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Le leader CFDT à Florange se présente aux élections européennes sous l’étiquette PS

Par Anthony Torres
7 janvier 2014

Edouard Martin, délégué syndical CFDT de l’usine d’Arcelor Mittal de Florange, se présentera aux élections européennes l’année prochaine sous l’étiquette PS. Sa candidature a provoqué des réactions hypocrites de la part de la classe politique et des organisations syndicales.

En mettant en avant un délégué syndical comme candidat, le Parti socialiste (PS) essaie de se présenter comme une formation populaire proche des ouvriers, tout en menant une politique d’austérité et des guerres impérialistes. Le président François Hollande est le président le plus impopulaire de la Cinquième République. Le PS compte donc sur les syndicats, les partis petit-bourgeois de la prétendue « extrême gauche » et des personnes comme Martin pour l’aider à se maintenir au pouvoir.

Martin a expliqué sa candidature ainsi : « Je n'ai pas l'impression de m'engager en politique, dans le sens où je n'ai pas programmé de faire une carrière politique. J'ai simplement envie de continuer le combat que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur le maintien de l'industrie en France et en Europe, et j'ai envie de le poursuivre à un autre niveau, au niveau européen, parce que c'est là que se prennent toutes les grandes décisions qui nous impactent ».

En fait, Martin s’engage manifestement en politique, et cela aux côtés d’un parti violemment hostile à la classe ouvrière. Son rôle sera de continuer ce qu’il a fait à Florange : arranger la fermeture des usines tout en maintenant l’ordre et en stabilisant le PS et les projets réactionnaires de l’Union européenne.

Les liens qui unissent la CFDT et le PS ne sont pas nouveaux. La CFDT, deuxième centrale syndicale de France, a joué un rôle important dans la formation du Parti socialiste (PS) dans les années 1970. Le Figaro rappelle que « La CFDT a activement participé aux Assises du socialisme en 1974. Le gros des collaborateurs arriva avec la victoire de François Mitterrand en 1981. On estime que 40% des membres de cabinets de Mauroy étaient des syndicalistes et un sur cinq adhérait à la CFDT ».

Pierre Mauroy, le premier ministre de Mitterrand de 1981 à 1984, initia le tournant de la rigueur en 1983. La CFDT avait joué un rôle central dans la politique d’austérité de Mitterrand, annoncée à l’Elysée par Edmond Maire, dirigeant de la CFDT à l’époque, et dans la destruction de la sidérurgie dans l’Est de la France, où se situe Florange.

Edouard Martin devint délégué du personnel CFDT en 1989 à une période où la classe ouvrière avait subi de lourdes défaites organisées par la bureaucratie syndicale.

L’expérience de Florange montre le rôle de classe joué par Martin. C’était le principal leader de l’intersyndicale assemblée pour contrôler le conflit opposant les salariés de Mittal à leur employeur, qui dura plusieurs années de 2009 à 2012. Il veilla à bloquer le développement d’une lutte plus large de la classe ouvrière contre la fermeture et transforma la lutte des travailleurs sur le site en un évènement présidentiel pour soutenir un futur gouvernement PS.

François Hollande s’était rendu sur le site, où il avait rencontré Edouard Martin pour lui affirmer qu’il légifèrerait pour empêcher la fermeture de l’usine. Le mensonge soutenu par Martin était qu’avec un gouvernement PS, il serait plus facile de faire pression pour empêcher la fermeture de l’usine.

Ce mensonge a volé en éclat quelques mois après la victoire de Hollande. Les syndicats, le gouvernement PS, et Arcelor-Mittal se sont mis d’accord pour un projet d’investissement visant à réduire les émissions de CO2. Ceci met en péril les 692 emplois du site et entraînerait l’arrêt confirmé des deux hauts fourneaux.

Walter Broccoli, délégué syndical Force ouvrière (FO) de la raffinerie de Florange, estime « quelque part, on a l’impression qu’il s’est servi de Florange pour son ambition personnelle ».

De pareils commentaires soulignent l’hypocrisie sans bornes des magouilleurs qui peuplent la bureaucratie syndicale. Selon Libération, Broccoli, ayant manifestement raté l’occasion de se présenter aux européennes sous l’étiquette PS, est « sérieusement envisagé » pour être sur la liste UMP d’Anne Grommerch à Thionville.

La candidate UMP a précisé à Libération que « rien n’est fait » avant la constitution des listes début février. Ayant démenti cette information, Broccoli a quand même reconnu avoir eu des contacts avec l’UMP.

La subordination de la lutte des travailleurs d’Arcelor Mittal pour promouvoir une section de la bourgeoisie représentée par le PS montre deux choses : la classe ouvrière ne peut pas se fier à quelque section que ce soit de la bourgeoisie pour se défendre. Les syndicats et les organisations de la pseudo-gauche trahissent systématiquement les travailleurs, car ils craignent un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière contre le PS.

Les syndicats sont des coquilles vides qui organisent la production dans les usines pour les besoins du patronat. Lorsque les mesures rencontrent l’hostilité des travailleurs, les syndicats agissent comme une organisation policière pour maintenir l’ordre dans l’usine et faire continuer l’activité.

Lorsque pour des besoins de rentabilité, la bourgeoisie estime nécessaire de fermer une usine, les syndicats, comme le montre l’exemple de Florange, organisent la mise en place de la fermeture et sont ensuite remerciés pour service rendu. On leur donne davantage de responsabilités, comme être tête de liste pour le PS aux élections européennes.

L’hostilité des syndicats à l’égard des travailleurs explique pourquoi des personnes comme Martin peuvent s’engager dans un parti bourgeois qui tente d’utiliser ces personnalités pour se donner une image positive. La classe ouvrière ne peut se défendre contre les attaques du gouvernement qu’en rompant avec les organisations syndicales et politiques proches du PS.