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Le résultat de l’élection législative partielle de l’Oise sonne comme un avertissement pour la classe ouvrière

Par Anthony Torres
27 mars 2013

Après 10 mois de gouvernance, le Parti socialiste a connu une défaite sérieuse lors de l'élection législative partielle dans la 2e circonscription de l'Oise, dans le nord de la France. Le Front national (FN) néo-fasciste a fait une percée significative et est resté au second tour. La candidate du PS Sylvie Houssin, avait été éliminée dès le premier tour, n'ayant pas obtenu les 12,5 pour cent du nombre d'électeurs inscrits, condition nécessaire pour être au second tour.

Au second tour, dimanche 24 mars, le candidat conservateur de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) Jean-François Mancel a remporté l'élection avec 51,41 pour cent des voix, contre 48,59 pour cent pour la candidate FN Florence Italiani, soit un écart de moins de 800 voix

Le résultat de l’élection législative de juin dernier dans cette circonscription de l’Oise avait été invalidé par le Conseil constitutionnel.

L'abstention, de 64,70 pour cent, en légère baisse par rapport au 1er tour où elle avait atteint 67,21 pour cent, montre le peu de confiance qu’accordent les travailleurs aux partis de l’establishment politique.

Ce résultat reflète l’hostilité envers la politique d’austérité du PS mais aussi un renforcement du FN, qui se pose comme alternative aux 10 dernières années de cette politique menée par la droite et la « gauche » avec le soutien des partis petits bourgeois de la pseudo-gauche et les syndicats.

Après l'élimination de sa candidate dès le premier tour le 10 mars, le PS national a appelé à faire « un barrage républicain » contre le FN au second tour de l’élection. Cependant, Houssin a refusé d'appeler les électeurs à voter pour Mancel car le candidat UMP est connu pour avoir fait, par le passé, des alliances avec le FN.

Pierre Laurent, secrétaire du PCF a parlé de « désastre » et de « l’échec social et politique » de la politique du gouvernement. Les médias comparent le résultat de cette élection à celui de l’élection présidentielle de 2002. Le journal Les Echos parle du « spectre d’un nouveau 21 avril ». L’ancien premier ministre UMP Jean Pierre Raffarin a dit que « C’est le retour du syndrome Jospin ».

C'est une référence au premier tour des élections présidentielles de 2002, où le candidat du PS Lionel Jospin avait été éliminé au premier tour par Jean-Marie Le Pen du FN. Le PS et la pseudo-gauche avaient alors proposé aux électeurs de « faire barrage » à Le Pen en votant pour le candidat de droite, Jacques Chirac. Lutte ouvrière, la Ligue communiste révolutionnaire, précurseur du NPA, et le Parti des travailleurs, précurseur du Parti ouvrier indépendant (POI), qui avaient obtenu plus de 3 millions de voix, avaient rejeté l'appel du Comité international de la Quatrième Internationale à mener une campagne pour un boycott actif du second tour par la classe ouvrière. (voir: Non à Chirac et Le Pen! Pour un boycott des élections ...)

En 2002, le FN avait profité du désaveu massif des électeurs à l’encontre du gouvernement Jospin qui, pendant ses 5 ans au pouvoir, avait mené avec l’aide du PCF une politique hostile à la classe ouvrière, accompagnée d’une privatisation de larges sections de l’économie.

Il n'aura fallu attendre que moins d’un an pour que la politique d’austérité menée par Hollande et son gouvernement socialiste soient sanctionnée, lors d'élections dans l'Oise, par un vote en faveur du FN.

En 2002, des centaines de milliers de manifestants étaient descendus dans les rues spontanément entre les deux tours, pour exprimer leur opposition à Le Pen. Le PS et les partis comme le PCF, la LCR et LO avaient fait en sorte que ces manifestations anti-fascistes spontanées se transforment en soutien pour le président sortant Jacques Chirac.

Le « barrage républicain » proposé par le PS, le PCF, et la LCR n’était qu’un leurre. Loin de barrer le chemin aux FN, cela a soudé toute la classe politique française, pseudo gauche comprise, dans un mouvement vers la droite favorisant l’ascension du FN et sa normalisation politique grandissante. Ceci souligne le fait que seule la mobilisation indépendante du prolétariat contre la pseudo gauche permet de lutter contre la montée du FN.

Le gouvernement Chirac a mené des campagnes anti-islam en 2002 sur le port du foulard islamique dans les établissements scolaires avec le soutien de LO et de sections de la LCR. Pendant les émeutes de Clichy en 2005, Chirac avait décrété l’état d’urgence.

Elu président en 2007, Nicolas Sarkozy était allé plus loin que son prédécesseur. En 2009, les manifestations contre la réforme des régimes spéciaux des retraites et la crise économique avaient poussé Sarkozy à s’attaquer aux droits démocratiques avec la loi interdisant la burqa. Il l'avait fait avec le soutien de toute la « gauche » et la pseudo-gauche, y compris le NPA et LO.

Il s’en était pris aussi aux Roms, les privant de leurs droits de se déplacer en France et dans Union européenne, tout en lançant un débat réactionnaire sur l’identité nationale. Il avait utilisé les forces de répression contre les grèves de 2010 contre la réforme des retraites et avait lancé les interventions impérialistes en Libye et en Syrie au nom de la lutte contre le terrorisme, avec le soutien du PS et de la pseudo-gauche.

Etant aussi un représentant des intérêts de la bourgeoisie, le PS au pouvoir ne pouvait que continuer la politique de son prédécesseur, contrairement à ce que le NPA et LO ont voulu faire croire. Ces partis, qui maintenant dénoncent hypocritement le PS, ont été les principaux soutiens de Hollande pendant sa campagne présidentielle. Le NPA et le PCF ont appelé ouvertement et sans conditions à voter Hollande.

Le gouvernement socialiste s’est engagé dans une guerre au Mali pour recoloniser l’Afrique de l’Ouest, il mène une politique d’austérité comme l’impose l’UE. Alors que la bourgeoisie craint que sa politique ne conduise la France à une explosion sociale, la bourgeoisie française et européenne renforce ses bandes fascistes pour tenter de réprimer la classe ouvrière.

C’est le cas en Grèce, où le parti de droite Nouvelle Démocratie, qui est actuellement dans une coalition avec le parti social-démocrate PASOK et la Gauche Démocratique, prépare le terrain pour une nouvelle coalition gouvernementale avec le parti nazi Aube dorée, financé par les capitalistes grecs et les partis parlementaires. En reprenant les exigences de ce parti, elle lui permet de se développer et de laisser impunis les crimes commis par les bandes fascistes grecques.

Tout comme en Grèce, les politiques islamophobe et anti-immigré de l’UMP et du PS, soutenus par la pseudo-gauche, donnent au FN une légitimité auprès de couches sociales démoralisées, qui le voient comme l'unique parti d’opposition à l’austérité et à l’UE.