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L'économie européenne se contracte pendant que les cours des actions s'envolent

Par Stefan Steinberg
13 mars 2013

Le même jour, le 6 mars, où des données ont été publiées soulignant le fait que l'Europe est dans une dépression qui s'aggrave, les marchés boursiers européens se sont envolés à leur plus haut niveau depuis août 2008.

Mercredi, le service des statistiques de l'UE a publié des données confirmant que le PIB de la zone euro a chuté de 0,6 pour cent au dernier trimestre 2012. Le PIB de la zone euro s'est réduit tout au long de 2012, mais le chiffre de 0,6 a été le plus important des quatre trimestres, indiquant que la contraction de l'économie européenne s'accélère.

Ce déclin à la fin 2012 est le plus profond depuis le premier trimestre 2009, c'est-à-dire le déclin spectaculaire enregistré dans la foulée du crash bancaire de 2008.

La contraction économique a été la plus importante dans les pays qui ont subi tout le poids de la politique d'austérité de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Le PIB du dernier trimestre en Italie, qui est la troisième économie de la zone euro, s'est réduit de 0,9 pour cent. D'autres données provenant de l'Institut national de la statistique italien révèlent que l'économie italienne s'est contractée de 2,4 pour cent en 2012 comparée à l'année précédente. C'est le plus mauvais résultat du pays depuis 2009 et la neuvième fois en 11 ans que la croissance italienne est à la traîne derrière celle de l'Union européenne dans son ensemble.

L'économie espagnole s'est contractée de 1,4 pour cent en 2012, le deuxième plus mauvais ralentissement sur une année pour le pays depuis 1970, date où le dictateur Francisco Franco était encore au pouvoir. Une fois de plus, le taux de contraction était le plus prononcé au dernier trimestre (0,8 pour cent) et l'économie espagnole devrait se réduire encore en 2013. Les ventes au détail dans le pays ont chuté pendant 30 mois d'affilée, traduisant la baisse de la consommation des ménages, conséquence de la réduction des dépenses publiques et de la montée du chômage.

D'après les prévisions du gouvernement, l'économie irlandaise devrait subir un ralentissement record de 5 pour cent cette année avec la baisse de la construction et des dépenses des consommateurs. Le chômage en Irlande est à son plus haut niveau depuis 15 ans et le déficit budgétaire du pays devrait augmenter de plus de trois fois la limite fixée par l'Union européenne.

L'économie britannique s'est contractée de 3 pour cent dans les trois derniers mois de 2012 et devrait faire sa troisième récession en quatre ans cette année.

Le pays européen qui a le PIB qui se réduit le plus est la Grèce, qui en est à sa sixième année de récession. Son économie s'est contractée de plus de 20 pour cent au cours des six dernières années et devrait se contracter encore de 4,5 pour cent cette année. En s'appuyant sur ses données économiques, une compagnie d'investissement de premier plan a récemment fait baisser la Grèce du statut d'économie développée à celui d'économie émergente.

Le taux de chômage de 27 pour cent en Grèce est le plus élevé de l'UE, et 62 pour cent des jeunes grecs seraient sans emploi. Le gouvernement grec est actuellement sous la pression de l'UE et du FMI pour éliminer 25 000 emplois du secteur public cette année pour atteindre son objectif d'en supprimer près de 150 000 d'ici 2015.

La récession n'est cependant pas réservée uniquement aux petits pays périphériques. L'un des indicateurs les plus nets de l'étendue de la récession en Europe a été la baisse des activités économiques l'an dernier dans les deux principales économies du continent, l'Allemagne et la France. Contre toutes les attentes officielles, l'économie allemande s'est contractée de 0,6 pour cent au troisième trimestre de 2012 et l'économie française de 0,3 pour cent.

La baisse de l'économie allemande reflète surtout l'effondrement de la demande des consommateurs en Europe pour les exportations allemandes. Non seulement la récession se répand depuis la périphérie jusqu'au cœur de l'Europe, mais elle affecte de plus en plus des industries essentielles. En réaction à la baisse de la demande en automobiles en Europe, les principales compagnies automobiles ainsi que les sidérurgistes intensifient leurs plans de fermetures d'usines, réduisent les effectifs et rationalisent drastiquement la production.

Le malaise qui s'accélère dans l'économie européenne, combiné à une instabilité politique grandissante en Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne poussent une fois de plus à la hausse le prix d'achat des obligations d'Etat pour ces pays, ce qui augmente leur niveau d'endettement et risque d'entraîner un nouvel épisode de la crise de l'euro.

Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, le même jour où des données confirmant l'état désastreux de l'économie européenne étaient publiés, les cours des actions de tout le continent s'envolaient vers des niveaux comparables à leurs plus hauts points d'avant le crash bancaire de 2008. Le CAC 40 français a augmenté de 2,1 pour cent, le DAX allemand a augmenté de 2,4 pour cent, et le FTSE 100 britannique a gagné 1,4 pour cent.

La montée sur les marchés européens est intervenue le même jour où l'indice Dow Jones des valeurs industrielles a dépassé son précédent record qui datait de 2007.

Notant que les indices augmentaient sur l'ensemble des 18 marchés d'Europe occidentale sauf en Grèce, l'Irish Independent a commencé son reportage sur cette orgie boursière ainsi : « Ce fut une journée pour les marchés qui a dû laisser les investisseurs ivres de joie. »

La montée en flèche des bourses européennes est souvent décrite par les commentateurs financiers comme une indication de sa « déconnection » de l'état de l'économie réelle. En fait, les valeurs gonflées des marchés d'actions européens et américains s'appuient sur le même processus – une redivision massive de la richesse venant des fonds publics, par une destruction du niveau de vie de millions de travailleurs au moyen des programmes d'austérité afin d'envoyer des milliards dans les coffres des banques et des grandes entreprises.

L'étendue de ce processus est soulignée par le journaliste économique suédois Ylvas Elvis Nilsson, qui écrit que le secteur bancaire européen a augmenté de plus de 85 pour cent au cours de la décennie passée et représentait au total 45 000 milliards d'euros (59 000 milliards de dollars) en 2011 – soit un énorme 350 pour cent du PIB combiné de l'UE.

L'état de l'économie européenne a été le sujet principal du récent sommet organisé par Reuters sur l'avenir de la zone euro à la fin du mois dernier. S'exprimant au nom de la Commission européenne, le Président José Manuel Barroso a souligné le fait que les mesures d'austérité doivent être intensifiées. Faisant référence aux résultats de l'élection italienne, qui ont vu un vote massif contre l'austérité et l'UE, il a appelé les dirigeants européens à maintenir le cap et à « ne pas se laisser aller au populisme. »

Barroso a clairement dit que l'élite de l'UE est déterminée à ignorer à la fois la catastrophe sociale naissante en Europe et les résultats du suffrage universel pour continuer à imposer l'austérité. Il a posé la question : « Devrions nous déterminer notre politique économique en fonction de considérations électorales à court terme ou en fonction de ce qu'il faut faire pour remettre l'Europe sur la voie d'une croissance soutenable ? » pour se contenter de répondre : « Pour moi la réponse est claire. »

La litanie de l'austérité de Barroso a reçu un écho prévisible du ministre des Finances allemand Wolfgang Schauble, qui s'est exprimé lors de la même conférence. Schauble a déclaré qu'il y aurait des reculs, mais, que « nous devons continuer sur cette voie. »

Un autre intervenant à cette conférence a prévenu que le « recul » le plus probable serait une vague de rébellion populaire grandissante contre l'élite européenne. Le nouveau chef de l'institut allemand de recherche économique ZEW, Clemens Fuest, a dit à la conférence : « Il y a vraiment le scénario actuellement plausible d'une rupture de l'union monétaire. Il se pourrait bien que dans ces pays, à un moment donné, la population dise "nous ne croyons pas que les choses vont s'arranger." »

(Article original paru le 8 mars 2013)