Le nouveau gouvernement français lance une attaque historique contre la classe ouvrière

Par Kumaran Ira
24 avril 2014

Les coupes sociales draconiennes annoncées par le gouvernement PS (Parti socialiste) du nouveau premier ministre Manuel Valls marquent un tournant historique en France. Elles signifient le rejet par le PS des concessions sociales faites à la classe ouvrière en France après la Deuxième Guerre mondiale et l’effondrement du régime collaborationniste nazi.

Elles soulignent aussi la signification de la décision de faire appel à Valls, ancien ministre de l’Intérieur et premier flic, pour l’adoption d’une politique préconisée par le Front National (FN) néo-fasciste. Au moment où le PS décide de pérenniser une oligarchie financière au-dessus d’une classe ouvrière de plus en plus exploitée et en colère, la classe dirigeante française dans son ensemble est en quête de nouvelles formes de régime pour le maintien de l’ordre au sein de la société, au moyen d'appels au tout sécuritaire propres à l’extrême droite.

Mercredi dernier, suite à une réunion ministérielle avec le président PS, François Hollande, le gouvernement a annoncé une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques d’ici à 2017, en tant que partie intégrante du pacte de responsabilité pro-patronal de Hollande qui prévoit une coupe de 30 milliards d’euros dans le coût de travail. Valls a dit que les réductions des dépenses incluaient 18 milliards d’euros d’économie pour l’Etat et 11 milliards d’euros d’économies provenant de la rationalisation des collectivités territoriales. Les 21 milliards d’euros restants seront dégagés de la sécurité sociale et de la santé.

Les méthodes employées par le gouvernement se caractérisent par une provocation et une brutalité sans précédent. Ils ont décrété un gel des salaires pour les 5 millions de fonctionnaires français, en dépit de l’opposition généralisée et hautement médiatisée à cette décision parmi les travailleurs du secteur public avant l’entrée en fonction de Valls. Les prestations sociales, dont les aides au revenu pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, la plupart des retraites de base et des retraites complémentaires gérées par des organismes publics ainsi que les allocations familiales seront également gelées.

Sur la santé, Valls a carrément dit qu’il financerait ses coupes en réduisant le nombre d’actes médicaux en France, en recourant davantage au générique et en réduisant la durée des longs séjours à l’hôpital. Tout ceci souligne l’attaque historique qui est planifiée contre les soins de santé de la majorité de la population laborieuse.

Alors que les associations patronales se réunissent avec les responsables du PS et la bureaucratie syndicale pour débattre de la mise en œuvre de ces coupes, elles réclament des réductions encore plus radicales, dont la suppression du Smic. La semaine passée, Pierre Gattaz, dirigeant de l’organisation patronale Medef, a réclamé la création d’un « Smic intermédiaire ». Ceci serait un salaire inférieur au minimum légal payé à « un jeune ou quelqu’un qui ne trouve pas de travail. »

Gattaz a dit, « Il vaut mieux quelqu’un qui travaille dans une entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le smic, de façon temporaire et transitoire, plutôt que de le laisser au chômage ».

Il a aussi fait l’éloge de la proposition du membre du PS, Pascal Lamy, ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de créer des « petits boulots » payés moins que le Smic. Cette proposition s’inspire des « mini jobs » initiés en Allemagne par le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder et inscrits dans l’Agenda 2010 et les lois Hartz IV.

Ces propositions soulignent que les incitations fiscales de Valls pour les patrons, prétendument adoptées pour encourager le recrutement de travailleurs dans les emplois à bas salaire, font en fait partie d’une décision plus large et consciente de faire baisser le niveau des salaires en France et de démanteler les prestations sociales des travailleurs. Valls a proposé de supprimer la totalité des cotisations sociales patronales pour les travailleurs payés entre 100 et 130 pour cent du Smic.

Le 10 avril, Le Monde a fait remarquer, « Mais la mesure inquiète déjà, quant à la génération de ‘smicards’ qu’elle pourrait faire naître. » Le journal cite un message sur Twitter disant, « Supprimer les cotisations patronales sur les salariés payés au Smic... Une excellente idée pour généraliser la rémunération au Smic... » Cette politique fera baisser drastiquement le financement des retraites et de la santé. Elle poussera les travailleurs qui sont déjà contraints de recourir à des complémentaires santé pour subventionner leur couverture santé à cotiser à des couvertures complémentaires encore plus coûteuses. Mais comme ces couvertures coûtent entre 150 et 200 euros par mois, elles sont hors de portée de larges couches de la classe ouvrière qui peinent à joindre les deux bouts.

Mais de façon plus générale, l’objectif du PS est de recruter toute une nouvelle génération de jeunes et de chômeurs à des niveaux de salaire plus que bas, semblables à ceux que l’Union européenne a imposés à leurs frères de classe appauvris en Grèce. Travaillant dans des emplois les plus dégradants et ne disposant que de très peu de prestations sociales et d’un salaire de misère, leur exploitation est censée fournir une base financière à la nouvelle compétitivité mondiale du capitalisme français.

Valls a justifié cette politique en affirmant, « Nous devons la vérité aux Français... nos dépenses publiques représentent 57 pour cent de la richesse nationale. Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. »

L’affirmation qu'il faut appauvrir les travailleurs parce qu’il n’y a pas d’argent pour les payer est un mensonge réactionnaire venant de la même élite dirigeante qui, du jour a lendemain, avait rassemblé 360 milliards d’euros pour renflouer les banques françaises durant les semaines qui ont suivies le krach de Wall Street de 2008. Ce qui est dévoilé en France c’est la faillite historique du système capitaliste mondial et de l’establishment politique bourgeois.

Alors que le gouvernement central et les divers niveaux de gouvernement local dépensent effectivement 57 pour cent du produit intérieur brut français, l’Etat bourgeois français sait pertinemment qui devrait recevoir ces fonds. Il a supervisé la création d’un ordre social profondément inégal. En 2010, avant que le gros de l’impact de l’actuelle crise économique ne soit ressenti, les 10 pour cent au sommet de la société française détenaient 62 pour cent de la richesse nationale tandis que les 50 pour cent du bas de l’échelle ne détenaient que 4 pour cent. Le 1 pour cent au sommet détenait à lui seul un quart de la richesse.

C’est pour défendre les privilèges de cette aristocratie financière que le PS a décidé de démanteler ce qui reste de la charpente de la politique sociale d’après-guerre et de promouvoir une politique fasciste. Dans son discours au parlement, Valls en a appelé aux thèmes politiques du FN en se concentrant sur l’« insécurité » et la « délinquance » et en condamnant de manière provocatrice les actes « anti-chrétiens. »

Le vide laissé à gauche est accentué par le fait que ces attaques historiques sont perpétrées par le principal parti bourgeois de « gauche » en France, sous un président PS qui a été élu avec le soutien des partis de pseudo-gauche, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et le Front de Gauche (FdG).

Le principal bénéficiaire politique de la promotion, par ces forces, du chauvinisme et de la xénophobie sera, comme on peut s’y attendre, le FN. En condamnant les mesures d’austérité de Valls, le vice-président du FN, Florian Philippot a déclaré, « Des millions de Français vont subir en conséquence un effondrement de leur niveau de vie, parce que le gouvernement s’entête à obéir à l’Union européenne sur l’euro. »

Si le FN parvient ainsi à se présenter comme l'unique adversaire de la politique d’austérité de l’UE, c'est parce que, tout comme le PS, le FdG et le NPA soutiennent tous la politique réactionnaire de Valls.

(Article original paru le 21 avril 2014)