Le syndicat des pilotes d’Air France signe la baisse des salaires pour la filiale low cost

Par Anthony Torres
24 décembre 2014

Quelques mois après avoir mis fin à la grève contre l’essor de la filiale low cost Transavia Europe, le Syndical national des pilotes de ligne (SNPL) a signé un accord précipité avec Air France pour le développement de Transavia France. L'accord prévoit de baisser le salaire des travailleurs d’Air France basculant dans Transavia France. 

Cette régression sociale est la conséquence inéluctable de la trahison par les syndicats de la grève du mois de septembre contre le projet Transavia-Europe. Voyant Air France se fragiliser et le gouvernement Valls chuter dans les sondages, le SNPL a mis fin à la grève, craignant qu'une victoire des pilotes entraine des luttes ouvrières et des revendications salariales à travers la France et toute l'Europe, où d'autres lignes aériennes faisaient face à d'importantes grèves, notamment à Lufthansa. 

Les travailleurs européens subissent des attaques sans précédents contre les salaires et leurs acquis. Les syndicats de la compagnie arienne britannique Monarch Airlines ont imposé la perte de 900 emplois et une rduction de salaire de 30 pour cent afin de transformer la société en compagnie arienne low cost. La compagnie Lufthansa prépare un projet similaire. D'autres secteurs ont été durement touchés par les programmes d'austérité, comme dans l'automobile à Opel et à PSA, avec la complicité des syndicats. 

La décision du SNPL de mettre fin à la grève parce qu'une victoire était en vue souligne la banqueroute totale d'une perspective de défendre les acquis des travailleurs en se fiant aux syndicats. 

Le PDG d’Air France Alexandre de Juniac s'est réjoui : « Le développement de Transavia France, c'est d'abord une très, très bonne nouvelle pour les passagers pour avoir des destinations au départ d'Orly en Europe et sur le bassin méditerranéen pour des prix intéressants ». Les pilotes "travailleront avec des conditions de salaires différentes d'Air France", donc des salaires plus bas, car, selon le PDG d'Air France, "il fallait que les conditions salariales soient celles d'une low cost, sinon c'était impossible de la développer ». 

Les pilotes et hôtesses de Transavia sont payés environ 20 pour cent de moins que ceux de la maison mère. La direction a calculé que globalement, les salariés Transavia lui coûtaient de 20 à 25 pour cent moins cher. Mais ils passent 30 à 40 pour cent d’heures de plus en vol. Le SNPL a donc ouvert la voie pour une baisse généralisée des salaires et d’autres attaques contre les acquis sociaux des travailleurs d’Air France dans un futur proche. 

Le président de la SNPL Air France, Philippe Evain, a justifié l’accord avec Air France, déclarant qu’il « a signé l'accord de détachement des pilotes AF (Air France, ndlr) au sein de Transavia France après avoir obtenu du président de la holding AF KLM, Alexandre de Juniac, l'engagement écrit sur le retrait du projet Transavia Europe »

Ces paroles vides ne changent rien au fait que les conditions de travail des employés d'Air France se dégraderont foretement lorsqu'ils basculeront dans Transavia France, comme le prévoyait le projet Transavia Europe contre lequel les pilotes se sont mobilisés en septembre. 

A la fin de la grève de septembre, Jean-Louis Barber, dirigeant du SNPL-Air France, sentant qu'il perdait le contrôle de la grève et tentant de mettre fin au conflit, a de nouveau appelé à la médiation du Premier ministre Manuel Valls, même si ce dernier avait qualifié les propositions de la direction de «raisonnables» et appelé les pilotes à la « fin de la grève ». 

Les pilotes ont rejeté ces propositions, réclamant le retrait pur et simple du projet Transavia-Europe. Le gouvernement et Air France attendaient du SNPL qu'il écrase la grève, ce qu'il fit en ordonnant sans raison les pilotes de reprendre le travail. 

Le recul de la direction d’Air France dans le projet Transavia Europe n’était pas une victoire partielle comme ont pu l’écrire les tendances de la pseudo gauche petite bourgeoise, comme Lutte ouvrière ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). C'était un moyen d'imposer le projet d’Air France tout en étranglant la grève avec l'aide du SNPL. 

L’accord signé à la va vite par le SNPL pour le développement de Transavia France avait comme but de bloquer toutes tentatives des travailleurs d’Air France de défendre leurs acquis sociaux par une nouvelle grève. Le SNPL craignait une nouvelle grève des pilotes pourrait entrainer d’autres sections de la classe ouvrière dans une lutte contre le gouvernement Hollande, le gouvernement le plus impopulaire de la Vème République. 

Cela montre le caractère de classe des syndicats. Le SNPL a été le principal instrument pour écraser la grève et imposer les attaques. Comme toutes les autres bureaucraties syndicales, le SNPL défend les profits des entreprises nationales face à la concurrence, espérant dans ce cas-ci défendre la rentabilité d'Air France en réduisant les salaires. 

Après avoir trompé et trahi les salariés d’Air France lors de la première grève, le SNPL a pu signer l'accord Transavia France sans que les travailleurs aient pu s'y opposer. 

Ceci réfute l'enthousiasme réactionnaire du NPA pour la trahison de la grève du mois de septembre, après laquelle il écrivait : « Des luttes sont à venir, avec la possibilité de nouveaux liens entre personnels au sol et navigants. Ainsi jeudi 26 septembre la visite « historique » à l’invitation de Sud Aérien (la CGT s’est décommandée au dernier moment….) de 5 commandants de bord du syndicat Alter dans les ateliers moteurs d’Orly, visite très bien accueillie par les salariéEs. ». 

Depuis, le NPA n’a rien écrit depuis sur la trahison du SNPL ni sur sa décision de signer la baisse des salaires. 

Les travailleurs ne peuvent rien attendre de la pseudo-gauche et des syndicats comme le SNPL, qui sont hostiles à la défense des acquis sociaux, sauf des trahisons pareilles. Les salariés ne peuvent se défendre qu'en prenant eux-memes en main leur lutte, cherchant à mobiliser d’autres sections de la classe ouvrière en France et en Europe en une lutte politique contre le gouvernement Hollande et l'UE et pour les Etats Unis Socialistes d'Europe.