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La lutte contre la fermeture de l'usine de Goodyear d' Amiens en France à la croisée des chemins

Par Antoine Lerougetel
7 mars 2013

La lutte des travailleurs de Goodyear Amiens-Nord, longue de six ans, contre les menaces de fermeture et de licenciements de masse est à la croisée des chemins

La question critique à laquelle les travailleurs de Goodyear Amiens-Nord et d'autres usines menacées de fermeture en France et en Europe sont confrontés, c'est de savoir comment mobiliser une opposition de masse dans la classe ouvrière aux fermetures et appeler à la solidarité la plus large pour les travailleurs de l'automobile qui sont confrontés à des licenciements massifs. Le WSWS a soutenu le refus des travailleurs de se soumettre au chantage de la direction, et a écrit le 14 février: “Les travailleurs de Goodyear ont mené une bataille juridique de cinq ans pour maintenir en activité l’usine après avoir rejeté les exigences de l’entreprise de passer à un système inhumain de quatre huit (quatre équipes se relayant toutes les huit heures) ou de risquer la fermeture.”

Le WSWS s'est constamment opposé à la politique traîtresse de la CGT, syndicat dirigé par les staliniens, et de ses soutiens petit-bourgeois tel le Parti indépendant ouvrier (POI) de pseudo-gauche, qui cherchent à limiter la lutte à une bataille juridique. Cette tactique bloque toute tentative de mobiliser la classe ouvrière contre la destruction des emplois et les réductions de salaires actuellement imposées en France et partout en Europe.

Les dirigeants locaux de la CGT ont accepté l'isolement de la lutte des Goodyear et la collaboration de la direction nationale de la CGT avec l'ancien président conservateur Nicolas Sarkozy. Cette colaboration se poursuit sous le gouvernement de la “gauche” bourgeoise, le Parti socialiste, de François Hollande, dont l'élection à la présidence a été soutenue par la CGT.

Au moment où les propositions des syndicats pour éviter la fermeture sont en train de s'effondrer, il devient de plus en plus clair que l'unique perspective possible est la construction de comités de lutte, indépendants des syndicats, pour organiser une riposte plus large contre la politique anti-ouvrière et de collaboration de classes de la CGT.

Le 12 février le manufacturier américain de pneus agricoles Titan a retiré son projet d'acheter la section “pneus agricoles” de l'usine, ce qui était censé sauver 500 emplois. Ce qui se négocie actuellement entre Goodyear et les syndicats, ce sont les indemnités de licenciements qui seront proposées, ou plutôt imposées aux 1,273 travailleurs du site entier.

Les négotiations ont commencé le 12 février au siège social de Goodyear près de Paris. Le dirigeant CGT du site, Mickaël Wamen, en sortant de la réunion, a dit aux travailleurs rassemblés: « On va sortir l’artillerie lourde devant les tribunaux. On n’a pas encore sorti dix pour cent de notre attirail juridique… si le gouvernement tremble aujourd'hui, il continuera à trembler.»

Entre temps, tandis que les travailleurs d'Amiens-Nord cherchaient à s'opposer à la fermeture avant la tenue des deuxièmes négociations le 7 mars, Wamen et le conseiller juridique de la CGT Fiodor Rilov ont proposé que les travailleurs investissent leur indemnité de licenciement dans une SCOP (coopérative). De nombreux travailleurs ont exprimé des doutes fort justifiés, car ceci revient à accepter la fermeture de l'usine. Le 26 février, Wamen a rencontré le député européen du parti conservateur UMP (Union pour un mouvement populaire), qui a dit qu'il essaierait d'obtenir une subvention de l'UE pour financer la SCOP.

Un peu plus tard, Wamen a quasiment reconnu que la proposition de SCOP est une manoeuvre visant à renforcer la position de la CGT lors des procédures judiciaires sur les indemnités de licenciement. Wamen a dit au Courrier Picard: “Nous verrons comment réagira la direction. Si elle n'en veut pas, cela nous permettra de retourner devant la justice et montrer combien Goodyear préfère fermer l'usine plutôt que la confier à ses salariés.”

Ces manoeuvres ont pour but de casser le moral des travailleurs de Goodyear et de les pousser à accepter les indemnités de licenciement, autrement dit la perte de leur emploi après six ans durant lesquels l'entreprise a laissé l'usine se dégrader et a réduit la production au dixième de sa capacité.

Aucune indemnité de licenciement ne compensera la perte d'emploi des travailleurs de Goodyear dans un contexte où il est extrêment difficile de retrouver du travail. Dans le contexte de la pire crise économique depuis les années 1930, le chômage a augmenté pendant 21 mois consécutifs en France et concerne 3,5 millions de personnes. Selon les prévisions, le chômage va encore augmenter dans les années à venir en France et dans toute l'Europe, notamment dans l'industrie automobile et manufacturière.

Le WSWS s'est toujours opposé à toute braderie des emplois contre de l'argent chez Goodyear et a appelé à la grève et à la mobilisation politiques les plus larges de la classe ouvrière contre les fermetures et les licenciements. Le WSWS s'est toujours opposé aux tentatives de la CGT de présenter les fermetures d'usines comme des victoires en mettant en avant les indemnités de licenciements.

Après le cas le plus connu où cela s'était produit, la fermeture de l'usine Continental de Clairoix en 2009, le WSWS avait écrit: “Les syndicats de l'usine Goodyear d'Amiens considèrent la trahison de Clairoix comme un exemple à suivre.”

Pour sa part, le leader de la CGT de l'usine Goodyear, Mickaël Wamen a fait l'éloge de l'accord « très honorable », « arraché par la lutte des Conti. » Wamen a dit que le but était de faire retirer les suppressions de postes, mais que s'ils n'y parvenaient pas, « 50 000 euros, ça sera le minimum. Il y a du fric chez Goodyear. Le groupe devra ouvrir le porte-monnaie, sans quoi ça va chier. »

En fait, l'accord acceptant la fermeture du site Continental de Clairoix avait été une trahison infecte. La plupart des travailleurs de Clairoix n'ont pas retrouvé de travail depuis. L'accord, conclu entre Continental, les syndicats conduits par Xavier Mathieu de la CGT, et le gouvernement, comprenait une promesse des syndicats d'empêcher les travailleurs de Clairoix d'intervenir dans d'autres sites de Continental dont la fermeture était prévue.