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La télévision publique allemande diffuse des informations hostiles et falsifiées sur la campagne électorale du parti PSG

Par Ulrich Rippert
14 septembre 2013

Dans le passé, la couverture médiatique des campagnes électorales menées par le Parti de l’Egalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit, PSG) avait souvent été assurée de manière tendancieuse et démagogique. Dans leurs reportages sur la campagne actuelle du PSG cependant, les journalistes ont été encore plus loin et violé de façon manifeste le premier devoir du journalisme, celui de l’objectivité.

La chaîne de télévision allemande ARD a ouvertement attaqué le programme trotskyste du PSG affirmant que seules quelques «nuances» le distinguaient de la terreur stalinienne. La deuxième chaîne de télévision allemande ZDF a retransmis les commentaires d’un passant qui concernait manifestement un autre parti.

Tout d’abord voici les faits: en tant que stations de télévision qui dépendent de redevances substantielles payées par le public, les deux chaînes de télévision allemande ARD et ZDF sont tenues légalement de fournir des informations impartiales. Alors que les partis fédéraux actuellement représentés au parlement ont régulièrement accès à une couverture télévisuelle aux heures de grande écoute, une émission de 90 minutes a été réservée, à minuit, aux 28 partis se présentant aux élections qui ne sont pas représentés au parlement (Bundestag). Le documentaire «Election 2013 – La bataille des petits» avait été retransmis sur l’ARD le lundi soir de 23 heures à 0 heure 30.

Le PSG est passé peu de temps après minuit. L’ARD a débuté son commentaire en résumant le programme du PSG ainsi : «Trotskysme oui, tous les autres non.» Trotsky serait vénéré comme une icône pour être «l’unique véritable sauveur», à en croire ce récit. La vision trotskyste du monde étant ressassée «à n’en plus finir», poursuit le commentaire.

À la fin d’une présentation d’un peu moins de trois minutes, le programme déclarait : «Les différences subtiles entre Trotsky, Marx, Lénine et Staline sont à peine perceptibles pour quelqu’un d’externe au parti. Mais, pour les responsables du “communisme spécial” du PSG, ces points de détail sont fondamentaux et insurmontables.»

De telles allégations qui prétendent que tout ce qui a séparé Trotsky et Staline c’était des «points de détail» et que le conflit entre l’Opposition de gauche et la terreur stalinienne n’était que des interprétations obscures d’une même politique sont une déformation grotesque de l’histoire. Que dirait-on par exemple si quelqu’un affirmait que les différences d’opinions entre Hitler et Roosevelt n’étaient que minimes et difficiles à comprendre ?

Avec Hitler, Staline a été le plus grand meurtrier de masse du vingtième siècle. Ce n’est pas par hasard s’il a organisé le génocide d’une génération entière de révolutionnaires marxistes au nom de la lutte contre le trotskysme. Lors des quatre procès de Moscou, de 1936 à 1938, presque tous les dirigeants du Parti bolchevique et les proches de Lénine ont été condamnés et exécutés sur la base de fausses accusations.

Un bref coup d’oeil sur le site internet allemand Wikipedia aurait suffi pour permettre au journaliste de lire : «Lors de ces procès, le principal accusé a été Léon Trotsky (qui n’était pas présent), l’ancien président du Comité militaire révolutionnaire du soviet de Petrograd qui avait dirigé la prise de pouvoir par les soviets le 7 novembre 1917.» Lors des purges staliniennes qui s’ensuivirent, des centaines de milliers d’intellectuels et de travailleurs socialistes furent déportés dans des goulags et d’innombrables autres assassinés.

Pourquoi l’ARD nie-t-il ce fossé fondamental, cette rivière de sang qui sépare le stalinisme du trotskysme ? Le rédacteur responsable du programme, Andreas Neumann, est un journaliste expérimenté qui a travaillé pendant 20 ans comme rédacteur à Radio Brême, comme journaliste ou comme présentateur. Apparemment, il est si étroitement lié au milieu social-démocrate de Brême qu’il se sent contraint de régurgiter le mensonge le plus éculé du vingtième siècle – celui qui affirme que la dictature stalinienne était du socialisme.

Neumann est tellement scandalisé par l’attention que le PSG porte à l’importance politique du trotskysme qu’il confond les dates et place, dans son court commentaire de trois minutes, l’assassinat de Trotsky à il y a 75 ans. Non, M. Neumann, Trotsky n’a pas été assassiné il y a 75 ans. 1938 marque au contraire la date de la fondation de la Quatrième Internationale. Le programme de fondation du nouveau parti international débutait par les mots : «La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat.» Ce jugement fondamental qui est encore très pertinent se fondait sur l’évaluation par Trotsky des enseignements provenant de la catastrophe allemande de 1933.

Il est possible que l’ignorance politique soit particulièrement prononcée dans les bureaux rédactionnels de Radio Brême, mais ce qui suit est largement connu : la lutte de Trotsky pour un front uni – c’est-à-dire un front commun entre les travailleurs organisés dans les partis communiste (KPD) et social-démocrate (SPD) – a été d’une importance cruciale au début des années 1930. Alors que les sociaux-démocrates propageaient la propagande anticommuniste et soutenaient Hindenburg (qui plus tard nomma Hitler chancelier du Reich), le KPD qualifiait les sociaux-démocrates de sociaux-fascistes, et la direction syndicale (ADGB) appelait, en 1933, à une manifestation commune avec les nazis du NSDAP. Seuls Trotsky et ses partisans avaient une perspective politique claire pour combattre le fascisme.

De nos jours, 80 ans plus tard, personne ne peut ignorer ces faits politiques. La victoire de Hitler a été possible grâce au fractionnement du mouvement ouvrier et aux trahisons honteuses de la social-démocratie, du stalinisme et des dirigeants syndicaux. Les conséquences s’en ressentent jusqu’aujourd’hui.

Andreas Neumann et son équipe de journalistes sont exaspérés par l’intransigeance politique du PSG à l’égard des autres partis, notamment La Gauche [Die Linke, l’équivalent du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon en France.] Tous les autres partis, remarque-t-il sont, aux yeux du PSG, «corrompus et bourgeois ou staliniens, comme tous les autres groupes de gauche.» C’est tout à fait exact ! On devrait ajouter que les médias, avec l’ARD et le ZDF en tête, font aussi partie de ce front multipartite qui va de l’extrême droite à l’«extrême gauche.»

Il y a une opposition populaire grandissante contre ce resserrement des rangs entre les partis qui tous acceptent les coupes sociales et les restrictions des droits démocratiques, tout comme ils sont d’accord sur les préparatifs de guerre contre la Syrie. L’actuelle campagne du PSG vise à donner à cette opposition populaire une voix et une orientation socialiste claire.

Quant au ZDF, sa retransmission a fait peu de cas des déclarations électorales faites par le PSG. Au contraire, les journalistes du ZDF ont cherché à recueillir auprès des passants des points de vue négatifs. Il est évident que les journalistes ne furent pas en mesure de trouver ce qu’ils voulaient au stand d’information du PSG qui avait été dressé dans le district de Neukölln à Berlin. Ils se sont arrangés pour inclure dans leur film une remarque négative de quelqu’un d’autre qui n’avait rien à voir avec le stand d’information du PSG. Dans cette scène on peut voir l’horloge universelle qui se trouve dans une partie tout à fait différente de la ville. Ce passant avait apparemment exprimé son opinion au sujet d’un autre parti ailleurs dans la ville.

Il s’agit là d’une grave falsification de la campagne du PSG qui a été faite au mépris de toutes les normes élémentaires du journalisme.

Les émissions peuvent être visionnées à la bibliothèque de l’ARD (pour le PSG à partir de 1 h 4 min 45 s) et du ZDF (pour le PSG à partir de 1 heure du matin). L’intégralité des interviews enregistrées par une équipe du PSG (avec sous-titres anglais) peut se voir ici. (Pour les sous-titres anglais presser la case «CC» en bas à droite de la vidéo.)

(Article original paru le 13 septembre 2013)