Les dirigeants européens se servent des cérémonies de la Première Guerre mondiale pour pousser à de nouvelles guerres

Par Stefan Steinberg
11 août 2014

Les dirigeants politiques et militaires européens et américains se sont servi des cérémonies marquant le 100e anniversaire de l’éclatement de la Première Guerre mondiale pour préparer l'opinion à de nouvelles guerres.

Le 4 août 1914 marque le jour où le gouvernement britannique a déclaré la guerre à l'Allemagne après l'invasion de la Belgique par celle-ci. Le même jour, les députés allemands, dont tous les représentants du Parti social démocrate, ont voté unanimement pour les crédits de guerre de l'Allemagne. La guerre qui a suivi entre les puissances impérialistes a fait près de 40 millions de victimes, morts et blessés.

Aux deux jours de commémoration dans la ville belge de Liège, il y avait des représentants de 83 pays, dont des rois, des présidents et des chefs militaires venant des nombreux pays impliqués dans la première guerre mondiale. Les États-Unis y participaient avec une délégation conduite par le ministre des armées, John M. McHugh.

La région autour de Liège a vu certains des combats les plus sanglants de la première guerre mondiale. Près de 4 millions de soldats perdront la vie durant les années d'une âpre guerre des tranchées. C'est dans ce contexte que le président français François Hollande a prononcé son discours de lundi, déclarant aux dignitaires européens et mondiaux assemblés que la principale leçon à tirer de la guerre était qu' « Aujourd'hui, la neutralité n'est plus de mise. »

Faisant directement référence au conflit qui fait rage en Ukraine et au Moyen-Orient, Hollande a clairement dit que l'impérialisme français se préparait à s'engager dans de nouvelles confrontations militaires. Prétendant s'écarter du discours qu'il avait préparé, Hollande a affirmé : « Comment rester neutre, lorsqu'un peuple, non loin d'Europe se bat pour ses droits et son intégrité territoriale ? Comment rester neutre, lorsqu'un avion civil est abattu en Ukraine ? Comment rester neutre, devant des massacres de populations civiles, comme en Irak, comme en Syrie, où les minorités sont persécutées ? »

Hollande a ensuite continué : « Comment rester neutre, quand à Gaza un conflit meutrier dure depuis près d'un mois ? (...). Nous ne pouvons pas rester neutre. Il y a une obligation d'agir. l'Europe doit prendre ses responsabilités avec les Nations unies. »

Hollande a déduit du massacre de millions de gens durant la Première Guerre mondiale que de nouvelles interventions militaires et guerres doivent être préparées : « Nous ne pouvons pas simplement invoquer un culte de la mémoire, nous devons prendre nos responsabilité. »

Hollande a poursuivi en chantant les louanges de l'Union européenne dont, « l'idée folle était de créer un modèle de coopération et de progrès, » tout en mettant en garde contre le risque des « égoïsmes nationaux. »

L'invocation par Hollande de la responsabilité des grandes puissances fut répétée par le président allemand Joachim Gauck dans son propre discours à Liège.

« Des millions de gens aujourd'hui souffrent de la violence et de la terreur en conséquence de l'instrumentalisation des croyances politiques, ethniques et religieuses, » a déclaré Gauck. « Par conséquent, nous sommes tous unis aujourd'hui comme représentants de tant de pays non seulement en mémoire, mais aussi pour nous rappeler qu'ensemble nous avons une responsabilité devant le monde. »

S'exprimant au nom du gouvernement britannique, le Prince William a également mentionné les événements en Ukraine qui « témoignent du fait que l'instabilité continue à menacer notre continent. » Il est allé jusqu'à applaudir la collaboration entre les ex-adversaires européens, qui oeuvrent ensemble « depuis trois générations pour répandre et consolider la démocratie, la prospérité et le pouvoir de la loi en Europe, et pour promouvoir nos valeurs partagées dans le monde. »

Les commentaires de Hollande, Gauck et du prince William témoignent de la faillite complète du capitalisme européen. Ils s'emparent de l'occasion de la commémoration du massacre de masse de la Première Guerre mondiale pour faire passer des politiques agressives qui menacent de déclencher une confrontation militaire mondiale encore plus grande.

Les États-Unis et l'Allemagne, avec le soutien de la France et de la Grande-Bretagne, ont excité des milices nationalistes d'extrême-droite à renverser le gouvernement élu en Ukraine en février et à provoquer l'escalade militaire actuelle avec la Russie.

Rien que la semaine dernière, l'Union européenne s'est alliée aux États-Unis pour imposer des sanctions économiques drastiques contre la Russie. Pendant ce temps, l'UE continue à armer l'Ukraine en dépit d'une résolution officielle, passée au début de l'année, qui interdit ce genre d'exportations d'armes.

Au Moyen-Orient, les États-Unis et les puissances européennes ont soutenu les forces islamistes les plus à droite dans tout le Moyen-Orient, afin de renverser des gouvernements élus. Ce faisant, ils ont plongé toute la région dans le chaos.

Au cours du mois dernier, ces mêmes puissances ont apportées un soutien sans équivoque au gouvernement israélien dans sa campagne pour terroriser le peuple palestinien.

En France, Hollande a interdit les manifestations contre la guerre à Gaza, pendant qu'en Allemagne, Gauck menait une campagne de dénigrement de ceux qui s'opposent au massacre des Palestiniens par Israël dans la bande de Gaza, les qualifiant d'« antisémites ». Le même jour où Gauck et Hollande parlaient à Liège, le nombre total de pertes causées par la guerre du régime sioniste à Gaza dépassait les 1800

Maintenant, ces dirigeants européens qui ont du sang sur les mains et sont de plus en plus méprisés dans leurs propres pays déclarent, de façon inquiétante, que les puissances européennes doivent exercer encore plus de « responsabilité » dans le monde. Leurs remarques montrent clairement que de nouvelles catastrophes militaires se préparent pour la classe ouvrière en Europe et dans le monde entier.

C'est là le sens le l'appel lancé par Hollande à Liège au rejet d'un « culte de la mémoire » à propos de la Première Guerre mondiale. Alors qu'ils tentent de justifier un bain de sang impérialiste au 21e siècle, ils considèrent aussi comme leur tâche la plus importante d’effacer la mémoire historique des crimes impérialistes commis au 20e siècle.

(Article original paru le 6 aôut 2014)