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La France confirme le meurtre au Mali du dirigeant d’al Qaïda, Abou Zeid

Par Kumaran Ira
26 mars 2013

Samedi 23 mars, le gouvernement français a confirmé la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, le dirigeant d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) lors d’une opération militaire menée le mois dernier par la France au Nord Mali.

Dans un communiqué de presse du palais de l’Elysée, le président français, François Hollande, a confirmé que la mort de Zeid était survenue « lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar [montagne] des Ifoghas au Nord du Mali, à la fin du mois de février. »

Le 28 février, la chaîne algérienne Ennahar TV avait tout d’abord rapporté que Zeid avait été tué le 25 février en même temps que 40 militants islamistes lors de combats survenus près de la région montagneuse de Tigargara au Nord Mali. A l’époque, Paris n’avait ni démenti ni confirmé sa mort dans l’attente des résultats de tests ADN. Le 1er mars, le président du Tchad, Idriss Deby, avait dit que Zeid avait été tué par des troupes tchadiennes combattant aux côtés de la France.

La France a envahi le Nord Mali en janvier en affirmant que l’opération faisait partie de la « guerre contre le terrorisme » et visait à reconquérir des parties du Nord Mali contrôlées depuis 2012 par des milices islamistes et touareg. La France a envoyé quelque 4.000 soldats au Mali et supervisé le déploiement de quelque 8.000 soldats ouest-africains combattant aux côté des troupes françaises et des forces gouvernementales maliennes.

Paris a capturé des villes clé au Nord Mali, dont Gao, Kidal et Tombouctou d’abord par des frappes aériennes puis par des assauts terrestres. Le bilan des victimes civiles de la guerre de la France est toutefois encore inconnu «étant donné que Paris bloque les reportages sur la région ravagée par la guerre. Cinq soldats français ont été tués.

Le communiqué de l’Elysée affirme que la mort de Zeid est une victoire dans la guerre contre le terrorisme : « Cette disparition de l’un des principaux chefs d’AQMI marque une étape importante dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. »

En fait, l’intervention de l’armée française au Mali n’a rien à voir avec une lutte contre le terrorisme. C’est le prétexte pour une intensification de la guerre en Afrique qui est liée aux intérêts géostratégiques des puissances impérialistes et visant à miner l’influence de puissances rivales, notamment la Chine. La guerre, qui est menée pour le contrôle des régions du Mali potentiellement riches en pétrole et localisées au milieu de la région stratégique du Sahel, sert de couverture politique au déploiement des forces françaises, américaines et européennes dans le but de sécuriser les mines d’uranium du Sahel, des bases militaires et d’autres emplacements clé. (Voir : La France envoie des troupes pour sécuriser les mines d’uranium au Niger ».)

Tout comme al Qaïda et son dirigeant initial, Oussama ben Laden, AQMI a souvent aligné la politique réactionnaire de ses organisations sur les intérêts des puissances impérialistes.

Abou Zeid, d’origine algérienne, était un membre du parti islamiste algérien, le Front islamique du Salut (FIS). Zeid avait rejoint le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) dont les forces avaient à l’origine été mobilisées par l’impérialisme américain afin de combattre le régime de Kaboul soutenu par l’Union soviétique dans les années 1980 et 1990. Il était ensuite retourné en Algérie.

Mais Paris, qui était appuyé par Washington, s'était vivement opposé en 1990 à la victoire du FIS lors des élections algériennes, soutenant un coup d’Etat militaire. Ceci avait déclenché la guerre civile algérienne brutale, durant laquelle plus de 100.000 Algériens furent tués et durant laquelle le régime algérien avait renforcé ses relations avec la France, son ancienne puissance coloniale. De nombreux combattants islamistes algériens avaient cherché refuge au-delà de la frontière algérienne, au Nord Mali.

En 2007, le GSPC a changé de nom pour devenir Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique. Cependant, lors d’un autre virage abrupt, ces forces ont une fois de plus été mobilisées par l’impérialisme après les luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Egypte durant l’hiver 2011.

Après avoir attaqué la Libye en mars 2011, Paris et Washington ont soutenu les milices islamistes liées à AQMI pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi. En Syrie, les puissances occidentales et leurs puissances régionales, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent encore le Front al-Nusra, qui est affilié à al Qaïda, encourageant une guerre civile visant à renverser le président Bachar al Assad.

La mort d’Abou Zeid ne mettra pas fin à la violence impérialiste administrée par la France à la population au Nord Mali, pas plus qu’elle ne marque une avancée dans une soi-disant lutte contre le terrorisme.

Sur fond de mécontentement populaire et de diminution du soutien pour la guerre dans les sondages publics, le gouvernement Hollande est en train de dire qu’il pourrait commencer à retirer des troupes dès le mois prochain. Le 20 mars, Hollande a annoncé que « la quasi-totalité du territoire sera revenue à la souveraineté du Mali dans quelques jours. »

En réalité les combats se poursuivent au Mali Nord. Samedi, des affrontements ont eu lieu après que les rebelles islamistes du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ont pénétré dans la ville de Gao. C'était la troisième attaque majeure depuis la prise de Gao par les troupes françaises et maliennes.

Selon Al Jazeera, « L’assaut montre que le MUJAO reste bien implanté et capable de lancer des attaques malgré les milliers de soldats français qui ont affranchi la plupart des villes du Nord Mali du contrôle des rebelles. »

Alors que la guerre continue au Mali, Paris poursuit ses ambitions impérialistes en promouvant les projets de coopération de reconstruction des entreprises françaises au Mali. Des responsables français et maliens ont organisé la semaine passée une conférence à Lyon pour discuter d’environ 300 projets locaux.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit, « Nous sommes en train de gagner la guerre. Il faut aussi gagner la paix. Et pour gagner la paix, il y a toute une série d’actions à la fois démocratiques et de développements. Et bien évidemment, les collectivités locales, l’Etat français et l’Europe, les collectivités internationales aussi, doivent aider à ce développement. Simplement, il faut maintenant que l’on assure la sécurisation [du pays]. »

(Article original paru le 25 mars 2013)