Les crimes de guerre commis à Gaza et la faillite du nationalisme

Par Comité de rédaction international du WSWS
26 juillet 2014

Le territoire palestinien de Gaza est le théâtre de crimes de guerre commis par l’Etat d’Israël et qui défient toute description. Que dire du bombardement hier par la Force de défense israélienne (IDF) d’une école gérée par l’ONU dans la ville de Beit Hanoun dans le Nord de Gaza et qui a tué au moins quinze personnes, infligeant des blessures terribles à deux cents autres, en grande partie des femmes et des enfants? Les coordonnées de l’établissement avaient été fournies à l’IDF qui avait été informée à maintes reprises que le quartier était occupé par un grand nombre de civils en quête de refuge et cherchant à se mettre à l'abri des frappes aériennes et des tirs d’artillerie incessants. L’IDF l’a néanmoins pilonné; la quatrième fois en une semaine que des abris de l’ONU ont été ciblés.

Le bombardement de cette école de l’ONU n’est que le dernier scandale en date. Au même titre que l’école, l’IDF a attaqué des hôpitaux, des centres de distribution d’eau potable, des stations d’épuration, des ambulances et des journalistes. Les tentatives d’assassinat sans discrimination de la part d’Israël contre des dirigeants du mouvement islamiste Hamas ont tué des dizaines de membres de leurs familles. En à peine huit jours, 800 Palestiniens au moins, principalement des civils, ont été tués et plus de 5.250 blessés. 

L’invasion de Gaza témoigne du caractère dépravé et banqueroutier du régime sioniste d'Israël. Le gouvernement dirigé par le premier ministre Benjamin Netanyahou représente une classe dirigeante isolée et démoralisée qui a perdu la tête et qui ne possède pas de réponse à la crise à laquelle elle est confrontée à l’exception de déchaînements de violence homicide. Cette tuerie de masse contre une population palestinienne sans défense ne sert qu’à intensifier l’écoeurement et l’hostilité à l’égard du sionisme partout au Moyen-Orient, dans le monde entier et parmi les travailleurs juifs en Israël même.

Les Etats-Unis et les puissances impérialistes européennes qui défendent le sionisme ne sont pas moins discrétés. La colère monte chaque fois que le president Barack Obama, le secrétaire d’Etat John Kerry et les politiciens européens répètent la justification méprisable de ces crimes de guerre – "Israël a le droit à se défendre” – tout en déclarant leur “préoccupation” pour les morts civils. Le régime égyptien et les autres Etats arabes qui collaborent partout au Moyen-Orient avec Israël sont pour cette raison méprisés par leurs populations.

Les deux semaines durant lesquelles les manifestations et l’agitation n’ont cessé de s’amplifier à Jérusalem Est et en Cisjordanie annoncent l’éruption d’une nouvelle intifada – un soulèvement généralisé des masses palestiniennes – tant contre le gouvernement Netanyahou que la vénale Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas qui s’est arrangée avec chaque atrocité israélienne. De plus en plus d'Israéliens sont dégoûtés par leur propre gouvernement. 

L’indignation, la condamnation et les protestations ne sont cependant pas une réponse suffisante. Ce qu’il faut, c’est une perspective politique capable d’unifier dans une lutte commune pour l’internationalisme socialiste la classe ouvrière de toutes appartenances religieuses et de toutes origines ethniques.

Soixante-six ans après l’établissement d’Israël, et 47 ans après la guerre expansionnite de 1967 et la confiscation des Territoires occupés, l’ensemble du projet sioniste – une perspective réactionnaire consistant à découper un Etat capitaliste juif sectaire au Moyen-Orient – a manifestement échoué.

Des décennies de répression et de meurtre n’ont pas brisé la résistance de la population palestinienne qui à l’origine a été dépossédée de ses terres en 1948 et qui continue de l’être du fait de l’extension des colonies juives dans les territoires occupés.

L’idéologie sioniste maintient que l’expropriation des Palestiniens se justifie par l’Holocauste et le besoin de mettre en place un abri sûr pour la population juive. Actuellement, le gouvernement israélien commet des crimes qui ressemblent de plus en plus à ceux des nazis. Les 1,8 million d’habitants de Gaza sont emprisonnés dans un ghetto de l'ère moderne, vivant l’enfer sur terre; ils sont délibérément privés d’eau potable, de nourriture suffisante, d’électricité et de services de santé en vertu de ce qu’on ne peut qualifier que de politique génocidaire.

La propagande nationaliste faite en Israël, à savoir que l’Etat sioniste représente tous les adhérents de la religion juive, ne peut pas réfuter cette réalité : c'est une société capitaliste, divisée en classes et minée d’antagosnisme sociaux. Les bénéficiaires du sionisme sont une oligarchie de milliardaires et de millionaires capitalistes et un establishment politique totalement corrompu. Les 500 Israéliens les plus riches ont triplé leur fortune au cours des douze dernières années, tandis que les salaires des travailleurs ont été drastiquement réduits dans le but d’assurer la compétitivité des entreprises israéliennes sur le marché mondial.

Le gouvernement Netanyahou, comme celui de tous les autres pays, est en train de mener une guerre contre la classe ouvrière en réaction à l’effondrement systémique de l’économie mondiale. Il impose de brutales coupes austéritaires et des hausses d’impôts qui touchent le plus durement les pauvres. L’attaque de Gaza est en grande partie motivée par le fait que l’Etat capitaliste israélien doit à tout prix détourner la crise insoluble de la société israélienne dans le chenal du chauvinisme anti-arabe et de la guerre contre les masses palestiniennes.

Il faut comprendre que la situation en Israël et au Moyen-Orient n’est qu'une des manifestations d’une crise plus générale, de l’ensemble du système capitaliste. Tout comme durant les années qui ont précédé l’éclatement de la Première Guerre mondiale, la division du globe en Etats-nations rivaux et la subordination de la vie économique à l’accumulation de profits pour une minorité capitaliste est incompatible avec la réalité de l’intégration et de l’interdépendance de l’économie mondiale. La mondialisation de la production de ces trois dernières décennies a produit une nouvelle intensité des contradictions inhérentes au capitalisme ayant conduit aux guerres mondiales de 1914 et de 1939.

Les classes dirigeantes, non seulement des Etats-Unis mais de toutes les puissances imperialistes, considèrent actuellement le militarisme et la guerre comme l’unique moyen de subordonner les ressources et les marchés mondiaux à leurs égoïstes intérêts nationaux. Les différentes cliques possédantes au sein des Etats-nations artificiellement créés par la soi-disant décolonisation encouragent universellement les divisions à base sectaire ou ethnique pour essayer d'accaparer richesses et privilèges aux dépens de leurs rivales.

Dans une situation où le carnage, la guerre civile et les intrigues impérialistes s'emparent d'un pays après l'autre, le Comité international de la Quatrième internationale a prévenu, dans sa résolution "Le socialisme et la lutte contre la guerre impérialiste“, du danger croissant d’une troisième guerre mondiale. Ces mêmes processus cependant, sont en train de pousser la classe ouvrière vers la révolution mondiale.

On a pu observer cette tendance agissant avec force lors de la révolution égyptienne de 2011. Si cette révolution n’avait pas été avortée, la situation au Moyen-Orient serait tout à fait différente de ce qu’elle est actuellement. La capacité de la classe dirigeante égyptienne, et des puissances impérialistes qui la défendent, à maintenir son contrôle, souligne le problème historique central de la classe ouvrière au Moyen-Orient et internationalement – la crise de perspective et de direction.

C’est pour la résolution de cette crise que le WSWS et le CIQI luttent chaque jour, convaincus que les événements créeront les conditions indispensables à des luttes de masse contre la classe capitaliste dans chaque pays.

Nulle part ailleurs, la nécessité pour l’unité internationale de la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme n’est aussi frappante qu’au Moyen-Orient. La solution à la catastrophe créée par le capitalisme et le système d’Etat-nation est leur abolition et l'instauration d'Etats socialistes unis du Moyen-Orient comme partie intégrante de la lutte pour la révolution socialiste mondiale.

La tâche stratégique la plus urgente est la lutte pour la construction de sections du Comité International de la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial, en tant que nouvelle direction de la classe ouvrière et des masses opprimées.

(Article original paru le 25 juillet 2014)