l’austérité qui sont en train de se développer partout en Europe au sein de la classe ouvrière, de figures de l’establishment comme Mélenchon. Ancien sénateur PS, qui a soutenu Hollande lors de l'élection présidentielle de l’année dernière malgré son programme d’austérité, Mélenchon vise à bloquer un mouvement de la classe ouvrière contre le PS et à détourner l’opposition contre Hollande dans des canaux inoffensifs.

Il fomente l’illusion qu’en soutenant des manifestations appelées par des partis de pseudo-gauche comme le FdG ou le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), la classe ouvrière peut modifier la politique de Hollande tout en le laissant au pouvoir. Ceci prend sa forme la plus grossière avec la proposition de Mélenchon de devenir le premier ministre de Hollande et de créer, à l’aide d’un rafistolage constitutionnel, une nouvelle sixième République. Il a souligné que ce n’était « pas l’idée » qu’il se faisait de « vouloir faire partir François Hollande avant la fin de son mandat. »

Hollande ne ressent aucune pression de la part de forces comme Mélenchon qui, comme Hollande le sait parfaitement, soutiennent son gouvernement et sa politique pro-patronale. Depuis que Mélenchon a appelé à la manifestation du 5 mai, le PS et les syndicats ont décidé d’annoncer la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay, et la ministre PS des Affaires sociales, Marisol Touraine, a dévoilé des projets de coupes dans les retraites.

Seule une lutte pour la mobilisation de la classe ouvrière dans une lutte révolutionnaire propose un moyen de sortir du gouffre auquel est confronté le capitalisme mondial. Les protestations symboliques de 24 heures organisées partout en Europe par les bureaucraties syndicales et les partis bourgeois de « gauche » depuis le déclenchement en 2008 de la crise capitaliste mondiale n’ont produit que des défaites et une régression sociale.

L’Union européenne (UE) et les gouvernements, toutes tendances politiques confondues, se sont révélés être imperméables aux appels populaires, et ont imposé une politique d’austérité dévastatrice qui a été négociée avec les syndicats. Depuis 2008, l’économie de la Grèce s'est contractée de plus de 20 pour cent tandis que la production industrielle de l’Italie a chuté d’un quart. Avec le chômage se situant à 27 pour cent en Grèce et en Espagne, et à près de 60 pour cent pour les jeunes, l’économie européenne est en train de s’effondrer à une échelle jamais vue depuis la Grande Dépression et la Deuxième Guerre mondiale.

Depuis son élection l’année dernière, la cote de popularité de Hollande dans les sondages a chuté à un niveau historiquement bas tandis que sa politique a mis la France sur la voie d'une désintégration socio-économique du type de celle subie par la Grèce.

Les intérêts de classe qui motivent la politique des gouvernements européens et de leurs alliés de la pseudo-gauche ont été révélés en mars dernier par la commissaire de l’UE, Maria Damanaki dans le contexte de la crise financière chypriote. Elle a dit, « La stratégie de la commission européenne au cours des 18 ou 24 mois écoulés a été de réduire les coûts du travail dans tous les pays européens afin d'améliorer la compétitivité des compagnies européennes sur leurs rivales d’Europe de l’Est et d’Asie. »

Les conditions objectives pour l'éruption de luttes de classes révolutionnaires, à l’image de l’Egypte en 2011, sont en train d’émerger tout comme la nécessité objective que la classe ouvrière effectue un tournant vers une politique socialiste en France et internationalement face à la phase terminale de la crise du capitalisme. De telles luttes impliquent une lutte politique indépendante de la classe ouvrière contre les partis de pseudo-gauche et les bureaucraties syndicales qui ont soutenu la campagne de Hollande et sa politique pro-patronale.

Mélenchon et le NPA avaient même reconnu que Hollande appliquerait l’austérité, Mélenchon s’était moqué de lui en le surnommant « Hollandréou », du nom du premier ministre pro-austérité grec Georges Papandréou, mais ils avaient néanmoins appelé à voter pour lui. Depuis lors, le FdG, le NPA et les responsables syndicaux continuent de soutenir Hollande.

Dans les luttes sociales et politiques à venir de la classe ouvrière, ces forces se rangeront de l’autre côté des barricades. Partout en Europe, elles ont déjà soutenu ou ont annoncé une résistance purement « symbolique » contre la mobilisation des CRS ou des forces armées pour réprimer les mouvements de grève, comme ce fut le cas en France durant la grève dans le secteur pétrolier, en Grèce durant les grèves des chauffeurs routiers, en Espagne contre les contrôleurs du ciel en 2010, ou encore durant la récente grève cette année des travailleurs du métro grec.

Mélenchon et ses alliés ont une peur bleue qu’un mouvement de la classe ouvrière puisse démarrer d’en bas, hors de leur contrôle et qui aille à l’encontre de leurs intérêts de classe. Comme le disait dernièrement Mélenchon au sujet de débats sur la politique d’austérité prônée par la chancelière allemande Angela Merkel, « Je crains que le clash [avec Merkel] n’ait pas lieu entre gens raisonnables mais qu’il parte d’en bas, auquel cas tout serait perdu. »

Même les appels démagogiques, creux de Mélenchon à donner « un grand coup de balai » aux institutions de la République française étaient excessives pour ses alliés au sein du FdG. Le secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent, a fustigé « L’heure n’est pas à mes yeux à diviser, à opposer, à écoeurer, » tandis que le porte-parole du courant Gauche unitaire du FdG, Christian Picquet (anciennement du NPA) a réprimandé Mélenchon pour avoir utilisé une expression qui « durcit le ton jusqu’à brouiller la perspective politique. »

Picquet ne veut pas « durcir le ton » à l’égard de la République française parce qu’il sait bien que si la classe ouvrière balayait l’Etat bourgeois français, son parti et lui-même seraient aussi balayés. Et c’est précisément ce que l’appel à manifester le 5 mai cherche à éviter.

Et pourtant c’est exactement la signification politique de la crise économique mondiale qui a éclaté et qui entre actuellement dans sa cinquième année. Les manifestations de protestation, même celles mobilisant un grand nombre de travailleurs ou obtenant partiellement satisfaction pour quelque revendication, n’inversera pas l’agonie du capitalisme. Toute la puissance sociale de la classe ouvrière doit être mobilisée et un parti politique doit être construit dans une lutte contre les partis de pseudo-gauche, afin d’organiser la classe ouvrière et de l’imbiber de la conscience que seule une lutte socialiste pour le pouvoir ouvre une voie pour aller de l’avant.

Les travailleurs doivent construire un parti politique fondé sur des principes trotskystes, c’est-à-dire marxistes révolutionnaires, en luttant pour mettre fin au système capitaliste. Le Comité international de la Quatrième Internationale demande aux travailleurs, aux intellectuels et aux jeunes en France de lire le World Socialist Web Site et de lutter pour construire une section du CIQI en France.

(Article original paru le 4 mai 2013)