Au congrès de Lyon, le FN se pose en recours politique du capitalisme français

Par Francis Dubois
8 décembre 2014

Le parti néofasciste Front national a tenu son congrès à Lyon le week-end dernier, le premier depuis le congrès de Tours en 2011 où il avait inauguré sa politique de « dédiabolisation » sous la direction de Marine Le Pen. Dans une situation où les deux partis traditionnels de la bourgeoisie française, le PS et l’UMP, sont en crise ouverte, les néo fascistes se sont posés en principal recours politique du capitalisme français.

Dans des conditions où le mécontentement vis-à-vis des partis de l’establishment politique français est général et va croissant, le FN a fait des gains importants notamment cette année aux élections municipales, européennes puis dernièrement sénatoriales. Cela lui avait valu deux députés à l’Assemblée nationale, la gestion d’une douzaine de villes et pour la première fois deux sénateurs. A l’élection européenne, il était arrivé en tête de tous les partis. 

La progression du parti néofasciste s’explique avant tout par la faillite totale et ouverte des partis de l’establishment français et de celle des groupes de la pseudo gauche comme le NPA qui couvrent celui-ci et empêchent la classe ouvrière de mener une lutte politique contre le gouvernement Hollande.

Dans les semaines qui ont précédé le congrès, le FN a bénéficié d’une véritable promotion de la part des médias français ; nombreux furent ceux qui l’ont présenté comme le futur vainqueur de l’élection présidentielle de 2017. A l’élection présidentielle de 2002, les médias s’étaient encore mobilisés derrière Chirac, contre l’ancien dirigeant du FN Jean-Marie Le Pen qui avait atteint le second tour.

Durant la dernière décennie cependant les partis bourgeois, y compris le PS ont systématiquement repris la politique de l’extrême droite. A présent, selon le quotidien d’affaires Les Echos, « dans les états majors du PS comme de l’UMP, l’hypothèse de sa présence [de Marine Le Pen] au second tour a d’ores-et-déjà été intégrée aux stratégies des uns et des autres pour la présidentielle et semble même être considérée comme la seule certitude de ce scrutin... »

Le but principal de ce congrès, placé sous le signe de la « Marche vers l`élection présidentielle de 2017 » était de se présenter en principal parti capitaliste.

Le FN est un parti qui prépare la répression brutale de l’opposition de masse, en particulier dans les banlieues populaires, à la politique détestée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de l’aristocratie financière. Dans son allocution au début du congrès, Jean-Marie Le Pen, le président d’honneur du parti, a donné une indication de la « mission qui reste à accomplir » de son parti. Il a mis en garde « contre l’immigration massive. Nous n’en sommes qu’au début du commencement » a-t-il dit. Il évoqua des « torrents migratoires » qui allaient submerger la France et prédit « une submersion intérieure et une croissance du terrorisme urbain. » Le Pen fut ovationné debout. 

L’évocation du « terrorisme urbain » dans le contexte de la répression actuelle, prenant en compte la mort de manifestants, se réfère à l’application à l’opposition intérieure des méthodes de la lutte antiterroriste menée jusque là à l’extérieur. Cette politique est de plus en plus ouvertement préparée par la classe dirigeante et c’est une des raisons pour lesquelles elle fait une promotion massive du FN. 

Pour la direction néofasciste il est clair qu’elle est surtout favorisée par la politique des autres partis de la droite comme de la « gauche ». Cité par Libération un des proches de Marine Le Pen a dit : « Sans rien faire, nous sommes au centre du jeu politique… ». 

Interrogés sur des divergences politiques apparues au sein de sa direction les portes paroles du FN avait en amont du congrès nié tout conflit entre ses dirigeants sur des questions de programme. Ceux-ci avaient insisté pour présenter l’image d’un parti uni et avait annoncé qu’il n’y aurait pas de discussion de programme. 

L’intégration par Marine Le Pen d’éléments comme l’ex-chevènementiste Philippot dans sa direction n’a pas changé le caractère de ce parti, même s’il s’est produit des tensions visibles entre tendances avant le congrès. Lors de l’élection de son comité central, la petite-fille de J.M. Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, une figure nettement d’extrême droite présentée comme principale adversaire de Philippot, obtint le plus grand nombre de voix. Celui-ci n’arriva qu’en quatrième place. 

Le FN a encore envoyé d’autres signaux à la bourgeoisie. Dans son introduction au congrès, Marine Le Pen a lancé: « Notre Europe va de l'Atlantique à l'Oural, pas de Washington à Bruxelles » faisant référence à la formule de De Gaulle, avancée contre les Etats-Unis et pour un rapprochement avec la bureaucratie soviétique, dans les conditions du boom daprès-guerre

Derrière la formule d’une « nouvelle coopération entre les nations » le FN préconise une domination de l’Europe continentale par l’impérialisme français. Si la formule de De Gaulle incluait une collaboration étroite avec l’Allemagne de l'Ouest, celle de Le Pen implique un conflit avec l'Allemagne réunifiée. 

La liste des invités internationaux du FN comprenait les dirigeants de plusieurs partis d’extrême droite européens : l’anti-islamique virulent hollandais Geerd Wilders, Matteo Salvini de la Lega Nord italienne, Hans-Christian Strache du parti neo fasciste autricien SPÖ, Philip Cleys, président du parti d'extrême droite flamand Vlaams Belang, Jiri Janecek du parti Tchèque Ok Strana et Krasimir Karakachanov du parti nationaliste bulgare VMRO. 

Le FN a affiché des rapports étroits avec les oligarques et nationalistes russes. Le vice président de la Duma et membre du parti de Poutine, Russie Unie, Andreï Isaïev s’est adressé au congrès. Le Monde écrit : « S'adressant à l'assistance en russe, il [Isaïev] a lancé un tonitruant « chers camarades » à une salle qui l'acclamait debout. Rappelant « l'amitié historique » entre la France et la Russie, M. Isaïev a critiqué les fonctionnaires inconnus de l'Union européenne, pantins des Etats-Unis ». Assistait également au congrès Andreï Klimov, chef adjoint de la commission des affaires internationales du Conseil de la fédération russe, la chambre haute du Parlement, et membre de Russie unie. 

En amont du congrès, le site Médiapart avait révélé l’existence d’un emprunt de 40 millions d’euros par une banque russe dont 9 millions d’euro déjà versés et que le FN justifie par la nécessité de financer sa « marche vers la présdentielle » que d’autres banques françaises et européennes auraient refusé d’accorder. Médiapart a aussi révélé samedi 29 novembre l’existence d’un prêt de 2 millions d’euros versé au mois d’avril. 

La presse a fait état de nombreux voyages de dirigeants du FN en Russie. Aymeric Chauprade, conseiller aux affaires internationales de Marine Le Pen, se trouvait ainsi de nouveau dans la capitale russe, mardi 25 novembre, invité d’une table ronde organisée par le président du Parlement Sergueï Narychkine, sur le thème « Comment surmonter la crise de confiance avec l’Europe ». 

La présidente du FN aurait effectué deux visites à Moscou, en juin 2013 et avril 2014, et s’y serait aussi rendue en février 2014. D’après deux responsables du FN interrogés par Mediapart, elle aurait rencontré Vladimir Poutine. 

Afin d’élargir sa base électorale le FN essaie de s’assurer le soutien électoral d’autres mouvements ‘souverainistes’ ou eurosceptiques comme celle de l’ex ministre PS Jean-Pierre Chevènement, de l’ancien ministre gaulliste Philippe Seguin, du souverainiste Philippe de Villiers et de l’ancien ministre de l’Intérieur droitier de Jacques Chirac Charles Pasqua. 

Ce n’est pas dans une faible mesure l’abjecte désertion de la classe ouvrière au cours des décennies depuis mai-juin 68 par la pseudo gauche et son attaque systématique du marxisme et d’une politique socialiste révolutionnaire qui est responsable d’une situation où un tel parti peut se développer.