Home » Nouvelles internationales » Europe du Sud » Grèce

Les exigences d'austérité provoquent une crise du gouvernement grec

Par Robert Stevens
12 mars 2013

Des représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) ont entamé des négociations avec la coalition gouvernementale grecque dirigée par Nouvelle Démocratie dimanche.

Se poursuivant toute la semaine, les négociations se sont concentrées sur les progrès de la Grèce dans la mise en place des mesures d'austérité qui sont la condition préalable à la réception par le pays de tout prêt supplémentaire suivant les termes du « mémorandum » qu'il a signé avec la troïka.

La principale demande de la troïka est qu'il ne doit y avoir aucun recul sur les plans de licenciement des fonctionnaires. Dans le cadre de son engagement à réduire de 150.000 le nombre d'employés du secteur public d'ici fin 2014, elle doit supprimer 25.000 postes cette année, dont la moitié avant juin.

Imposer des réductions d'effectifs supplémentaires est de la dynamite politique pour les partis au pouvoir, Nouvelle Démocratie, le PASOK et la Gauche démocratique (DIMAR). Le chômage devrait déjà atteindre 30 pour cent cette année, et 60 pour cent pour les moins de 25 ans. Près de 4,5 millions de personnes pour une population de 11 millions sont soit au chômage soit comptées comme « économiquement inactifs. »

Pour réaliser cela, il a fallu que le PASOK social-démocrate et DIMAR feignent de s'y opposer, ils ont soulevé des inquiétudes sur les implications de l'austérité toujours plus profonde pour la stabilité sociale et politique de la Grèce. Les craintes qu'ils éprouvent pour leur propre survie ne comptent pas qu'un peu dans ces inquiétudes.

En conséquence de l'imposition du premier train de mesures d'austérité par le gouvernement PASOK de l'ex-premier ministre George Papandréou, dans la foulée de sa victoire écrasante de 2009 et de son alliance avec Nouvelle Démocratie, ce parti a pratiquement été supprimé en tant que force politique. Aux dernières élections législatives de juin dernier, le PASOK a perdu plus des deux tiers de ses voix, tombant de 43 pour cent (3.012.373 voix) à 12 (755.868 voix). Les sondages récents ne donnent que 5,3 pour cent d'opinions favorables pour ce parti.

À la conférence annuelle du PASOK, la semaine dernière au Pirée, moins de 4000 délégués étaient présents. Aucun des récents premiers ministres du parti (Papandréou et Costas Simitis) n'était présent. Le dirigeant actuel du parti, Evangelos Venizelos a saisi l'occasion d'appeler à ce qu'une coalition de centre-gauche soit formée pour les prochaines élections et que DIMAR y prenne part. DIMAR a refusé la proposition, mais son propre soutien est tombé à 4,3 pour cent, juste assez pour obtenir des sièges au parlement d'après le code électoral.

Dans le contexte d'un effondrement des partis bourgeois traditionnels en Grèce, ceux qui cherchent une alternative à gauche se voient présenter le choix de SYRIZA (Coalition de la gauche radicale). Fortement promu comme le parti anti-austérité, SYRIZA a pu obtenir 27 pour cent des voix aux élections de l'an dernier et est maintenant le principal parti d'opposition au Parlement.

La réalité est que la principale proposition de SYRIZA est une « décote » ( « haircut ») pour les créanciers publics de la Grèce, principalement la BCE et les pays de la zone euro. SYRIZA a maintes fois déclaré que les dettes de la Grèce envers les banques seront remboursées intégralement et qu'il ne cherche qu'à renégocier les conditions du remboursement.

À cette fin, le chef du parti Alexis Tsipras a entrepris de promouvoir activement une alliance entre le PASOK et DIMAR, pour former un futur « gouvernement de la gauche ». Sans préciser les noms, Tsipras a également déclaré que d'autres forces politiques pourraient être impliquées. Le mois dernier, il a déclaré au quotidien grec Kathimerini, « Nous voulons créer un front large qui contrera la politique du mémorandum d'une manière crédible. Bien sûr, ce front comprendrait tous les partis de la gauche, mais il pourrait également engager les électeurs des deux partis qui dominaient jadis la politique grecque » - une référence claire à Nouvelle Démocratie et au PASOK, bien qu'il ait par la suite nié cela dans le même entretien.

Les affirmations de SYRIZA selon lesquelles il y a une marge de manœuvre avec la troïka, en s'appuyant sur un assouplissement du calendrier des mesures d'austérité, sont illusoires. Nulle part il n'y a eu de recul de la troïka dans ses exigences d'une austérité massive. Même là où la troïka a accepté une extension de la durée permise pour appliquer ses conditions, elle ne l'a fait qu'en précisant que sa politique devait toujours être suivie à la lettre.

Le rôle de SYRIZA comme fidèle défenseur de l'Union européenne et agent politique de l'Etat capitaliste grec signifie que tout ce qu'il fait renforce le mouvement fasciste Aube dorée, qui se retrouve promu comme la force radicale authentique dans la société grecque et donne bien l'impression de l'être quand on le compare au parti bourgeois respectable qu'est SYRIZA.

Dans son entretien accordé à Kathimerini, Tsipras a reconnu que SYRIZA avait stagné dans les sondages depuis sa percée et a déclaré, « nous devons devenir plus militants, plus crédibles et plus efficaces. »

Dans un entretien accordé à la BBC avec Paul Mason de l'émission Newsnight, Tsipras a accusé Samaras, le dirigeant de Nouvelle Démocratie, de déclencher une campagne de déstabilisation droitière s'appuyant sur une « stratégie de la tension », se servant de la police, d'Aube dorée et d'autres, y compris d'agents provocateurs. Il a déclaré, « Aujourd'hui, les manuels de l'extrême-droite européenne sont devenus le catéchisme du gouvernement grec actuel. »

Mais lorsque Mason lui a demandé s'il était un « homme de l'opposition parlementaire » ou « l'homme qui va diriger les grévistes vers un soulèvement de masse contre ce gouvernement », Tsipras a révélé de caractère pourri de ses prétentions de gauche. »

« Nous pouvons être en même temps l'opposition parlementaire et au gouvernement demain. Et nous pouvons être en même temps dans la rue, à lutter et mobiliser les masses, » a-t-il répondu. « Donc, nous avons cet avantage. Nous pouvons participer à une manifestation, motiver les gens pour qu'ils défendent leurs droits, tout en étant à Washington pour discuter avec le FMI, le ministère des Affaires étrangères, ou en Allemagne, pour nous entretenir avec Schauble [le ministre des Finances allemand], pour exprimer les demandes légitimes du peuple grec. »

En réalité, on ne peut pas ménager la chèvre et le chou, comme dit le proverbe. Tsipras est simplement en train de se vendre à l'élite dirigeante, expliquant qu'il est avec eux en paroles et en actes même quand il est contraint de faire une apparition occasionnellement à une protestation et une manifestation.

(Article original paru le 6 mars 2013)