Après les attentats de Paris, le gouvernement français renforce les mesures d'Etat policier

Par Kumaran Ira
17 novembre 2015

Bien que l'enquête sur les attentats terroristes perpétrés vendredi dernier à Paris ait à peine commencé, le gouvernement du Parti socialiste (PS) réclame des pouvoirs policiers draconiens, prévoit de prolonger l'état d'urgence en vigueur de trois mois, ou plus, et d’intensifier la guerre au Moyen-Orient. 

Le 15 novembre, lors de sa rencontre avec les députés à l'Elysée, le président François Hollande a demandé à l'Assemblée nationale et au Sénat de modifier la loi de 1955 sur l'état d'urgence. Il a déclaré qu'il voulait prolonger celui-ci de trois mois et était prêt à l'étendre davantage. Il demanderait « aux commissions des lois des deux assemblées de modifier la loi de 1955 qui régit l’état d’urgence pour en adapter le périmètre et la durée à la situation après les attentats. » 

Un projet de loi à cet effet serait en préparation et devrait être présenté au Conseil des ministres mercredi. 

Tout l'establishment politique exploite ces attentats pour imposer des formes autoritaires de gouvernement, en cours de préparation depuis longtemps, piétinant les droits démocratiques fondamentaux. Cela va de pair avec l'intensification à grande échelle de guerres en Afrique et au Moyen-Orient sous prétexte de lutte contre le terrorisme. 

L'appel à prolonger l'état d'urgence crée un précédent pour de vastes attaques des droits démocratiques fondamentaux de l'ensemble de la population. L'état d'urgence permet aux autorités françaises d'imposer des couvre-feux, d'effectuer des fouilles arbitraires dans des domiciles privés à tout moment, de censurer la presse, d'imposer des tribunaux militaires, d'ordonner l'assignation à résidence d'individus sans procès, de fermer les lieux publics et de saisir des armes privées. 

Sous prétexte d’«unité nationale,» Hollande a rencontré dimanche les dirigeants du Front national néo-fasciste (FN), du parti de droite Les Républicains (LR), du Mouvement démocratique de centre-droit (MoDem) et du Front de Gauche lié au PS. Tous ces partis ont donné leur entier soutien à l'état d'urgence et plus généralement à la politique de guerres et d'attaques massives des droits démocratiques menée par Hollande. 

«Il fallait construire les réponses adaptées, une inflexion de notre politique étrangère, une modification drastique de notre politique de sécurité sur le plan intérieur », a déclaré l'ex- président conservateur Nicolas Sarkozy (LR). 

La décision de Hollande d’inviter une fois de plus officiellement à l'Elysée la présidente du FN Marine Le Pen a montré quel contenu politique avaient les modifications drastiques prévues pour le régime interne de la France. Après une rencontre avec Hollande, Marine Le Pen a appelé à « l'unité nationale » et à «des décisions fermes». 

Soutenant la prolongation de trois mois de l'état d'urgence, elle a déclaré, « nous sommes sur le principe (...) d'accord ». Comme la crise sociale s’approfondit dans de nombreuses banlieues françaises, dont beaucoup ont un taux de chômage de plus de 21 pour cent, Le Pen a demandé que l'état d'urgence « serve à aller désarmer les banlieues, perquisitionner, aller chercher les armes qui pullulaient déjà sous le mandat de Nicolas Sarkozy -- qui n'avait pas tenu sa promesse à l'époque -- et qui continuent à pulluler ». 

Face au large désenchantement avec tous les partis politiques français, à une opposition croissante à l'austérité et à la guerre et à la montée du chômage, la classe dirigeante n'a rien à offrir en dehors d’une politique encore plus à droite et d’une intensification des attaques sur les droits sociaux et démocratiques.

Les vociférations néo-fascistes de Le Pen ont été reprises dans les propositions ouvertement autoritaires avancées par les partis de gouvernement traditionnels.

Le secrétaire général des Républicains Laurent Wauquiez a appelé à ce que « les 4.000 personnes vivant sur le territoire français, fichées pour leurs liens au terrorisme soient placées dans des centres spécifiquement dédiés d'internement anti-terroriste ».

La proposition d'emprisonner un grand nombre de personnes dans des camps d'internement sur cette seule base que les services de renseignement leur imputent un lien avec le terrorisme, équivaut à un chèque en blanc pour la dictature.

Samedi, le premier ministre Manuel Valls a dit à TF1 «Nous devons anéantir les ennemis de la République, expulser tous ces imams radicalisés, comme nous le faisons, déchoir de la nationalité ceux qui bafouent ce qu'est l'âme française».

La tragédie de vendredi est l’atroce résultat des guerres impérialistes menées à travers le Moyen-Orient et en Afrique. Tout en prétendant cyniquement lutter contre le terrorisme, les puissances de l'OTAN ont utilisé, dans leurs guerres de changement de régime par procuration en Libye et en Syrie, les mêmes éléments islamistes réactionnaires que ceux responsables des attentats de Paris. Ces forces islamistes ont été financées et armées par les services de renseignement occidentaux et leurs alliés du Golfe Persique alors qu’ils attisaient les guerres civiles et commettaient des atrocités.

Les premières investigations suggèrent que les terroristes étaient bien connus des renseignements occidentaux – comme les auteurs d’attentats précédents tels Amedy Coulibaly et les frères Kouachi, impliqués en janvier dans les tueries à Charlie Hebdo et à l'Hyper Cacher de Vincennes.

Les attentats de Paris soulèvent de sérieuses questions sur le fait qu’il a été possible pour les suspects, connus depuis des années des services de renseignement, de voyager, se procurer des armes et préparer un attentat orchestré, en échappant apparemment totalement à la vigilance des renseignements français, européens et américains. Parmi les sept hommes armés ayant mené cet assaut, trois ont été identifiés comme ressortissants français dont un au moins était connu des services de renseignement.

Le kamikaze du théâtre du Bataclan était un français de 30 ans, Ismaël Omar Mostefaï, venu avec deux autres hommes attaquer la salle de concert à bord d’une voiture Polo noire. Il avait été condamné pour délits mineurs entre 2004 et 2010 et suivi depuis 2010 par les renseignements français en raison de sa prétendue radicalisation islamiste. En 2010, il a été inscrit au fichier « S », utilisé par la police pour désigner les personnes considérées comme des menaces sérieuses à la sécurité nationale. Il aurait voyagé en Syrie entre 2013 et 2014.

Les deux autres vivaient en Belgique. Ibrahim Abdeslam, 31 ans, a été identifié par les procureurs comme l'homme ayant loué un véhicule Seat utilisé dans les attaques et responsable de l'attentat suicide au café Comptoir Voltaire. L'autre assaillant a été identifié comme Bilal Hadfi, soupçonné d'avoir combattu pour l’Etat islamique en Syrie.

Les polices française et belge ont procédé à des descentes pendant le week-end et arrêté des dizaines de personnes, dont trois frères d’Abdeslam qui seraient impliqués dans les attentats. Il y a un mandat d'arrêt international contre Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d’avoir loué la Volkswagen Polo noire utilisée par le groupe ayant attaqué le théâtre Bataclan.

Les autorités belges ont dit qu'elles avaient arrêté sept suspects qui seraient liés aux attentats de Paris. Cinq ont été arrêtés lors d’une descente dans le quartier de Molenbeek-Saint-Jean de Bruxelles, où vivaient deux des kamikazes français. Mehdi Nemmouche, qui a tué quatre personnes dans une attaque contre le musée juif de Belgique l'année dernière, avait également habité le quartier.

Par la suite, les autorités belges ont demandé de la «répression» dans le quartier. Le Premier ministre Charles Michel a déclaré: «Je constate qu'il y a presque toujours un lien avec Molenbeek, qu'il y a un problème gigantesque. Les mois passés, beaucoup d'initiatives ont déjà été prises dans la lutte contre la radicalisation mais il faut aussi plus de répression, nous allons travailler de manière intense avec les autorités locales ».

(Article paru en anglais le 16 novembre 2015)