Home » Perspectives » Europe » Europe de l'Est » Ukraine

Quelle est la politique menée à propos de l'écrasement du vol MH17 de la Malaysian Airlines ?

Par Alex Lantier
25 juillet 2014

Une séance de questions à la presse du ministère américain des Affaires étrangères lundi avec sa porte-parole Marie Harf sur l'écrasement du vol MH17 en Ukraine orientale a clairement montré que le gouvernement et les médias n'ont aucune preuve crédible pour soutenir leurs allégations que la Russie est impliquée dans cette horrible tragédie. Harf, à qui le journaliste de l'Associated Press (AP) Matt Lee a demandé plusieurs fois de fournir des éléments en faveur de ces accusations, n'a pu présenter aucune information concrète quelle qu'elle soit.

Lee a d’abord cité la présentation par l'armée russe d'images satellites montrant les appareils de combat du régime de Kiev et des batteries de missiles suivant le MH17 peu avant qu'il ne s'écrase. Il lui a ensuite demandé de répondre à la demande de Moscou que Washington publie des documents qui soutiendraient sa version des faits, par exemple des données d'un satellite espion américain que Moscou a observé survolant la région au moment de l'écrasement.

La réponse de Harf fut tout simplement vide de sens. Elle a dit, « Nous le savons, nous l'avons vu sur les médias sociaux après-coup, nous avons vu des vidéos, nous avons vu des photos des séparatistes pro-russes qui se vantaient d'avoir abattu un appareil et qu'ensuite ils ensuite […] excusez moi, ils ont retirées une fois qu'il fut clair qu'il pouvait s'agir d'un vol commercial avec des passagers. »

Lee a demandé à Harf si Washington publierait la moindre preuve tangible comme les données fournies par l'armée russe elle-même. Harf a refusé de même répondre à la question, affirmant simplement qu'elle ne s'était pas donnée la peine de regarder la présentation de l'armée russe. « Je n'ai rien vu de cela, » a-t-elle dit.

Lee a insisté auprès de Harf pour qu'elle explique comment Washington savait que le missile a été tiré depuis un territoire tenu par les forces pro-russes. Harf a répondu, « nous savons d'abord que les séparatistes soutenus par les Russes étaient en possession d'un système SA-11 [missile sol-air] dès le lundi 14 juillet. Cela vient des communications des séparatistes interceptées et postées sur YouTube par le gouvernement ukrainien. »

Lee a interrompu Harf pour demander si Washington pouvait publier la moindre preuve de ses affirmations en dehors de ce qu'il trouvait sur les médias sociaux. La réponse de Harf a clairement montré que non : « S'il y a plus d'informations qui s’appuient sur ce que nous pouvons partager, nous sommes heureux de le faire. Nous continuerons à en chercher. Mais vous voyez, c'est ce que nous savons à l'heure actuelle. En nous appuyant sur des informations librement disponibles qui sont tout simplement du bon sens, alors, nous savons d'où il a été tiré, nous savons qui a cette arme. » Elle a ajouté, « je sais que c'est frustrant. Croyez-moi, nous essayons d'en savoir le plus possible. Et pour diverses raisons, des fois nous ne pouvons pas. »

Il est incroyable que le gouvernement américain s'attende à ce que qui que ce soit accepte ce genre d'absurdités comme preuve de quoi que ce soit. Les agences de renseignements américaines dépensent collectivement des centaines de milliards de dollars par an pour des opérations de surveillance massives ; apparemment elles surveillaient le site de l'écrasement par satellite. La seule preuve citée par Harf, cependant n'est qu'un obscure enregistrement audio d'une conversation entre deux agents inconnus posté sur YouTube par les services de sécurité ukrainiens, qui sont contrôlés par la CIA.

Son contenu ne prouve rien. Les forces ukrainiennes ont également des systèmes de missiles SA-11 et auraient pu les tirer contre le vol MH17. Un lanceur de missiles, au numéro de série 312, auquel les médias avaient initialement attribué le tir du missile contre le vol MH17 s'est avéré faire partie de l'arsenal de l'armée ukrainienne.

C'est un mode opératoire que l'impérialisme américain utilise depuis des années : s'appuyer sur des affirmations non vérifiées à propos de choses terrifiantes comme des armes de destruction massive ou des accidents aériens pour pousser le peuple américain sur la voie de la guerre et ce, avec des conséquences terribles. La présentation faite en 2003 par le ministre américain des Affaires étrangères Colin Powell devant l'ONU, affirmant que l'Irak avait des armes de destruction massives, s'est avérée être un ramassis de mensonges. Les affirmations de l'année dernière sur la Syrie qui aurait utilisé des armes chimiques, lancées pour pousser à la guerre, ont été démenties par le journaliste Seymour Hersh comme une fabrication de la Turquie, d'Al Qaïda et de certaines factions dans l’appareil d’État américain.

Il est significatif que le président Obama et le ministre des Affaires étrangères John Kerry aient soulevé des questions sur la crise actuelle avec la Russie. Obama a mis en garde contre la « désinformation » dans les médias et Kerry a souligné qu'il ne voulait pas aborder la question de la « culpabilité » de la Russie dans ce drame.

La campagne des médias occidentaux contre la Russie continue néanmoins de plus belle. Écrivant mercredi dans le New York Times, Bernard-Henri Lévy a dénoncé rageusement Poutine, lui imputant la responsabilité de cet écrasement. Lévy écrit : « il a pris des voyous, des voleurs, des violeurs, d'anciens escrocs et des vandales et en a fait une force paramilitaire […] À cette collection disparate, M. Poutine, le président russe, a donné un arsenal terrible avec lequel ces soldats amateurs n'étaient pas familiarisés avec lequel ils ont joué, comme des enfants avec des feux d'artifices. »

Ce genre de dénonciations au vitriol de Poutine et de la Russie revient à des appels à une intervention de l'OTAN en Ukraine qui risque directement de faire de la guerre civile provoquée par le putsch mené par les fascistes et soutenu par l'OTAN en février dernier, un conflit nucléaire. Dans un article vil du New York Times, le chroniqueur Roger Cohen préconise d'ignorer les résultats de l'enquête sur l'écrasement du vol MH17 et au contraire d'envahir l'Ukraine au risque d'une guerre mondiale.

Dans son article intitulé « les soleils d'août, » il a écrit : « Un siècle après la Première Guerre mondiale, personne ne veut des canons d'août. Pourtant, il faut se demander si attendre des années les conclusions évasives d'une enquête officielle sur le sort du vol 17 de la Malaysian Airlines vaut mieux que d'agir maintenant sur la base de ce que l'on sait déjà […] la Russie opposerait son veto à toute résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui autoriserait l'usage de la force pour une mission limitée de récupération des corps et des preuves. Mais l'Ukraine, sur le territoire de laquelle les débris et les morts se trouvent, la soutiendrait. Les gouvernements américain, britannique, hollandais et australien devraient poser un ultimatum soutenu par la menace crédible de la force pour demander un accès sans limites au site [de l'écrasement]. »

Les mises en garde les plus urgentes à la classe ouvrière sont nécessaires. Des chroniqueurs comme Cohen et les services de renseignements pour lesquels ils parlent menacent de lancer une guerre dont le bilan serait au moins dans les centaines de millions de morts. Dans un discours cette semaine, le président Vladimir Poutine a déclaré qu'il défendrait l'intégrité territoriale de la Russie et qu'il avait les armes pour le faire. L'arsenal militaire russe, comme l'américain, contient assez d'armes nucléaires pour détruire plusieurs fois la planète.

Si les preuves factuelles n’ont pas encore émergé pour permettre aux enquêteurs de déterminer ce qui a causé cet écrasement, les preuves politiques s'accumulent chaque jour qui indiquent que les médias occidentaux qui expriment la pensée d’une partie des classes dirigeantes américaine et européenne, veulent provoquer une guerre. Des gens qui sont prêts à risquer une telle guerre n'ont rien à faire de la vie des 298 personnes qui étaient à bord du vol 17 de la Malaysian Airlines.

(Article original paru le 24 juillet 2014)