Caroline du Sud: L’éloge funèbre prononcé par Obama à Charleston

Par Andre Damon
4 juillet 2015

Le président américain Barack Obama a prononcé la semaine dernière un éloge funèbre à la mémoire de Clementa Pinckney, le sénateur démocrate de l’État de la Caroline du Sud et pasteur qui est décédé lors de la tuerie du 17 juin dans une église afro-américaine de Charleston en Caroline du Sud.

Son discours était un mélange de mysticisme religieux tout à fait inapproprié pour un président des États-Unis et de banalités moralisatrices. Dans la mesure où certains enjeux politiques ont été abordés, Obama a tenté une fois de plus d’isoler le racisme de ses racines historiques et politiques dans le but de masquer les véritables questions sociales derrière cette tuerie horrible.

De manière prévisible, tous les médias ont affirmé que le discours avait été triomphal. Le New York Times a déclaré qu’il s’agissait de l’une des «plus ardentes réflexions de ce mandat présidentiel sur la race», tandis que le Washington Post a écrit que cet événement avait montré combien Obama était «personnellement et profondément lié à l’église noire».

Ces «liens profonds» sont une invention. Obama a été élevé par sa mère blanche qui n’était pas religieuse et ses liens subséquents avec «l’église noire» n’étaient qu’une question d’opportunisme politique. En tentant de revêtir les habits du pasteur noir, et en adoptant son intonation et son accent, Obama fait comme à l’habitude: il joue la comédie politique.

Dans des remarques relativement courtes, Obama a fait référence à «notre foi chrétienne» et mentionné les mots «Dieu» 17 fois, «grâce» 35 fois et s’est interrogé sur les causes de «salut des pécheurs et l’octroi de bénédictions».

Il a commencé son sermon, à l’Église méthodiste épiscopalienne africaine Emanuel, où Pinckney était pasteur, par les paroles: «Rendons gloire et honneur à Dieu». Après le discours d’Obama, Norvel Goff, un doyen de l’église, l’appelait le «révérend président».

Dans un pays fondé sur une révolution qui défendait la séparation de l’église et de l’État comme principe démocratique fondamental, il y a quelque chose de profondément réactionnaire dans tout cela.

Bizarrement, Obama a déclaré que l’homme qui avait abattu neuf personnes à l’église où il prononçait son discours ne faisait que suivre la volonté de Dieu. Même si le tueur espérait «exacerber les divisions», a déclaré le président, «les voies de Dieu sont impénétrables. Dieu a un plan différent. Il ne savait pas que Dieu se servait de lui.»

Les incessantes références d’Obama au dieu chrétien, y compris la déclaration absurde ci-dessus, visaient à dissimuler le fait qu’il n’a aucune explication sérieuse pour la tuerie. Il ne peut absolument rien dire sur la véritable source sociale et historique du racisme et sur son rôle qui perdure dans l’ordre social actuel.

Il l’a manifestement démontré lorsqu’il a déclaré que la «récente éloquence» du gouverneur de la Caroline du Sud Nikki Haley était «digne d’éloges». Il n’a pas jugé prudent de rappeler que Haley avait nommé en 2013 un membre du groupe raciste Council of Conservative Citizens pour sa campagne électorale. Dylann Roof avait affirmé que ce groupe était pour lui une inspiration.

Dans la mesure où Obama a tenté d’aborder les causes du racisme, c’était pour soutenir la déclaration qu’il a faite plus tôt ce mois-ci selon laquelle le racisme était inscrit dans l’«ADN» des États-Unis, affirmant que celui-ci tire sa source du «péché originel de notre nation». (Lire: Les racines sociales du racisme aux États-Unis)

En ayant ancré le racisme dans la psyché américaine, et non dans des intérêts de classe, Obama a mentionné une série d’abus gouvernementaux et de fléaux sociaux comme s’ils étaient la conséquence du racisme du peuple américain, et non celle des politiques que lui et ses prédécesseurs mènent depuis des décennies.

«Peut-être que cette tragédie nous amène à nous poser des questions difficiles», a déclaré Obama, «à savoir comment nous pouvons permettre que tant de nos enfants croupissent dans la pauvreté, qu’ils fréquentent des écoles délabrées, ou bien qu’ils grandissent sans perspective d’emploi ou de carrière.»

Obama n’aimerait sans doute pas entendre la réponse à ces «questions difficiles». Après tout, depuis le début de sa présidence, le nombre de personnes employées dans le secteur de l’éducation au niveau municipal et étatique a chuté de plus de 200.000, tandis que son programme «race to the top» a sabré le financement des écoles «peu performantes» dans les quartiers défavorisés.

Pendant ce temps, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté aux États-Unis a augmenté de plus de 2 millions, atteignant, selon une estimation conservatrice, 45,8 millions au cours de la même période. Dans les dernières années, Obama a signé plusieurs lois imposant des coupes importantes dans le programme de coupons alimentaires, dans l’aide au chauffage des foyers, ainsi que dans la durée des prestations de chômage de longue durée.

Obama a ensuite spéculé que cette dernière fusillade «nous amène à examiner ce que nous faisons pour conduire certains de nos enfants à la haine. Peut-être qu’elle nous amène à être plus sensibles envers les jeunes hommes perdus, des dizaines et des dizaines de milliers pris dans le système de justice pénale».

Ces propos viennent d’un président ayant refusé de porter des accusations d'infraction à la législation fédérale sur les droits civils contre un seul des milliers de policiers qui ont commis des meurtres au cours de sa présidence, et dont le département de Justice s’est rangé du côté des policiers lors de chacun des cas de violence policière entendus par la Cour suprême. L’administration Obama continue de soutenir la pratique barbare de peine capitale, même après une série récente d’horribles exécutions «bâclées».

Puis Obama, malgré toute sa rhétorique usée à propos du pardon et de la miséricorde, mène des guerres meurtrières à travers le monde et tient des réunions chaque mardi afin de choisir la personne que son gouvernement allait détruire avec une attaque par drone, ayant lui-même déclaré qu’il était «vraiment bon pour tuer des gens».

Peut-être que le «révérend» Obama aimerait nous faire croire que lui aussi accomplit l’œuvre de Dieu?

La tentative d’Obama de présenter le racisme comme étant inscrit dans l’«ADN» du peuple américain et comme la conséquence du «péché originel» vise à obscurcir le fait que la haine raciale et ethnique, ainsi que les éruptions fréquentes de violence de masse, sont le produit de la croissance des inégalités, de la pauvreté et du militarisme de la société qu’il dirige.

(Article paru en anglais le 29 juin 2015)