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Les néo-fascistes français remportent les élections partielles à Brignoles

Par Pierre Mabut et Alex Lantier
15 octobre 2013

Dimanche, le candidat du Front national (FN) néo-fasciste, Laurent Lopez, a remporté les élections dans le canton de Brignoles, à 90 kilomètres à l'Est de Marseille, portant un coup sévère au Parti socialiste (PS) du président François Hollande.

Avec la chute du PS qui se poursuit dans les sondages en raison de l'impopularité des mesures d'austérité et des guerres de François Hollande, les élections partielles de Brignoles ont été perçues comme l'annonce d'une probable défaite du PS aux élections municipales du printemps prochain.

Lopez a obtenu 54 pour cent des voix, contre 46 pour cent pour Catherine Delzers de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) conservateur, dans une petite ville qui a été longtemps dominée politiquement par le Parti communiste français (PCF) stalinien.

Lopez a obtenu le meilleur score au premier tour le 6 octobre, avec 40,4 pour cent des voix au cours d'une élection où 66,65 pour cent des 20 728 électeurs de la ville se sont abstenus. Le candidat du PCF, Laurent Carratala, soutenu par le PS et la « gauche » petite-bourgeoise, a été relégué à une humiliante troisième place, avec 14,6 pour cent, et a été éliminé du second tour.

Cela a créé une vague de consternation dans la « gauche » bourgeoise, qui a appelé à un « Front républicain » de tous les autres partis pour « barrer la route au FN » et ainsi soutenir le candidat UMP. Les électeurs de Brignoles ont envoyé un message clair indiquant que les partis traditionnels de gouvernement en France sont profondément discrédités. Avec une participation un peu plus élevée au second tour, 45 pour cent, ils ont donné une majorité à Lopez.

La victoire de Lopez à Brignoles fait clairement partie d'une tendance plus large de montée du soutien accordé au FN. Les sondages de la semaine dernière dans Le Nouvel Observateur ont montré que ce parti gagne du terrain dans les intentions de vote aux élections municipales de mars prochain et pour les élections européennes de juin. Deux sondages distincts concluent que 24 pour cent de l'électorat disent vouloir voter FN, ce qui le place devant tous les autres partis en termes d'intentions de vote.

Les intentions de vote pour le PS sont passées de 21 pour cent à 19 pour cent. Bien qu'une bonne partie du soutien pour le FN vienne traditionnellement d'électeurs de droite mécontents de l'UMP, il recueille à présent les voix d'électeurs désabusés du PS. Selon le même sondage, depuis l'élection présidentielle de 2012, le PS a perdu 11 pour cent de ses voix à la faveur du FN.

Le PCF et son allié au Front de gauche, le chef du Parti de gauche (PG) Jean-Luc Mélenchon, ont cherché à reporter toute la responsabilité de cette défaite sur Hollande. Un éditorial du quotidien stalinien L'Humanité, reconnaît que la défaite de Carratala était liée à « L’abstention populaire – très forte à gauche – [qui] sanctionne une politique gouvernementale qui prend aux pauvres et donne aux riches.»

Mélenchon met la défaite de Brignoles exclusivement sur le compte de la politique d'austérité de Hollande. « Le FN prospère sur la résignation et la désorganisation, du fait que le principal pourvoyeur de ses voix est à l’Élysée », a-t-il déclaré.

C'est une tentative cynique d'échapper à leur propre responsabilité : le PCF et le PG ont toujours soutenu le Parti socialiste, en appelant à voter Hollande lors de l'élection présidentielle et en semant des illusions sur la possibilité de faire pression sur lui pour le voir adopter une politique « radicale ». Ils ont fait tout ce qui est en leur pouvoir pour bloquer un mouvement de la classe ouvrière contre Hollande qui soit politiquement indépendant, et pour décapiter tout mouvement vers la gauche des travailleurs contre le régime capitaliste.

L'élection partielle de Brignoles est une preuve de plus de la faillite politique du « Front républicain », qui tente de lier la classe ouvrière à la droite, et à l'ensemble de la « gauche » bourgeoise. Cela montre que seul un mouvement de la classe ouvrière politiquement indépendant et dirigé contre le PS et ses soutiens de la pseudo-gauche peut bloquer la montée du FN.

L'appel à un « Front républicain » se résume à un soutien à l'UMP de droite, alors même que les dirigeants de ce parti, comme François Fillon, explorent la possibilité de passer des alliances politiques avec le FN. (Lire : L’UMP gaulliste se rapproche d’une alliance avec le FN néo-fasciste).

La politique réactionnaire des partis de la « gauche » bourgeoise fait qu'il est de plus en plus difficile, pour des couches importantes de la population, de les distinguer politiquement du FN. Le gouvernement Hollande, tout comme les gouvernements sociaux-démocrates du Premier ministre grec George Papandréou, de l'espagnol José Luis Zapatero et de l'Allemand Gerhard Schröder, a pris des mesures d'austérité profondes contre la classe ouvrière.

Hollande a adopté une position de va-t-en-guerre sur la Syrie, soutenue plus ou moins explicitement par le PCF et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) petit-bourgeois. De plus, avec la politique pernicieuse du ministre de l'Intérieur Manuel Valls contre les roms et les musulmans, conçue pour séduire une partie de l'électorat FN, la politique du PS s'appuie de plus en plus ouvertement sur les conceptions chauvines et racistes avancées par le FN.

Avec l'aggravation de la crise du capitalisme mondial, la politique de l'ensemble de l'establishment politique français prend de plus en plus un caractère néo-fasciste.

Dans le contexte d'une opposition grandissante de la classe ouvrière à la politique du PS, les staliniens du PCF préparent des listes communes avec le PS pour les prochaines élections. Le PCF, en déclin depuis longtemps, dépend du PS pour sa survie politique. Il espère sauver ses 10 000 élus locaux par le maintien de son alliance avec le PS, en soutenant les mesures d'austérité de ce dernier tout en lançant des critiques limitées et hypocrites contre elles.

Le porte-parole du NPA Olivier Besancenot a officiellement refusé de rejoindre le « Front républicain » et de tenter de faire élire l'UMP à Brignoles, contrairement au soutien qu'il avait apporté à Chirac lors de l'élection présidentielle de 2002. Néanmoins, il fait la promotion de son alliance avec le PS et le PCF au cours de « meetings unitaires » publics. Besancenot a dit d'une manière très claire que le PS pourra compter sur son soutien dans les élections là où il serait confronté au FN au second tour.

(Article original paru le 14 octobre 2013)