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France : La proposition du Front de gauche de participer au gouvernement pro-austérité trouble le NPA

Par Kumaran Ira
9 mai 2013

La proposition de jean-Luc Mélenchon, dirigeant du Front de Gauche (FdG) de devenir premier ministre du gouvernement impopulaire, pro-austérité du président François Hollande inquiète le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), parti petit-bourgeois de « gauche ». Ils craignent que la volonté de Mélenchon de travailler sous Hollande ne démasque la faillite de la politique anti-ouvrière de l'ensemble de la pseudo-gauche, y compris du NPA.

Le NPA tout comme le FdG ont réagi au discrédit qui touche la politique d'austérité de Hollande et aux accusations d'évasion fiscale à l'encontre de l'ex ministre du Budget Jérôme Cahuzac tombé en disgrâce, en se faisant l'écho des appels creux de Hollande à une « moralisation » de la vie politique française. Tandis qu'Olivier Besancenot, porte-parole du NPA, appelait à une « République exemplaire », Mélenchon faisait campagne pour une Sixième République, c'est-à-dire pour des réformes institutionnelles pour l'actuelle Cinquième République.

Sur Europe 1, le 22 avril, Mélenchon a ajouté : «François Hollande avait une chance de faire quelque chose de bien, il l'a ratée. Il peut se rattraper. (...) Il peut me nommer Premier ministre. Je n'ai pas peur. »

La proposition de Mélenchon de devenir premier ministre montre que c'est un carriériste de droite, prêt à appliquer une politique d'austérité sous l'autorité de Hollande et de son Parti socialiste (PS), tout en semant l'illusion que cette politique se transformera en une politique plus en faveur des travailleurs. Mais de telles illusions ne sont tout simplement pas crédibles dans la classe ouvrière. La cote de popularité de Hollande a chuté à un niveau record de 24 pour cent, tandis que sa politique d'austérité mine l'économie.

Le 2 mai,le NPA a publié un article de François Sabado intitulé « Front de Gauche : Mélenchon premier ministre? » Sabado commence par exprimer ses propres inquiétudes sur le fait que Mélenchon a révélé sa réelle identité politique et il pose carrément la question : « Mélenchon a-t-il pété les plombs ? »

Sabado poursuit, «Comment expliquer la dénonciation quasi-systématique de la politique d’austérité du gouvernement Hollande - Ayrault et sa proposition de devenir Premier ministre du même Hollande ?... Comment expliquer que l’on veut une VIe République tout en voulant être le Premier ministre d’une Ve République dominée par la toute-puissance du président ? Ce double discours ne peut que relativiser la portée des proclamations pour une VIe République . »

S'il existe « deux facettes » au personnage de Mélenchon, l'une gouvernementale et l'autre se drapant dans les couleurs de l'opposition sociale, cela veut dire que cette dernière sert de couverture cynique et maladroite à la politique anti-classe ouvrière de la première. Le NPA craint que les travailleurs ne « réconcilient » que trop facilement ces deux facettes, en parvenant à la conclusion correcte que Mélenchon est un charlatan politique.

Ayant fait preuve de bons et loyaux services au sein du PS, y compris en qualité de sénateur et de ministre, Mélenchon est un défenseur entraîné et endurci de la classe dirigeante. Comme le NPA, il avait appelé à voter Hollande à l'élection présidentielle de 2012, tout en reconnaissant que Hollande appliquerait l'austérité. Sa proposition de devenir premier ministre reflète les intérêts de classes que lui-même et le PS servent : ceux de l'élite financière et des sections réactionnaires de la classe moyenne aisée qui sont en train d'imposer des coupes sociales aux travailleurs.

Mais ce que Sabado craint c'est que si les travailleurs prennent conscience de la politique hypocrite de Mélenchon ils vont aussi s'opposer au NPA par le flanc gauche.

Sabado écrit, « La posture de mélenchon comme potentiel premier ministre est hasardeuse. elle fait sourire, mais elle traduit bien ses propres contradictions. » Sabado ne dit pas quelles sont les « contradictions » de Mélenchon, ni pourquoi les démasquer serait « hasardeux. »

A court terme, Sabado semble s'inquiéter du risque qu'il y a à « relativiser » (c'est-à-dire discréditer) le slogan bourgeois de Mélenchon pour une Sixième République, dont Besancenot s'était fait l'écho et qui était la raison de la journée de protestation de Mélenchon le 5 mai et que le NPA a soutenue.

Dans une lettre datée du 9 avril, ils ont fait l'éloge de la manifestation du 5 mai de Mélenchon, disant qu'elle allait « dans le bon sens » et qu'elle «ouvr[e] une perspective qui combine l'urgence démocratique et l'urgence sociale. »

Banderole du Front de Gauche

C'est-à-dire que tandis que le Front de Gauche proposait ses services pour consolider Hollande, le NPA essayait cyniquement de canaliser l'opposition populaire envers Hollande derrière le Front de Gauche.

Ceci participe d'une alliance plus large de par l'Europe entre les forces sociales-démocrates et staliniennes représentées en France par les forces soi-disant de gauche du Front de Gauche et celles des pablistes du NPA.

Dans d'autres pays, de telles organisations ont souvent formé des alliances communes, comme Rifondazione Comunista en Italie ou le Bloc de gauche au Portugal, et sont entrés ensemble au gouvernement. Ces deux partis ont voté en faveur des mesures d'austérité sociale ou de la guerre, dont le tristement célèbre vote de Rifondazione en faveur des coupes dans les retraites et du financement de la guerre en Afghanistan en 2007 et le soutien du Bloc de Gauche au renflouement des banques grecques qui ont dévasté la classe ouvrière.

Le NPA est tout aussi impliqué que Mélenchon dans la promotion du gouvernement anti-ouvrier de Hollande. L'année dernière au moment de l'élection de Hollande, le candidat du NPA à la présidentielle, Philippe Poutou avait appelé à voter Hollande contre le président conservateur sortant, « Le 6 mai, l'élection doit servir à une chose : se débarrasser de Nicolas Sarkozy. »

Le NPA défend toujours sa décision d'appeler à voter Hollande. Le 3 mai dernier dans une interview au Journal du Dimanche, Besancenot disait : « On a mis un bulletin dans l'urne pour mettre une grande claque à Nicolas Sarkozy, je ne le regrette pas. »

Besancenot a soutenu le gouvernement Hollande tout en reconnaissant que Hollande pratique une politique d'austérité massive de conserve avec la bureaucratie syndicale. Il a dit, « A chaque fois que le PS est au pouvoir, il y a une partie des organisations syndicales qui jouent le jeu du gouvernement

Malgré cela, le NPA est resté, comme toujours, un soutien fiable des syndicats et d'une alliance de fait avec le PS. Le NPA a ainsi contribué à imposer une camisole de force politique à la classe ouvrière, permettant au gouvernement d'imposer l'austérité. Sous Hollande, on compte une réforme du marché du travail visant à éliminer les protections au travail, des fermetures d'usines, dont celles de PSA-Aulnay et Goodyear-Amiens, des dizaines de milliards de réductions du déficit sur le dos des travailleurs et l'isolement systématique des travailleurs qui luttent contre les attaques sociales.

Une colère profonde est en train de monter dans la classe ouvrière face à la politique libérale de Hollande et le NPA et Mélenchon ont une peur bleue de voir éclater une opposition de masse de la classe ouvrière contre la politique libérale de l'ensemble de l'establishment politique. C'est pour cela que Sabado ne veut pas que les poses soi-disant de gauche de Mélenchon ne soient démasquées pour ce qu'elles sont réellement : une imposture.

(Article original paru le 8 mai 2013)