Grève des travailleurs de Hyundai en Corée du Sud pour de meilleurs salaires

Par Ben McGrath
3 octobre 2015

Le syndicat chez Hyundai Motors en Corée du Sud a fait grève durant trois jours la semaine dernière pour exiger de meilleurs salaires et une meilleure sécurité d'emploi. Il s'agit de la quatrième année consécutive où une grève éclate dans cette société et cela survient dans le contexte d'un assaut mondial dirigé contre les travailleurs de l'auto, notamment aux États-Unis où le syndicat des Travailleurs unis de l'automobile (United Auto Workers, UAW) tente d'imposer à ses membres des conventions collectives au rabais.

Le syndicat des métallos coréens (KMWU), qui représente les travailleurs de l'auto chez Hyundai, a organisé des débrayages durant les quatre premières heures des quarts de travail du matin et de l'après-midi le 23 septembre et a ensuite débrayé pendant six heures lors des deux quarts de travail du lendemain. Le 25 septembre, les travailleurs du quart de jour ont refusé de travailler durant six heures. Il n'y avait pas de quart de travail d'après-midi cette journée en raison de la fête traditionnelle de Chuseok au cours du week-end.

Les 48.000 travailleurs syndiqués de Hyundai avaient d'abord voté à 77,9% pour la grève le 10 septembre. Ils exigent une hausse salariale de 7,84% par mois, soit 159.900 wons (133 dollars US), veulent que 30% des profits de Hyundai soient remis en bonus ainsi qu'une sécurité d'emploi garantie, y compris faire passer l'âge de la retraite à 65 ans. Le syndicat s'oppose aussi à la proposition d'une échelle salariale qui viendrait réduire les salaires des travailleurs plus âgés.

Les travailleurs sont sortis en grève aux trois usines de Hyundai en Corée du Sud, ce qui aurait empêché la production de quelque 9.000 à 10.000 voitures. Cependant, même si les travailleurs de KIA, filiale de Hyundai, ont voté pour la grève il y a plus de deux semaines, ils ne sont toujours pas sortis en grève. Les travailleurs de KIA ainsi que ceux de GM Corée et Ssangyong sont tous représentés par le KMWU, le plus grand syndicat au sein de la Confédération des syndicats coréens (KCTU).

Avec la chute de ses ventes, le constructeur Hyundai prétend qu'il n'a pas les moyens de payer des hausses de salaire. «Il n'y a rien à gagner d'une grève qui ignore la réalité», a dit la semaine dernière le PDG de Hyundai Yun Gap-han. Les profits nets de Hyundai Motors ont chuté au cours des six derniers trimestres. La société doit affronter une compétition plus féroce de la part du Japon qui profite de la plus faible valeur du yen sur les marchés d'exportation. Les ventes ont aussi diminué en Corée du Sud et dans d'autres pays comme la Chine, le plus gros marché de Hyundai pour le volume.

Ces grèves partielles isolées sont monnaie courante pour le KMWU qui parle souvent de «grèves générales» et de «luttes totales» contre la direction. En réalité, ces grèves partielles visent à dissiper la colère des travailleurs pendant qu'une entente est négociée avec la direction. Le syndicat a déjà négocié un accord séparé avec GM Corée en juillet. Ces travailleurs recevront une hausse salariale de 83.000 wons par mois, un bonus unique de 6,5 millions de wons à la signature et bonus de 4 millions de wons lié à la performance en fin d'année.

Répondant aux demandes de GM Corée, le syndicat a accepté d'imposer une cadence de travail accélérée. Le 17 septembre, lors d'un forum traitant de la perspective des PDG sur le marché du travail coréen, le président de GM Corée Sergio Rocha s'est plaint que «les salaires augmentent trop rapidement» et que la productivité était trop faible.

Rocha a continué d’attaquer les salaires des travailleurs, affirmant qu’ «alors que d’autres pays collaborent et augmentent leur compétitivité pour attirer les investissements directs étrangers (IDE), [la Corée du Sud] prend la mauvaise direction – Singapour, Taïwan et d’autres plus petits pays attirent plus d’IDE qu’ici».

En fait, le KMWU est prêt à répondre aux exigences des sociétés comme Hyundai et GM Corée. Le syndicat a accepté la demande de Hyundai que les négociations soient gardées secrètes, un recul par rapport au passé. Un initié d’une compagnie automobile cité dans le Business Korea a déclaré en juillet: «Pour les syndicats dans l’industrie automobile, plusieurs intérêts politiques s’enchevêtrent. Ils n’ont d’autres choix que d’adopter une position ferme face aux compagnies dans la négociation. Toutefois, les syndicats font aussi consensus avec les compagnies cette année par rapport au récent déclin économique.»

Les travailleurs sont très inquiets pour leur sécurité d’emploi. Au nom de la grande entreprise, le gouvernement Park Geun-hye pousse pour une «réforme du marché du travail» qui réduira les salaires et précarisera la main-d’œuvre. En conférence de presse le 31 août, le vice-président de la Fédération des employeurs de Corée (KEF), Kim Yeong-bae, a déclaré: «Nous nous attendons à ce que les lois du travail, la structure des salaires et les disparités de revenus entre les travailleurs réguliers et contractuels s’améliorent avec la réforme actuelle du marché du travail». La KEF est l'une des cinq plus importantes organisations qui représentent les intérêts de la grande entreprise sud-coréenne, lesquelles ont toutes pris part à la conférence de presse.

Kim a poursuivi en s’en prenant aux travailleurs plus âgés qui sont «payés trois fois plus que les employés nouvellement embauchés». Il a exigé que les syndicats acceptent le système de plafond salarial qui réduirait le salaire des travailleurs approchant 55 ans. Les économies serviraient supposément à embaucher des travailleurs plus jeunes, mais en réalité elles seront utilisées pour hausser les profits de la compagnie.

Le 16 septembre, le Parti Saenuri au pouvoir a soumis cinq projets de loi à l’Assemblée nationale, lesquels permettraient aux compagnies de mettre plus facilement à pied les employés réguliers, allongeraient de deux à quatre ans le nombre d’années qu’un travailleur non-régulier peut être employé, et augmenteraient le nombre d’industries où les travailleurs non-réguliers pourraient être employés.

Le chômage chez les jeunes est une question centrale en Corée du Sud, où les familles et les jeunes dépensent d’importantes sommes d’argent en éducation privée dans l’espoir de trouver des emplois stables et bien payés. La Corée du Sud arrive au troisième rang des pays de l’OCDE dans la catégorie des jeunes «qui ont quitté l'école, qui ne suivent pas de formation ou qui sont sans emploi (NEET)», avec un taux de 15,6 pour cent.

Après l’obtention de leur diplôme universitaire, plusieurs sont contraints d’accepter des emplois précaires à temps partiel. Ces employés n’ont pas de sécurité d’emploi et ne gagnent qu’environ la moitié de ce que reçoivent les travailleurs réguliers qui font le même travail. Il est évalué qu’entre 8 et 8,5 millions de travailleurs, sur une force de travail totale de 18,24 millions, sont considérés comme «non-réguliers» ou précaires.

L’assaut qui prend place contre les travailleurs sud-coréens de l’auto fait partie d’une campagne mondiale visant à mettre le fardeau de la crise économique sur le dos de la classe ouvrière. En opposition à la perspective nationaliste rétrograde des syndicats dans tous les pays, les travailleurs de l’automobile en Corée du Sud, aux États-Unis et à travers le monde doivent mener une lutte unifiée pour défendre les emplois et les conditions de vie sur la base d’une perspective socialiste.

(Article paru en anglais le 29 septembre 2015)