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Débat sur la guerre en Syrie au Parlement français

Par Alex Lantier
6 septembre 2013

Le premier ministre du PS (Parti socialiste) Jean-Marc Ayrault a ouvert un débat en séance plénière de l’Assemblée nationale et du Sénat sur la possibilité d’une guerre contre la Syrie menée par les États-Unis. Après le débat, qui n’avait qu’une valeur consultative, les législateurs n’ont pas voté sur la guerre, car le président français dispose du pouvoir de déclarer la guerre sans autorisation du Parlement.

Il reste à voir si le Parlement sera à nouveau convoqué pour voter sur une guerre en Syrie, comme cela a été le cas en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Même le cadre limité d’un débat de 90 minutes, entre des législateurs tous favorables à l’intervention française dans la guerre menée par procuration depuis deux ans en Syrie, ne pouvait cacher les mensonges du plaidoyer de Paris pour une guerre. Alors que Paris dépeint la guerre comme quelques frappes «punitives» en réaction à de présumées attaques chimiques, elle se prépare en fait à une vaste guerre dirigée par Washington en violation du droit international et de l’opinion publique. Un total de 64 pour cent de la population est opposé à une attaque de la France contre la Syrie, une ancienne colonie française.

Ayrault a ouvert les débats en déclarant: «L’action que nous envisageons est réfléchie et collective. Elle devra être ferme et proportionnée, ponctuelle, aux objectifs significatifs et ciblés. Pas question de troupes au sol. Nous souhaitons le départ d’Al-Assad [le président syrien] qui n’hésite pas à menacer directement la France.»

Promettant d’informer les législateurs sur les préparatifs de guerre, il a ajouté: «En toute hypothèse la décision ultime ne pourra être prise que lorsque sera constituée la coalition.»

La présentation de la guerre par Ayrault comme étant une opération limitée pour imposer une interdiction de l’emploi des armes chimiques est absolument fausse. Le gouvernement prépare des frappes «ponctuelles» et massives, visant à détruire le régime syrien. S’il attend le prochain vote au Congrès américain pour lancer la guerre, c’est que cette opération dépasse les capacités militaires françaises. Seul le Pentagone dispose de la puissance de feu qui doit être déchaînée sur le peuple syrien.

L’opposition populaire internationale a stupéfié l’establishment politique français, particulièrement après l’échec du vote pour une guerre en Syrie au parlement britannique et la volte-face effectuée par le président Barack Obama, qui fera voter à présent le Congrès sur la guerre. En conséquence, l’opposition conservatrice et le Front de Gauche mené par le Parti communiste français (PCF) ont émis des critiques d’ordre tactique contre la politique guerrière du PS.

Christian Jacob, un collaborateur du dirigeant de l’Union pour un Mouvement populaire (UMP), Jean-François Copé, a réclamé un mandat de l’ONU et un vote parlementaire sur la guerre, insistant que la France se trouvait dans une «impasse diplomatique et militaire». Ceci correspond à un revirement brutal de la position de l’UMP: Copé lui-même avait dit le 28 août que la préparation de frappes «ponctuelles» en Syrie était «juste sur la forme comme sur le fond».

Jacob a aussi répété une plainte formulée par Copé: «La France n’a pas vocation à attendre le vote du Congrès américain en restant les bras croisés».

Jean-Louis Borloo, le président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), et qui avait assisté à des séances des services du renseignement sur les présumées attaques chimiques syriennes, a dit: «Peut-on envisager une intervention sans preuve ? Non ! Vous avez des convictions mais pas de preuves irréfutables.»

Les commentaires de Borloo démontrent que Paris n’a aucune preuve pour étayer ses accusations contre le régime syrien et planifie le lancement d’une guerre illégale sur la base de mensonges. Cependant, Borloo a proposé d’obtenir un mandat de l’ONU pour une telle guerre à travers un vote à l’Assemblée générale de l’ONU, contournant le Conseil de sécurité de l’ONU où la Russie et la Chine, des alliés de la Syrie, disposent d’un droit de veto.

Le député PCF André Chassaigne a parlé pour le Front de Gauche, masquant la politique belliciste du PS avec tout le cynisme et la tromperie qui caractérisent le stalinisme français. Il a sommé le PS et le président François Hollande de prendre en considération «la situation d’urgence humanitaire et les options alternatives» en Syrie.

Chassaigne a laissé entendre qu’il ne s’opposait pas à une intervention: «Certes, la France a la responsabilité d’agir. Mais dans le seul intérêt des peuples ! Le chaos de la guerre n’est pas dans l’intérêt des peuples. Il est dans celui des djihadistes.»

Cependant, ajoutait-il, «Notre attachement à la paix ne nous fait pas renoncer à notre sens des responsabilités. C’est en cela que s’exprime notre solidarité avec le peuple syrien… Notre “responsabilité de protéger les populations civiles”, notre solidarité envers le peuple syrien doit d’abord se traduire par un renforcement significatif de l’aide humanitaire.»

Le simulacre d’opposition de Chassaigne au djihadisme, à la violence et à une guerre est une supercherie visant à cacher le soutien qu’accorde le PCF à l’intervention de Paris en Syrie. L’impérialisme français et le PCF tout particulièrement ont, sous le couvert d’une aide «humanitaire» à l’opposition syrienne, appuyé l’armement des milices djihadistes en Syrie.

Le PCF a des contacts avec les djihadistes pro-impérialistes par l’intermédiaire de Michel Kilo, un stalinien syrien vivant à Paris et que le quotidien du PCF, L’Humanité, interviewe régulièrement, le qualifiant d’ «opposant historique» syrien. Kilo a noué des liens étroits avec le Front Al-Nousra, une milice liée à Al-Qaïda, financée par les alliés arabes de la France et dont les escadrons de la mort règnent sur une grande partie du nord-est de la Syrie.

Dans un entretien accordé en février à la BBC, il avait réclamé un soutien plus important pour Al-Nousra : «Cessez d’abuser les gens en leur faisant peur avec les extrémistes… Je suis entré en Syrie. J’y ai rencontré des membres de la Jabhat Al Nousra et de la Brigade des hommes libres de Syrie, que vous qualifiez de fondamentalistes. Moi qui suis chrétien, ils m’ont serré dans leurs bras, ils m’ont embrassé, ils m’ont entouré d’honneurs.»

(Article original paru le 5 septembre 2013)