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La mort de Hugo Chavez

Par Bill Van Auken
9 mars 2013

Après 14 années à la présidence du Venezuela, Hugo Chavez, un ancien officier de l’armée et un nationaliste de gauche, est mort dans un hôpital de Caracas mardi après-midi après deux années de lutte contre le cancer.

Chavez, qui avait 58 ans, s’est fait connaître au Venezuela en tant que chef d’un coup d’État militaire manqué contre le régime corrompu du président vénézuélien Carlos Andrés Pérez, le chef d’Accion Democratica, un parti social-démocrate bourgeois. Andrés Pérez est celui qui a réprimé dans le sang le «Caracazo», un soulèvement populaire contre les mesures d’austérité dictées par le FMI au cours duquel 3000 personnes furent tuées.

Libéré après deux ans d’emprisonnement, Chavez a fondé son mouvement «bolivarien» et a brigué la présidence en 1998, affirmant qu’il ne représentait «ni la gauche, ni la droite», mais qu’il visait un programme de réforme sociale et économique et tentait de mettre fin au système bipartite corrompu. Dans ce système bipartite se trouvaient Accion Democratica et les chrétiens-démocrates du Parti Copei, qui se sont échangé le pouvoir durant les dernières décennies.

Après avoir pris le pouvoir, il a commencé à adhérer à une plateforme politique populiste de gauche, s’affichant comme nationaliste et «socialiste».

Chavez s’est attiré l’hostilité implacable de Washington avec ses politiques populistes et nationalistes. Il y a eu des affrontements avec les conglomérats énergétiques basés aux États-Unis en raison de sa défense d’un plus grand contrôle national sur l’exploitation des ressources pétrolières du pays, ses nationalisations partielles, son appui économique à Cuba et sa poursuite de liens économiques plus étroits avec le rival impérialiste des États-Unis, la Chine.

En avril 2002, la CIA a appuyé un coup d’État où Chavez a été brièvement renversé du pouvoir et emprisonné avant qu’il ne soit réinstallé au palais présidentiel par la combinaison de sections militaires loyales et d’une révolte populaire parmi les couches les plus appauvries de la population.

Tout au long de la présidence de Chavez, Washington s’est servi d’agences telles que USAID, la National Endowment for Democracy et la CIA pour financer et conseiller une opposition politique de droite parmi des sections de l’oligarchie vénézuélienne qui en voulaient amèrement à Chavez pour tenter de s’attirer l’appui des pauvres et pour ses origines métissées, de classe moyenne inférieure. Malgré les multiples victoires de Chavez dans des élections contestées, les administrations et les médias de masse des États-Unis n’ont cessé de qualifier son gouvernement d’illégitime et de dictatorial.

D’un autre côté, des sections de la pseudo-gauche en Europe, en Amérique du Nord et en Australie ont tenté de présenter Chavez comme un dirigeant révolutionnaire de la classe ouvrière, en faisant la promotion de son «socialisme du 21e siècle» comme une nouvelle solution pour les masses d’Amérique latine et d’ailleurs.

En réalité, les politiques de Chavez étaient basées sur le recours aux revenus du pétrole du Venezuela, qui constituent 90 % des revenus du pays et qui proviennent en grande partie des exportations vers les États-Unis, pour financer divers programmes d’aide aux pauvres.

Même si ces programmes ont eu sans aucun doute un effet positif sur l’alphabétisation, la santé, le logement et les revenus de la majorité appauvrie du Venezuela, l’élite financière demeurait fermement en contrôle des rênes de l’économie. Le secteur privé occupe une part plus importante de l’économie du pays aujourd’hui que lorsque Chavez a pris le pouvoir en 1998. Le capital financier et l'armée ont toujours été des piliers de son gouvernement.

La compassion dont a fait preuve Chavez à l’égard des masses travailleuses opprimées du Venezuela et d’Amérique latine pouvait être tout à fait sincère. Cependant, les politiques de sa «Révolution bolivarienne», qui devaient être réalisées sans le renversement du capitalisme ou la prise du pouvoir par la classe ouvrière, n’avaient rien à voir avec le véritable socialisme.

L’histoire de l’Amérique latine est remplie d’exemples de ce type de régime bourgeois «de gauche» – Peron en Argentine, Allende au Chili, les régimes militaires nationalistes de gauche au Pérou et en Bolivie – qui ont mené à des dictatures militaires fascistes et à des défaites amères de la classe ouvrière.

Quelques heures avant d’annoncer le décès de Chavez, le vice-président vénézuélien Nicolas Maduro – qui avait été choisi par Chavez pour devenir soin successeur politique – a annoncé que l’attaché militaire de l’US Air Force, le colonel David Delmonaco, et son adjoint seraient expulsés pour avoir tenté de recruter des officiers de l’armée vénézuélienne dans des «buts de déstabilisation».

Le président Barack Obama a publié une déclaration dans laquelle Washington disait espérer pouvoir exploiter la mort de Chavez pour mieux positionner l’impérialisme américain au Venezuela. «Dans cette période de défi marquée par le décès du président Hugo Chavez, les États-Unis réitèrent leur appui au peuple vénézuélien et souhaitent développer une relation constructive avec le gouvernement du Venezuela», pouvait-on lire.

D’après la constitution du Venezuela, une élection présidentielle doit se tenir au plus 30 jours après la mort du président. Le vice-président Maduro devrait être choisi comme candidat chaviste et devrait affronter Henrique Capriles, le gouverneur de l’État du Miranda qui avait été défait par Chavez lors de l’élection présidentielle en octobre dernier.

L’avenir du chavisme demeure incertain avec l’absence d’Hugo Chavez. L’ancien lieutenant-colonel parachutiste entretenait des liens avec l’armée, un pilier du gouvernement, et cela fait défaut à Maduro, ancien chef de syndicat de chauffeurs d’autobus et mari de la femme qui a été l’avocate de Chavez après 1992.

L’importance de ces liens a été soulignée lorsque le chef de l’armée, l’amiral Diego Molero, est apparu à la chaîne de télévision nationale tout de suite après Maduro. Molero a lancé un appel à l’«unité, au calme et à la compréhension» parmi les Vénézuéliens et a juré que les forces armées allaient demeurer loyales à la constitution.

(Article original paru le 6 mars 2013)

Voir aussi :

La signification des nationalisations au Venezuela et en Equateur

Hugo Chávez, Marx and the “Bolivarism” of the twenty-first century