Burkina Faso: après le coup d’Etat, le gouvernement de transition rétabli

Par Stéphane Hugues
26 septembre 2015

Une semaine après un putsch de partisans du président déchu Blaise Compaoré qui a renversé le gouvernement de transition soutenu par la France au Burkina Faso, un accord négocié par des chefs d’Etat africains, soutenu par la France et l’armée du Burkina Faso, a rétabli le gouvernement de transition. 

Les leaders des putschistes dans le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) ont fait marche arrière sous la pression diplomatique de Washington et Paris qui agissent par l’intermédiaire de l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Après que Paris a critiqué le putsch et que l’armée a commencé à marcher sur la capitale, Ouagadougou, les putschistes ont accepté de mettre fin à leur tentative de coup d’État de sorte que l’Autorité de transition puisse être rétablie.

La France et les États-Unis ont donc atteint leur objectif immédiat d’assurer le maintien de l’autorité de transition et le gouvernement Kafando qu’ils ont mis au pouvoir après avoir soutenu le coup d’État de novembre 2014 contre l’ex-Président Blaise Compaoré, il y a près d’un an.

À ce moment, des forces d’opposition soutenues par l’impérialisme furent stupéfaites de voir leur appel à des manifestations contre le régime Compaoré suivi de manifestations de masse et d’émeutes dans tout le pays. Elles voulaient protester contre la tentative de Compaoré, après 27 ans et quatre mandats, de modifier la Constitution et d’acquérir un cinquième mandat. Elles furent consternées, toutefois qu’un appel à manifester, destiné à leur donner plus d’influence dans l’establishment politique, a soudain déclenché des protestations beaucoup plus larges et elles ont vite cherché à reprendre le contrôle de la situation en passant un accord avec des éléments du régime Compaoré.

Toutes les factions de l’armée et les partis d’opposition avaient quasiment perdu le contrôle de la situation. La seule chose que la France a trouvée pour déminer la crise fut d’obliger Compaoré à démissionner, de le sortir du pays et de l’emmener en Côte-d’Ivoire, pays dont le président, Alassane Ouattara, a lui-même été installé par l’armée française au milieu d’une guerre civile. Aujourd’hui, Compaoré est « l’hôte » du roi Mohammed VI du Maroc, autre proche allié de l’impérialisme français.

L’Armée du Burkina Faso, dirigée par le colonel Isaac Zida et l’« opposition » bourgeoise, pro-impérialiste, avaient choisi Michel Kafando comme président pour diriger l’autorité de transition et préparer de nouvelles élections. Kafando a aussitôt nommé Zida premier ministre du gouvernement de transition.

Le récent putsch manqué contre le gouvernement de transition a été dirigé par le général Gilbert Diendéré, le chef de la RSP, l’unité d’élite de 1.300 soldats que Compaoré s’était constitué comme garde prétorienne. Diendéré avait été le plus proche collaborateur de Compaoré jusqu’à ce que ce dernier perde le pouvoir. Le RSP a exigé son maintien comme organisation, une amnistie pour les putschistes et la garantie que les associés politiques de Compaoré pourraient participer aux élections à venir.

Le putsch a également provoqué d’importantes manifestations. Dix personnes sont mortes et 113 ont été blessées lorsque Diendéré a ordonné au RSP d’attaquer les manifestants.

La réaction du président français, François Hollande, au putsch fut nettement hostile. Il a appelé « les forces impliquées dans le putsch... à déposer immédiatement les armes et à rendre le pouvoir aux autorités légitimes, faute de quoi elles devraient en assumer toutes les conséquences. »

Dans une déclaration écrite, Hollande a « indiqué que la France soutiendrait pleinement la Cédéao pour parvenir à des élections équitables et transparentes dans les meilleurs délais. » Il « a confirmé que la coopération civile, financière et militaire française avaient été suspendues » et ce, « jusqu'à la reprise effective de la transition, sous autorité civile ».

Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale du président Obama, a déclaré: « La junte doit démissionner et laisser reprendre immédiatement les préparatifs pour les élections d’octobre. Les États-Unis se placent aux côtés du peuple du Burkina Faso pour rejeter cette menace à leur progrès démocratique. »

Aucune des exigences des putschistes n’a été satisfaite. Il y eu seulement un accord que le RSP libérerait des représentants du gouvernement pris en otage et retournerait dans ses quartiers. Le reste de l’armée, fidèle au régime de transition, se maintiendra à une distance de 50 kilomètres de Ouagadougou.

Le gouvernement une fois libéré, son rétablissement a été immédiatement organisé au cours d’une cérémonie à Ouagadougou en présence d’un certain nombre de chefs d’État de la Cédéao, qui avait négocié l’accord. Étaient présent : les présidents du Bénin, Boni Yayi, du Ghana, John Dramani Mahama, du Niger, Mahamadou Issoufou et le vice-président du Nigeria, Yemi Osinbajo.

« Cette cérémonie symbolise la poursuite de la transition vers une élection libre et apaisée… Le rôle de la Cédéao ne peut être que de soutenir et accompagner les efforts des Burkinabés dans la poursuite de la transition civile », a souligné Yayi.

Michel Kafando, le président rétabli dans ses fonctions de l'autorité de transition et du gouvernement intérimaire a déclaré: « Je reprends le service. La transition est de retour et reprend à la minute même. »

Il ajouta : « En ce qui concerne les dernières propositions de la Cédéao pour une sortie de crise, il est évident que nous ne nous engagerons que si elles prennent en compte la volonté du peuple burkinabè. » Ces promesses vides reflètent surtout la crainte de l’Armée, des partis politiques, des États africains limitrophes et des impérialistes soutenant le régime transitoire, de perdre à nouveau le contrôle de la situation.

Lors de la cérémonie, le chef putschiste Diendéré a déclaré : « Le putsch est terminé, on n’en parle plus. » « Le plus grand tort a été d’avoir fait ce putsch... Aujourd’hui, quand on parle de démocratie, on ne peut pas se permettre de faire des actions de ce genre... Nous avons vu ce qui s’est passé. Nous avons su que le peuple n’était pas favorable. C’est pour ça que nous avons tout simplement abandonné. »

Le premier ministre, Isaac Zida, qui commande en second l’autorité de transition, a annoncé que les élections seraient repoussées de quelques semaines. Zida est ancien lieutenant-colonel du RSP et avait été un des hommes du général Gilbert Diendéré. Il a cependant changé de camp après le succès du coup d’octobre 2014 contre Compaoré et depuis, il tente de dissoudre le RSP.

Avant le putsch, le RSP avait fait pression pour la démission de Zida en tant que premier ministre. Quelques jours seulement avant le coup, la Commission de réconciliation nationale et de réformes (CRNR) avait publié son rapport sur le régime Compaoré. La CRNR, composée de nombreuses organisations de la société civile hostiles au RSP, y a caractérisé celui-ci comme « une armée dans l’armée » et a demandé sa dissolution. Ces conflits ont sans doute joué un rôle dans le déclenchement du récent putsch manqué.

Le régime actuel est clairement un compromis difficile entre forces antagonistes dans l'élite dirigeante; quand Zida fut réintégré en tant que premier ministre, un de ses premiers commentaires a été qu'il était « inimaginable » de « conserver le RSP en l’état. »

(Article paru d'abord en anglais le 25 septembre 2015)