Le vote illégitime de l'UAW chez Ford

Il faut former des comités d’usine ouvriers pour faire avancer la lutte!

Par Jerry White
26 novembre 2015

Les résultats du vote sur le contrat chez Ford annoncés par l’UAW (United Auto Workers) à la fin de la semaine dernière n’ont aucune légitimité.

La majorité de votes favorables revendiquée par l’UAW dans les derniers jours du scrutin la semaine dernière n’est pas crédible. Alors que 85 pour cent des travailleurs de Ford avaient déjà voté et que le contrat partait pour être refusé, les travailleurs du complexe Ford Rouge (local 600) ont soi-disant soutenu l’accord massivement et donné à l’UAW juste assez de voix pour pouvoir déclarer que le contrat était accepté à la majorité infime de 51 pour cent.

Les travailleurs ont rapporté que des bulletins de vote non numérotés, marqués au crayon, avaient tout bonnement été jetés dans des seaux, rendant le bourrage des urnes facile. Ceux qui ont voté ont dû passer par les baguettes des bureaucrates qui menaçaient que le rejet du contrat signifiait la perte de leur emploi. D’autres ont rapporté que les responsables syndicaux locaux étaient allés partout dans le complexe Ford Rouge faisant campagne pour le « oui ».

De plus, le vote de la section locale 600 – le quartier général de James Settles, vice-président de l’UAW – a soudainement été reporté et a été le dernier vote à l’échelle nationale pour que l’UAW puisse savoir exactement combien de votes étaient nécessaires pour forcer une acceptation du contrat.

Ces informations fournissent plus qu’assez d’éléments de preuve pour l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ce qui s’est passé.

Settles a déclaré vendredi que l’accord avait été ratifié « à travers un processus démocratique et équitable », ajoutant cyniquement qu’il n’y avait « aucune autorité supérieure à celle des membres » à l’UAW.

Quels mensonges! Si on laisse de côté la question du bourrage des urnes, tout le processus de ratification du contrat a été caractérisé par la tromperie et les menaces. Même à en croire ses propres chiffres, le contrat Ford a fait face à une opposition de masse que l’UAW a tout fait pour surmonter dans le but d’imposer son acceptation.

Le vote chez Ford suivait un vote divisé chez General Motors où l’UAW a ignoré le rejet du contrat par les travailleurs spécialisés. Chez Fiat Chrysler, le contrat avait été refusé avant qu’une deuxième version ne soit passée au forceps avec l’aide d’un cabinet de relations publiques embauché pour « vendre » l’accord.

Au cours de ces scrutins, UAW a caché la vérité aux travailleurs, il a lancé des préavis de grève bidon, des accords de « dernière minute », afin de précipiter le vote sur le contrat sans donner aux travailleurs le temps d’en étudier le contenu. L’UAW a recouru au chantage économique, à celui de la fermeture des usines si les travailleurs votaient « non » ou encore il appelait à la grève, mais laissait les travailleurs isolés sur les piquets de grève des semaines ou des mois avec un soutien dérisoire du fond de grève de $600 millions de l’UAW.

Tout au long de ce processus, l’UAW a collaboré étroitement avec les constructeurs automobiles et l’administration Obama qui, comme tout l’establishment politique, voient l’attaque contre les travailleurs de l’automobile comme un élément essentiel de l’attaque contre toute la classe ouvrière.

L’UAW se conduit avec autant d’hostilité et de venin envers les travailleurs de l’automobile que les chefs d’entreprises et les riches actionnaires eux-mêmes. Il n’y a pas une once de responsabilité démocratique dans ce prétendu syndicat, qui n’est rien de plus qu’un syndicat jaune de pourvoyeurs de main-d’œuvre à bon marché.

Le Bulletin du travailleur de l’automobile du WSWS demande aux travailleurs de Ford et d’autres constructeurs automobiles de former des comités d’usine ouvriers afin d’unifier les travailleurs de l’automobile sur la base des méthodes de la lutte de classe et non de la collaboration de classe.

Les travailleurs ressentent profondément la nécessité d’avoir dans les ateliers des organisations qui les représentent véritablement, qui sont démocratiques, contrôlées par les membres, unissent tous les travailleurs de l’automobile avec les autres secteurs de la classe ouvrière aux États-Unis et à l’étranger, qui poursuivent des politiques sur la base d’une conscience de classe et ne sont pas intimidées par la « chasse aux rouges » et la propagande anti-socialiste des entreprises, des médias et de leurs hommes de main à l’UAW.

Les bureaucrates sans cervelle de l’UAW espèrent qu’en forçant l’acceptation du contrat chez Ford ils peuvent faire avancer comme ça leur projet d’aider les constructeurs automobiles à transformer plus encore la production automobile en nouvelle forme d’esclavage industriel. Ils pensent qu’ils peuvent répondre à l’opposition par la fraude et la force et que la colère des travailleurs de l’automobile est simplement le produit de « groupes extérieurs » qui « font du tapage ».

Qu’ils le veuillent ou non, cependant, l’opposition existe et elle va croître. Le défi consiste à unifier cette résistance pour lui donner une forme d’organisation et un programme sur lequel se battre.

Le WSWS et le Bulletin du travailleur de l’automobile feront tout leur possible pour aider les travailleurs à faire avancer la lutte.

(Article paru d’abord en anglais le 25 novembre 2015)