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Les syndicats approuvent le projet de fermeture du site PSA d'Aulnay

Par Antoine Lerougetel
23 mars 2013

Lundi, les syndicats ont voté pour accepter la fermeture en 2014 de l'usine PSA Peugeot d'Aulnay, au Nord de Paris, avec ses 3000 travailleurs, ainsi que la suppression de 11 214 emplois dans toute la France.

C'est la première fermeture d'une grande usine automobile en France depuis celle de l'usine Renault de Boulogne-Billancourt à Paris le 31 mars 1992. C'est un signal d'alarme pour l'ensemble de la classe ouvrière. Cela fait partie des plans du gouvernement du Parti socialiste (PS) pour rendre l'industrie française compétitive en augmentant l'exploitation de la classe ouvrière.

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a déclaré que cette fermeture est « inéluctable » et le PDG de Peugeot Philippe Varin a déclaré « Nous avons un objectif commun parce que si cette compagnie reste trop longtemps en soins intensifs, l'effet sera énorme parce que nous représentons les deux tiers de la production automobile en France. »

La semaine dernière, les syndicats de Renault ont également signé un accord de compétitivité avec cette autre grande compagnie automobile française, supprimant 7 500 emplois, imposant un gel des salaires et une augmentation de 6,5 pour cent des heures de travail en échange de promesses de ne pas fermer d'usines avant 2016.

Dans les deux cas, la CGT (Confédération générale du travail), alignée sur le Parti communiste, a refusé de signer les accords mais il participe néanmoins aux négociations depuis des mois avec les employeurs et les autres syndicats y compris Force ouvrière (FO), la Confédération française démocratique du travail (CFDT, alignée sur le PS). La CGT n'a pas cherché à mobiliser la classe ouvrière contre la politique d'austérité du gouvernement PS qu'elle soutient.

Au lieu de cela, CGT se retire au dernier moment pour essayer d'éviter d'assumer la responsabilité de ces pertes sociales qu'elle avait aidé à négocier, et puis contribue à juguler toute résistance de la part des travailleurs.

La CGT avait soutenu l'élection de Hollande l'année dernière étant pleinement consciente du fait que sa politique de compétitivité et d'austérité avait pour objectif de faire payer la classe ouvrière pour la crise.

Là-où les travailleurs veulent se battre, la CGT les laisse isolés. A Aulnay, quelque 500 grévistes occupent le site depuis le 16 janvier et ont bloqué la production de 20 000 voitures. Ils ont été constamment harcelés par les représentants de la compagnie et par la police – 6 d'entre eux risquent des poursuites ou un licenciement pour des accusations insignifiantes.

La signature de cet accord démasque de façon dévastatrice la faillite de ceux qui prétendaient qu'on peut défendre les emplois juste en se contentant de manifestations usine par usine sous le contrôle de la CGT. Parmi ceux-là on compte le leader de la CGT sur le site, Jean-Pierre Mercier, membre en vue du groupe de pseudo-gauche LO (Lutte ouvrière.)

Lors de la manifestation de lundi, devant les bureaux de PSA, Mercier s'est vanté que l'accord signé par les autres syndicats n'empêcherait pas les travailleurs d'Aulnay de « se battre jusqu'au bout. »

Quand le secrétaire général de la CGT, nouvellement élu, Thierry Lepaon a visité l'occupation le 1er mars, Mercier n'a fait aucune critique des discussions de la CGT avec le gouvernement et n'a lancé aucun appel à Lepaon pour qu'il élargisse la grève . Le bulletin du site internet CGT-Aulnay daté du 1er mars, pas plus que celui du site de LO du 15 mars, ne propose de perspective pour étendre la lutte contre les plans de PSA.

Les travailleurs qui manifestaient brandissaient des pancartes faites à la main proclamant « Non à la fermeture », mais les dirigeants syndicaux ont eux accepté le principe de la fermeture et se contentent d'en modifier les termes.

Accepter les suppressions d'emplois ou la fermeture d'Aulnay est une trahison qui ravage les quartiers ouvriers autour de l'usine, où de nombreuses familles et petites entreprises dépendent de PSA pour leur revenu et leur activité.

Le PDG de Peugeot Philippe Varin a annoncé que le projet de suppression des emplois n'est que le début : « Il va falloir continuer à améliorer la compétitivité. » Faisant référence à l'accord de Renault la semaine dernière avec les syndicats, il a dit « Nous devons faire la même chose. »

Il a ajouté « Vous avez vu le premier round de fermetures d'usines comme Aulnay, le site Opel de Bochum en Allemagne et de Ford à Genk [en Belgique]… mais il faut bien plus que cela. »

De tels plans de coupes de grande envergure révèlent la nécessité d'une lutte commune de tous les travailleurs de l'automobile contre ces suppressions d'emploi et contre la complicité criminelle des dirigeants syndicaux qui isolent, usine par usine, les luttes contre les coupes dans l'industrie automobile.

Ce ne sont pas uniquement les travailleurs de l'industrie de l'automobile qui sont concernés par ces coupes. Comme le fait remarquer le Financial Times du 18 mars: « Les projets de réductions d'effectifs chez Peugeot et Renault sont aussi devenus des tests pour la France qui essaie d'améliorer la compétitivité de son industrie manufacturière. »

La baisse continue des ventes de voitures neuves, de 10,5% dans l'ensemble de l'Union européenne, de 12% en France et de 13% pour PSA depuis février 2012, en particulier depuis la crise économique de 2008 a, d'après PSA, entraîné la perte de 200 millions d'euros par mois. L'entreprise s'engage à corriger cette tendance d'ici 2014, en s'appuyant sur les prévisions, considérées comme irréalistes par de nombreux experts, que les achats de voitures vont remonter en 2014. Les ventes de voitures dans l'UE ont baissé de 9,5 pour cent au cours des deux premiers mois de 2013.

De nombreux travailleurs de l'automobile chez Renault et PSA ont dit qu'ils ne peuvent pas s'acheter eux-mêmes les voitures qu'ils produisent. L'imposition par le gouvernement de l'UE d'une austérité de plus en plus grande, qui contribue à la montée énorme du chômage dans toute l'Europe – plus de 30% en Grèce et en Espagne et probablement 11% en France l'an prochain – est un facteur essentiel de l'effondrement des ventes de voitures.

(Article original paru le 21 mars 2013)