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Lutte ouvrière couvre la trahison de Syriza en Grèce

Par Stéphane Hugues
28 juillet 2015

À présent que le caractère dévastateur de la trahison de Syriza du peuple grec est exposé aux yeux de tous, des groupes de pseudo-gauche en Europe cherchent à défendre Syriza, tout en se distanciant de l’imposition de l’austérité par Syriza contre la classe ouvrière grecque.

Craignant les retombées politiques d’une réaction des travailleurs et des jeunes contre la capitulation de Syriza, et son imposition de dizaines de milliards d’euros de nouvelles mesures d’austérité et de privatisations en Grèce, ils couvrent tous la politique réactionnaire de Syriza. Lutte ouvrière (LO) s’est tiré de son mutisme habituel sur les questions internationales et s’avance pour présenter Syriza sous un jour sympathique.

Dans son éditorial du 13 juillet, LO met les politiques de Syriza sur le compte de l’UE, présentant le chef de Syriza, le Premier ministre grec Alexis Tsipras, comme un politicien de « gauche » qui contrairement à LO n’est malheureusement pas suffisamment radical.

LO écrit, « Tsipras n’a jamais prétendu contester l’ordre capitaliste et représenter les intérêts politiques des exploités contre leurs exploiteurs. Il se battait pour la dignité de la Grèce, pour qu’elle ne soit pas considérée comme une semi-colonie et pour le droit de décider plus librement de sa politique intérieure. Eh bien, même cela, les grandes puissances ne le lui ont pas accordé et elles l’ont poussé à la trahison de ses propres engagements ! »

Cette présentation de Tsipras comme un défenseur vaincu de la dignité grecque est un mensonge pur. Syriza n’a pas combattu l’UE. Chaque fois que l’UE, l’Allemagne, la France et les autres pays de la zone euro ont exigé des mesures d’austérité encore plus brutales dans les négociations, Tsipras a cédé. Il n’a jamais cherché à mobiliser l’opposition à l’UE dans la classe ouvrière. Il a d’abord violé ses promesses électorales en prolongeant le Mémorandum d’austérité en février.

Même après le « non » massif au référendum du 5 juillet, Tsipras a repris aux négociations avec l’UE, puis personnellement sommé le parlement grec d’adopter des mesures d’austérité massives.

LO conclut, « Chercher à négocier ou à supplier est vain. Les partis qui ne sont pas décidés à combattre la bourgeoisie et les racines de son pouvoir — la propriété privée des moyens de production, l’économie de marché et la concurrence — peuvent faire les promesses qu’ils veulent, ils gouverneront inévitablement dans l’intérêt du grand capital. »

Il n’y a rien de plus cynique que ce genre de rhétorique vide, qui récite quelques vérités abstraites pour ensuite justifier une politique qui s’adapte et se soumet au capital financier. Alors que LO se présente comme un critique anti-capitaliste de Syriza, pendant des décennies, le groupe s’est intégré dans le milieu corrompu des appareils syndicaux français et la périphérie du Parti socialiste (PS).

Son traitement relativement amical de Tsipras, le politicien libéral, reflète la réalité que Tsipras exprime essentiellement les mêmes intérêts de classe que LO.

LO représente les couches des classes moyennes — des parlementaires, des cadres syndicaux et des universitaires de « gauche » — pour lesquelles Syriza s’exprime en Grèce. En présentant des listes communes avec le PS aux élections locales, et avec l’intervention d’un syndicaliste et membre dirigeant de LO Jean-Pierre Mercier pour mener à bien la fermeture de l’usine PSA Aulnay, LO vendait en détail les mêmes politiques anti-ouvrières que Syriza impose à présent en gros.

Ceci sous-tend la réaction instinctivement hostile de LO à chaque expression d’une véritable opposition politique de la classe ouvrière à la politique d’austérité de l’UE.

LO était, en particulier, choqué et abasourdi par la victoire « non » au référendum du 5 juillet appelé par Tsipras. Alors que Tsipras avait espéré obtenir un « oui » qui justifierait sa démission et permettrait un autre gouvernement à imposer le diktat de l’UE, la classe ouvrière et les couches les plus pauvres du peuple grec ont défié les médias et l’UE pour assurer un « non » écrasant de 61 pour cent contre l’austérité de l’UE.

Le 6 juillet, l’éditorial de LO lançait un avertissement sinistre : « Parmi ceux qui applaudissent au succès du non, il n’y a pas que des amis des classes exploitées. Il y a tous ceux, et pas seulement à l’extrême droite, qui brandissent des leurres pour détourner la méfiance des classes populaires de leurs véritables ennemis ».

Cherchant à expliquer qui sont les « vrais ennemis » de la classe ouvrière grecque, LO a ajouté : « Les responsables des malheurs du peuple grec ne sont ni la zone euro, ni l’intransigeance de l’Allemagne, ni l’Europe, mais le grand capital et ceux qui le possèdent. »

Ceci est une opération pour camoufler le rôle de l’UE et de l’euro, et ainsi cacher la responsabilité politique de LO. L’UE et les pays de la zone euro, dirigée par Berlin, ont travaillé avec Syriza pour imposer des mesures d’austérité dévastatrices sur la classe ouvrière grecque dans les intérêts du capital financier. Un complice clé de Berlin dans l’imposition de mesures d’austérité en Grèce était le gouvernement PS du président français François Hollande, à qui LO a donné son soutien au second tour des élections présidentielles de 2012.

LO tente de se cacher derrière un discours encore plus ampoulé, dissolvant les vrais ennemis de la classe ouvrière grecque en une abstraction LO qui s’appelle le « grand capital. »

La réaction de LO à la trahison de Syriza est un avertissement à la classe ouvrière : si LO devait arriver au pouvoir, ce parti attaquerait sans relâche la classe ouvrière, comme l’a fait Syriza.

(Article paru d’abord en anglais le 26 juillet 2015)