Le NPA couvre les syndicats dans la grève chez Air France

Par Anthony Torres
9 octobre 2015

En tentant de légitimer les syndicats auprès des travailleurs hostiles au plan de licenciement massif à Air France, le NPA couvre les préparatifs de la bureaucratie syndicale pour imposer les mesures de compétitivité voulues par la direction d'Air France et par le gouvernement. 

C'était l'étouffement de la grève des pilotes d'Air France l'année dernière qui a rendu possible cette attaque de grande ampleur contre les employés d’Air France. Quand les salariés étaient au bord de la victoire, et Air France perdait des centaines de millions d'euros, le Syndicat national des pilotes de ligne a mis fin à la grève. Ceci permit à la direction d’Air France et aux syndicats de préparer les 2.900 licenciements actuels et les 5.000 projetés pour les années à venir. 

Alors qu'une lutte des travailleurs exige une rupture politique avec les organisations syndicales et la création parmi les travailleurs d'organisations de lutte indépendantes des syndicats, le NPA cherche par contre à défendre leur prestige. Ceci souligne le rôle réactionnaire que joue cette organisation petite bourgeoise. 

Dans Air France : Le sale plan de vol de la direction, le NPA sème des illusions sur la volonté de l'intersyndicale d'abandonner le « dialogue social » avec le patronat et mener une lutte contre Air France et le gouvernement : « Loin d’un 'dialogue social' qui ne laisse la parole et toutes les décisions qu’aux employeurs, seule la mobilisation peut faire reculer un patronat toujours plus exigeant pour le seul bénéfice des actionnaires. Le gouvernement, loin d’être une aide dans ce combat, est bien évidemment au côté de la direction. ». 

Le gouvernement craint que le discrédit qui pèse sur la bureaucratie syndicale ne favorise l’émergence d’un mouvement plus large des travailleurs que les syndicats ne pourraient pas contrôler. La mobilisation que propose le NPA autour de l’intersyndicale serait une tentative d’étouffer la colère des travailleurs d’Air France dans des manifestations sans perspective, pour permettre ensuite aux syndicats et à Air France d'organiser les licenciements et la restructuration de la compagnie aérienne. 

Les critiques que fait le NPA de Hollande ne font que soulever le rôle du NPA lui-même. Il a appelé à voter Hollande en 2012, prétextant qu’il serait plus facile de faire pression sur le gouvernement en organisant des luttes ouvrières sous le PS que sous la droite. En fait, la bureaucratie syndicale et ses alliés politiques tels que le NPA n'ont pas fait pression sur le PS, pour la simple raison qu'ils soutiennent Hollande et qu'ils craignent les effets potentiellement explosifs d'une montée de luttes ouvrières contre un PS discrédité. 

C'est ce qui ressort de l'expérience de la grève à Air France en 2014, et notamment des rôles du SNPL et du NPA. Pour faire face à des résultats nets en baisse, Air France avait créé une filiale Transavia afin d'employer du personnel à bas coût pour concurrencer les compagnies low cost. 

Il s’ensuivit deux semaines de grève de la part des pilotes qui a fait perdre des millions d’euros par jour à Air France, fragilisant ainsi sa direction et faisant craindre au gouvernement qu’une victoire des pilotes sur leur direction ne provoque une réaction en chaine dans d’autres branches industrielles en France et à travers Europe. 

Le SNPL sur la demande du gouvernement a mis fin à la grève autoritairement, prétextant que les pilotes ne pourraient pas gagner et en évoquant la situation financière d’Air France. Le NPA applaudit la fin de la grève comme « une première victoire saluée par tous les salariéEs [sic]… Cette grève ouvre donc une nouvelle brèche pour mobiliser les autres catégories de personnels menacées par le projet Transavia : hôtesses et stewards, personnels au sol assurant l’assistance dans les aéroports, et l’entretien des avions ». 

L’éloge que faisait le NPA de la « victoire » des pilotes n’était qu’un mensonge. La filiale Transavia n’a pas été abandonnée et la défaite des pilotes permit à la direction de préparer des attaques plus larges contre les travailleurs d’Air France, avec des milliers de licenciements. 

Après cette expérience dévastatrice, le NPA continue tant bien que mal sa stratégie de légitimer les syndicats afin de bloquer une lutte des travailleurs. Dans plusieurs communiqués parus sur l’invasion des grévistes dans le comité d'entreprise d'Air France lundi, le NPA pointe les syndicats CFDT et la CGC comme soutiens du plan de licenciement, tout en lavant la CGT pour qu’elle garde un minimum de crédibilité auprès des travailleurs. 

« Ensuite, le but sera d’enfoncer le clou par de nouvelles attaques contre les personnels au sol (30 000 salariéEs), avec le soutien de la CGC et de la CFDT (au moins…). Ces deux syndicats ne cessent de répéter que si les pilotes ne signent pas l’accord, il y a aura des milliers de licenciements au sol. ». 

Le NPA ne mentionne pas le rôle de la CGT, dont il essaie cyniquement de soutenir l'image en tant que syndicat plus « contestataire ». 

L’objectif du NPA est de laver la CGT, car elle compte sur ce syndicat pour maintenir un contrôle sur les travailleurs d’Air France. La CGT comme tous autres syndicats soutient la compétitivité d’Air France comme il est mentionné dans un de leurs tracts Licenciement ou négociations intercatégorielles. Selon la CGT, « pour sortir de cette crise suicidaire il faut : de la garantie des investissements, de la stratégie de développement, de mesures de productivité-du maintien de l’emploi ». 

Ce qui veut dire soutenir le plan d’Air France pour défendre sa rentabilité au dépens des travailleurs, en leur imposant de plus grandes hausses de productivité. 

Aucun de les articles du NPA concernant l’invasion de grévistes pendant la réunion d’Air France ne mentionne que la CGT avait demandé à la direction d’Air France de faire appel à la police contre les grévistes, ni que le secrétaire général adjoint de la CGT, Mehdi Kemoune avait déclaré à la presse qu'il avait tenté de protéger Broseta. 

Ces informations mettent en évidence l’intégration des syndicats dans les sphères dirigeantes, et la nécessité de rompre avec l'ensemble des appareils syndicaux pour mener un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière.