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Un universitaire belge accuse l'opposition syrienne soutenue par les États-Unis pour les attaques au gaz

Par Alex Lantier
13 septembre 2013

Après la libération par les forces de l'opposition syrienne du journaliste italien Domenico Quirico et de l'universitaire belge Pierre Piccinin dimanche, Piccinin a déclaré lundi sur la télévision belge RTL que l'opposition était responsable des attaques chimiques à Ghouta.

C'est un élément de plus qui montre que la course américano-européenne à la guerre contre la Syrie, qui s'appuie sur l'affirmation que c'est le régime syrien qui a mené les attaques du 21 août, est une provocation mensongère. (Lire également :Un reportage associe l’attaque au gaz à Ghouta à l’opposition syrienne qui est soutenue par les États-Unis).

Piccinin et Quirico, journaliste à La Stampa, ont été détenus en avril et torturés par l'Armée syrienne libre (ASL) et les brigades Farouq, un groupe au sein de l'ASL dont le commandant, Abu Sakkar, est tristement célèbre pour avoir cannibalisé des soldats syriens (lire en anglais : Video shows US-backed opposition fighter cannibalizing Syrian soldier). La déclaration de Piccinin accusant l'opposition syrienne est une preuve d'autant plus forte que jusque récemment il soutenait activement l'opposition.

Interrogé par Luc Gilson sur la chaîne belge RTL, Piccinin a déclaré : « C'est un devoir moral de le dire. Ce n'est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise. Même s'il m'en coûte de le dire parce que depuis mai 2012 je soutiens férocement l'armée syrienne libre dans sa juste lutte pour la démocratie. »

Piccinin a dit que lui et Quirico avaient surpris une conversation à laquelle participaient un commandant de la brigade Farouk et un général de l'ASL depuis l'endroit où ils étaient détenus. Il a expliqué, « Selon les officiers de la rébellion et ce qu'ils ont dit, non ce n'est pas le régime de Bachar al-Assad qui est responsable. »

Piccinin a ajouté que lui et Quirico « avaient la tête en feu » après avoir entendu cela, car ils savaient que Washington accuserait Assad pour cette attaque et s'en servirait comme prétexte pour partir en guerre.

Quirico, qui est toujours auditionné par les magistrats italiens, a qualifié la déclaration de Piccinin de « folie. » Cependant, sa description des événements confirme largement celle de Piccinin.

Il a déclaré à La Stampa, « Un jour, depuis la pièce où nous étions retenus prisonniers, à travers une porte entrouverte, nous avons entendu une conversation en anglais via Skype entre trois hommes. Lors de cette conversation, les hommes disaient que l'opération au gaz dans les deux quartiers de Damas avait été commise par les rebelles comme provocation, pour pousser l'Occident à agir. »

Quirico a expliqué ses critiques de la déclaration de Piccinin en disant : « Je n'ai pas l'habitude de donner valeur de vérité aux discours écoutés à travers une porte. »

Interrogé sur la déclaration de Quirico sur RTL, Piccinin a dit qu'il était « étonné. » Il a ajouté « Nous étions ensemble lorsque nous avons entendu cette conversation. Je vais lui téléphoner tout à l'heure et nous en parlerons. »

Il faut noter que Quirico a également mis en garde contre une guerre américano-européenne qui viserait à soutenir l'opposition syrienne. Il a dit, « Les Américains ont fait de nombreuses erreurs au cours de l'année dernière. Mais mener une action comme celle-ci ne ferait que renforcer les forces djihadistes […] Ce serait une grave erreur. Nos geôliers étaient heureux à l'idée d'un bombardement américain. »

Ceci confirme que les forces de l'opposition avaient un motif pour mener le type de provocation visant à déclencher une guerre américaine, décrit par les responsables de l'opposition entendus par Quirico et Piccinin.

Piccinin et Quirico ont tous deux fait savoir qu'ils ont été maltraités par leurs geôliers. « Il y a eu 152 jours d'emprisonnement, dans des petites pièces sombres où on luttait contre le temps, la peur, l'humiliation, la faim, l'absence de pitié, deux fausses exécutions, deux tentatives d'évasion ratées, le silence de dieu, de la famille, des autres, de la vie, » a déclaré Quirico à La Stampa. Tous deux ont également fortement critiqué l'opposition syrienne. Quirico a dit qu'elle « s'est transformée en fanatisme et l'œuvre de bandits. »

Piccinin a dit que l'opposition s'appuie sur « un banditisme profond d'une part, et de l'autre, ces combattants islamistes qui viennent aussi de plus en plus de l'étranger, d'Afghanistan ou d'Asie centrale. Je crois qu'il serait fou et suicidaire pour l'Occident de soutenir de telles forces. »

(Article original paru le 12 septembre 2013)