Le NPA assume l’agenda politique impérialiste de guerre « contre la terreur »

Par Francis Dubois
2 octobre 2014

Dans un article publié sur son site Internet intitulé « Loi antiterroriste : un grand pas dans le tout sécuritaire » et consacré au vote de la nouvelle loi antiterroriste par le parlement, passée en procédure accélérée par le gouvernement PS de Hollande et Valls, le NPA légitime l’agenda réactionnaire de la campagne « contre la terreur » du Parti socialiste.

L’auteur cherche à tout prix à faire croire qu’il y aura une opposition parlementaire à cette loi. « Il est à noter que le PG [Parti de Gauche] a désavoué le vote des députés du Front de gauche et appelle les sénateurs et sénatrices du FdG à voter contre… » écrit le NPA. Tout cela pour dire qu’il faut s’orienter vers une fraction de l’élite politique et non pas vers la classe ouvrière pour défendre les droits démocratiques.

Mélenchon s’est régulièrement aligné sur les campagnes de l’impérialisme français, pour l'euro et pour la guerre de 1990-1991 en Irak sous Mitterrand, puis dans le gouvernent Jospin et après. Le désaveu du Front de Gauche par le parti qu'il a fondé dans ce cas est dans la ligne des distances qu’il a prises récemment vis-à-vis du PS pour ne pas être entraîné dans sa débâcle. Le présenter comme une opposition au gouvernement est une misérable fraude politique.

L’article accepte comme légitime le cadre politique imposé par le gouvernement PS, c'est-à-dire la « guerre à la terreur » qui est l’agenda politique réactionnaire de l’impérialisme américain, européen et français et lui sert de ‘casus belli’ dans ses guerres de pillage. Après avoir énoncé quelques-uns des aspects sinistres de la nouvelle loi, l’article pose en conclusion cette question : « Quelle efficacité contre le terrorisme? » et y répond ainsi : « Peu, voire pas du tout ».

La loi présentée au vote à l’Assemblée nationale représente des dangers mortels pour les droits démocratiques. Elle permet au ministère de l'Intérieur d'empêcher des individus de quitter le pays, de les mettre sur une liste de personnes recherchées, consultable par les autorités des autres pays européens. Ces interdictions étant renouvelables à l'infini, les autorités peuvent confisquer ou annuler les passeports d’individus considérés comme ‘radicaux’.

On donne à l'Etat des pouvoirs draconiens pour surveiller l’Internet, dont les sites Web, les serveurs de mails, et les ‘clouds’. Ce projet autorise la police à intercepter et enregistrer les appels téléphoniques sur des programmes comme Skype, suivant le même principe que l'espionnage illégal de la population américaine par la NSA. Les articles du projet de loi sur le blocage des sites Web ont été justement critiqués depuis leur annonce comme une remise en cause drastique de la liberté d'expression et du droit à un procès équitable, deux composantes essentielles de l'Etat de droit.

Le NPA prétend cependant que le problème principal posé par ces mesures sinistres est leur manque d’efficacité contre le terrorisme, et non le pas qu’elles représentent vers un Etat policier.

Suggérer que le principal danger auquel fait face la classe ouvrière est celui du terrorisme est un mensonge politique. Le principal danger qui menace la population dans le monde est celui d’une guerre mondiale menée par les puissances impérialiste dont les guerres menées en ce moment par l’impérialisme français préparent tous les jours un peu plus la possibilité.

L'actuelle guerre « contre la terreur » n'échappe pas à la règle que les guerres impérialistes sont fondées sur des mensonges politiques et historiques. S’il y a un danger de la part du terrorisme, il est entièrement dû à l’impérialisme, américain et européen. Il a formé et promu les forces d'al Qaïda pendant la guerre froide en Afghanistan, puis plus récemment en Libye et en Syrie. Une vraie lutte contre le terrorisme ne peut se faire que par une lutte contre l’impérialisme.

Le NPA a depuis le début de la campagne pour un changement de régime en Syrie soutenu que les groupes réactionnaires mobilisés par Paris, Londres et Washington contre Assad, dont les milices islamistes, étaient les combattants d’une ‘révolution’ démocratique.

Il a depuis le début de la guerre en Syrie insisté pour que le gouvernement français arme les milices islamistes. Olivier Besancenot, dirigeant du NPA, insistait il y a un an pour dire qu'il fallait armer les milices syriennes « Fabius [Ministre français des Affaires étrangères] est en boucle, cela fait des mois qu'il tient le même discours. Qu'il donne gracieusement des armes aux révolutionnaires syriens. »

Il rejetait les inquiétudes d’une partie de l'establishment impérialiste qui disait qu’armer massivement l'opposition syrienne revenait à armer les djihadistes liés à al Qaïda. « Ceux qui disent 'il ne faut surtout pas donner d'armes parce que cela va finir chez les djihadistes', c'est déjà le cas... » avait dit Besancenot en septembre 2013.

En légitimant l’agenda du gouvernement Hollande et de l’impérialisme français, le NPA justifie des attaques draconiennes contre les droits démocratiques sous prétexte de montée de groupes terroristes, que le gouvernement français et lui-même ont directement soutenus. Il partage l’hystérie sécuritaire fabriquée par le gouvernement et les médias.

Le NPA propose seulement de faire une meilleure propagande pour que la politique étrangère de l’impérialisme français soit mieux acceptée, notamment parmi les jeunes et les immigrés. Il propose ainsi en réponse à sa question « Quelle efficacité contre le terrorisme ? » de « miser sur l’encadrement et non sur l’enfermement ... Il faudrait qu’ils [les jeunes] trouvent de bonnes raisons de vivre en France: cela passe par une réelle égalité à l’éducation, à la culture, aux sports, par la fin des harcèlements policiers, et surtout la possibilité de s’imaginer un avenir ici! » dit l’article dans sa conclusion.

Il est à noter que le NPA lui-même a fortement contribué à tourner les jeunes les plus désorientés en Europe vers les groupes terroristes. Il a non seulement appelé à soutenir le PS en 2012, un parti qui, comme les autres composantes de l’élite politique, n’a réglé aucun des problèmes sociaux des cités et n’a eu en fin de compte que la répression policière à offrir aux jeunes sans travail et sans avenir des grandes cités.

Il a encore été à l’avant-garde de la campagne médiatique pour faire passer les guerres de changement de régime en Libye et en Syrie pour des « révolutions ». Ceci n'a fait qu'aider al Qaïda et ses semblables à recruter en Europe.

Maintenant que l'impérialisme français se retourne contre les djihadistes en Irak et les utilise comme prétexte pour étendre son intervention militaire, la ligne politique du NPA le suit fidèlement et se retourne à son tour pour défendre le tout-répressif de l'Etat.

Ceci souligne encore l'hostilité des petits bourgeois aisés qui peuplent la pseudo-gauche envers le sentiment antiguerre des masses ouvrières à travers le monde. Sa perspective est donc : soutien à la guerre impérialiste à l’extérieur et à la politique de la classe politique et militaire à l’intérieur exprimé dans « la lutte contre la terreur ».