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Les manifestations du 18 mars contre l'austérité en France: une impasse politique.

Par le Alex Lantier Stéphane Hugues
20 mars 2014

Les manifestations de mardi organisées partout en France par les syndicats contre la politique d'austérité du président François Hollande du Parti socialiste (PS) représentent une impasse politique pour les travailleurs cherchant à combattre les mesures d'austérité et la montée du danger de fascisme et de guerre auxquelles est confrontée la classe ouvrière. La Confédération générale du travail (CGT) stalinienne a appelé à ces manifestations tout en soulignant qu'elle n'était pas « contre » le Pacte de responsabilité de Hollande, qui ampute de dizaines de milliards d'euros non seulement le financement de la sécurité sociale mais aussi l'impôt sur les sociétés.

De telles mobilisations, conçues pour faire retomber la pression et pour cacher le rôle des syndicats dans la négociation et la mise en forme des coupes sociales de Hollande, n'apportent rien aux travailleurs. Elles démontrent le fossé social existant entre les bureaucrates chauvins et suffisants et les travailleurs inquiets et en colère contre l'austérité, la montée de l'influence du Front national (FN) néo-fasciste, et le régime belliqueux d'extrême droit que le PS soutient en Ukraine.

Les tensions de classe entre ces deux couches sociales arrivent de plus en plus sur le devant de la scène. Les syndicats et les partis politiques de la pseudo-gauche ont soutenu le PS au second tour de l'élection présidentielle de 2012 et ils sont déterminés à étouffer l'opposition à Hollande. Thierry Lepaon, dirigeant de la CGT, a souligné mardi que ce n'était pas une protestation « anti-Hollande ». Mais chez les travailleurs la colère monte contre le PS.

Dans la manifestation parisienne, Elisabeth, aide à domicile et déléguée CGT , a dit: « La politique de Hollande est nulle, trois fois nulle. Jamais les choses n'ont été aussi mal en France que depuis qu'il est élu....Hollande est passé, et c'est pire que Sarko qui était de droite. Les heures sup' sont insupportables, c'est une belle gauche caviar qu'on a au-dessus de nous ».

Elle a dit qu'elle ne suivait pas la situation en Ukraine, mais que cela ne la surprendrait pas de voir le PS soutenir des forces d'extrême droite: « Notre président est de gauche entre guillemets, mais il est de droite, il y a du fric partout ».

Quand le WSWS a fait remarquer que Lepaon ne s'oppose pas au Pacte de responsabilité, Elisabeth a répondu: « A une autre époque, une manif ça faisait bouger les gens, maintenant c'est différent. Les syndicats sont tous copains comme cochons, il y a une entente entre les chefs des syndicats. Les syndicats ne sont pas des organisations ouvrières. Nous, pauvres cons, on est dans la rue, eux ils sont dans leurs châteaux ».

Elle a dit qu'il fallait une grève générale: « Il faut bloquer le pays, pour que plus rien ne bouge. C'est facile de bloquer le pays. Nous, ici, ça nous fait une sortie, mais ça ne nous rapportera rien ».

Sophie, aide à domicile, a dit: « Il y a des problèmes avec nos mutuelles santé, en plus de nos salaires.. On manifeste contre la perte du pouvoir d'achat et des acquis sociaux. Depuis 2008, je n'ai reçu aucune augmentation de salaire. Ça fait une perte de salaire de 10, 12 pour cent ». Elle a dit que ce n'était pas possible de combattre le Pacte de responsabilité avec une manifestation d'une seule journée. « Ils sortent tous de la même école [L'Ecole nationale d'administration], ils ne peuvent pas faire autre chose. »

Le WSWS a parlé avec Michel, membre du Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon et délégué CGT du nord de la France, où la dirigeante du FN Marine Le Pen a fait des avancées majeures lors d'élections récentes, tandis que le PS et ses alliés de la gauche bourgeoise comme le PG étaient discrédités. Interrogé sur ce qu'il espérait accomplir, il a répondu: « Il faut commencer à allumer la mèche comme sous Sarkozy il y a trois ans ».

Quand les journalistes du WSWS lui ont fait remarquer que la CGT avait trahi, il y a trois ans, la grève des raffineries, qu'il présentait comme un modèle, et que cela avait ouvert la voie aux coupes de Sarkozy dans les retraites, il a changé de sujet. « A l'époque, l'ancien secrétaire national de la CGT c'était [Bernard] Thibault. Nous, dans le Nord, on était contre lui. »

A la question de savoir s'il avait une stratégie pour combattre le FN et le fascisme en Europe, Michel n'avait rien à dire. « Le Pen, c'est une gamine, elle n'a pas de couilles, elle n'a rien, elle n'a pas de programme... Les extrémités de la société ne font jamais rien, mais la contestation restera toujours. On cherche chacun son idéal. »

Il a dit qu'il pensait qu'on verrait renaître les idéaux du Conseil national de la Résistance (CNR), alliance entre le Général Charles de Gaulle et le Parti communiste français (PCF) stalinien, qui combattait les forces nazies sous l'égide de l'impérialisme américain et britannique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Quand le WSWS a fait remarquer que le CNR avait caché les crimes de la collaboration française avec les nazis pour sauver le capitalisme et empêcher une révolution socialiste après la Deuxième Guerre mondiale, Michel s'est fâché: « Pendant la guerre, il n'y a jamais eu de collaboration avec l'Allemagne. » Quelque peu embarrassé par ce déni de faits d'histoire bien connus, il s'est repris et a essayé de minimiser la question: « Enfin si, mais c'était que des fascistes ».

Le WSWS a parlé aussi avec Denis Turbet-Delof de la direction nationale du syndicat Solidaires, syndicat lié à des groupes anarchistes et au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Interrogé sur le but de la manifestation, étant donné que Lepaon avait dit qu'il ne s'opposait pas au Pacte de responsabilité, Turbot-Delof a répondu: « Lepaon a dit ça, mais il y a un débat en interne à la CGT. » Il a ajouté: « Les quatre principaux syndicats de France [qui ont appelé à manifester] sont très critiques du Pacte de responsabilité tel qu'il a été formulé par le gouvernement ».

Lorsqu'on lui a demandé pourquoi le FN monte en France, il a reconnu que les partis de « gauche » ne se préoccupaient pas des besoins de la classe ouvrière: « Mais étant donné la non réponse aux problèmes sociaux, les travailleurs se tournent vers ceux qui disent qu'ils feront autrement ».

Turbet-Delof parle pour une couche sociale aisée et suffisante qui, bien que consciente de l'accélération de l'exploitation de la classe ouvrière, s'oppose à toute mobilisation de la classe ouvrière contre le PS et l'austérité sociale. Sur la question de ce qu'il ferait si le FN arrivait au pouvoir en France, il a dit: « On ne mélange pas l'action politique et l'action syndicale. Mais à Solidaires, on est capable d'appeler à la désobéissance civile si l'on imagine que le gouvernement est en désaccord avec l'intérêt général de la nation ».

Cette remarque démontre les opinions nationalistes, pro-capitalistes de la bureaucratie syndicale. Si Solidaires n'a pas appelé à la désobéissance civile contre le PS, c'est manifestement parce qu'ils ne pensent pas que les attaques du PS contre la classe ouvrière, dans le but d'accroître les bénéfices des grandes entreprises, sont contraires à « l'intérêt général de la nation ».

(Article original paru le 19 mars 2014)