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Québec solidaire facilite les mesures d’austérité du Parti québécois

Par Louis Girard
9 mars 2013

Par sa présence et par sa réaction au récent sommet sur l'éducation, Québec Solidaire a fourni une couverture politique à la hausse annuelle des frais de scolarité post-secondaire et aux mesures d'austérité imposées par le Parti québécois (PQ) depuis son élection en automne dernier.

Le sommet était une manœuvre du PQ visant à restabiliser la situation politique pour mieux mettre en œuvre le programme de guerre de classe qu'exige l'élite dirigeante à travers le monde afin de faire payer les travailleurs pour la crise financière mondiale.

Québec solidaire, qui se présente comme un parti «de gauche», accepte entièrement le principe que les travailleurs et les jeunes doivent se serrer la ceinture pour répondre aux exigences des marchés financiers. Il regrette seulement que le PQ n'ait pas fait plus d'efforts pour justifier cette politique aux yeux de la population.

Comme l'a déploré sa porte-parole, Françoise David, à sa sortie du sommet: «Le gouvernement ose indexer immédiatement les droits de scolarité sans étude sérieuse, sans motif autre que de se débarrasser d’une patate chaude, sans explorer la moindre alternative».

David a cherché du même souffle à cacher le fait que le PQ gouverne au nom de la grande entreprise. Elle a déclaré qu’«aucune indexation n’était prévue» dans le budget adopté en novembre dernier par le gouvernement Marois.

Seulement des gens qui veulent tromper les travailleurs peuvent voir dans ce budget un signe que les frais de scolarité n'augmenteraient pas. Le gouvernement péquiste s'est lui-même vanté d'avoir déposé un «budget d'austérité». Et les milieux des affaires ont accueilli le maintien de la taxe santé régressive, le maintien des baisses d'impôt sur les gains en capital, et le tour de vis sur les dépenses sociales.

La porte-parole de Québec solidaire a choisi de passer sous silence ces faits dérangeants et de minimiser l'attaque historique sur les étudiants que représente la hausse annuelle des frais de scolarité.

Elle a plutôt soutenu que les étudiants ne repartaient pas du sommet les mains vides, en donnant de la crédibilité aux promesses du PQ d’embaucher de nouveaux professeurs ainsi qu'à ses futurs «groupes de travail» sur la gestion des études supérieures. «Nous continuerons ainsi de débattre d’éducation et nous nous en réjouissons», a affirmé Françoise David.

Il n'est pas surprenant que Québec solidaire agisse aujourd'hui en tant que principal soutien politique du gouvernement minoritaire de Pauline Marois. C'est une formation orientée dès ses débuts vers le Parti québécois.

Depuis 2011, lorsque le PQ a traversé une crise importante qui a vu plusieurs membres en vue quitter ses rangs, des discussions de haut niveau prennent place entre les deux partis. En juin 2012, QS a proposé un pacte électoral au Parti québécois. Et pendant la dernière campagne électorale, QS a promis un soutien inconditionnel pendant au moins une année à un gouvernement péquiste s'il devait détenir la balance du pouvoir.

Cette orientation s'est manifestée de nouveau dans le récent flirt du Québec solidaire avec Jacques Parizeau, un ancien premier ministre du PQ responsable de nombreuses coupes sociales dont les travailleurs subissent encore les conséquences aujourd’hui.

Peu avant la tenue du sommet sur l'éducation, Québec Solidaire avait salué les propos de Parizeau supposément en faveur de la gratuité scolaire. En fait, Parizeau avait critiqué l’attitude intransigeante du gouvernement Marois qui voulait exclure cette question des débats. «Que des jeunes d’aujourd’hui veuillent discuter de ça, eh bien, il y a toute une génération qui a pensé la même chose», avait affirmé l'ex-premier ministre.

De tels propos, qui ne sont rien d’autre que des conseils au gouvernement péquiste de la part d’un politicien bourgeois expérimenté, ont valu à Parizeau des accolades de Québec solidaire. «C'est formidable, vraiment, bravo, M. Parizeau», a déclaré Françoise David. L'autre député de QS à l’Assemblée nationale, Amir Khadir, a parlé de «ce cher Monsieur Parizeau». Sur un ton mi-sérieux, Québec Solidaire a fait savoir qu’il était prêt à accueillir Parizeau dans ses rangs.

Pour QS, il n’y a pas d’histoire et pas d’intérêts de classe derrière les propos d’un politicien aussi influent que Parizeau et aussi associé à la défense des intérêts de la bourgeoisie québécoise.

Dans la première moitié des années 1990, Parizeau était à la tête du gouvernement péquiste qui a commencé un vaste programme de fermetures d’hôpitaux. Lors du référendum de 1995, il a été l’architecte de la coalition arc-en-ciel, une alliance en faveur de la souveraineté du Québec qui allait des partis les plus à droite comme l’Action démocratique du Québec (absorbée depuis par l'actuelle Coalition Avenir Québec) jusqu’aux partis de la pseudo-gauche.

Les dirigeants actuels de Québec Solidaire faisaient tous partie de la coalition de 1995 derrière un parti qui parle pour la section souverainiste de la classe dirigeante québécoise. Cette section réclame plus de pouvoirs pour l'État québécois – jusqu'à une éventuelle séparation du Canada – comme un levier pour défendre ses intérêts économiques et pour mieux sabrer les programmes sociaux sous le couvert du nationalisme et du chauvinisme québécois.

Parizeau est aussi le mentor d’Option nationale, un parti proche du Parti québécois et dirigé par un ex-banquier d’affaires. Parizeau a été le conférencier spécial lors du congrès d’Option nationale au début mars.

En courtisant l'ex-premier ministre Parizeau et en volant à la défense du gouvernement Marois, Québec solidaire affiche ses véritables couleurs en tant qu'aile gauche du Parti québécois qui n'aspire à rien de plus que faire sa place au sein de l'establishment.

Les travailleurs et les jeunes qui cherchent une véritable alternative au capitalisme en faillite ne la trouveront pas avec Québec solidaire. Ils doivent plutôt bâtir un parti politique indépendant de la classe ouvrière qui s'oppose non seulement aux mesures d'austérité du PQ mais à toutes les mesures de droite que la classe dirigeante canadienne cherche à imposer.