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Le président français rejette la demande d’assistance du fondateur de WikiLeaks

Par Patrick Martin
6 juillet 2015

Le président français François Hollande a rejeté des suggestions que son gouvernement devrait accorder l'asile au fondateur de Wikileaks Julian Assange suite à la révélation par cette dernière de l'espionnage illégal de plusieurs dirigeants français par l’Agence nationale américaine de sécurité (NSA).

Le cabinet de Hollande a publié un bref communiqué d’un paragraphe vendredi disant que « La France ne [pouvait] pas donner suite à sa demande », en réponse à une longue lettre ouverte d’Assange publiée plus tôt dans la journée par le quotidien Le Monde. «Je suis un journaliste qui a été poursuivi et menacé de mort par les autorités américaines en raison de mes activités professionnelles », écrit Assange.

Hollande a nié que la persécution d’Assange par les Etats-Unis mettait sa vie en danger comme il l’affirmait dans sa lettre ouverte. « La situation de M. Assange ne ​​présente pas un danger immédiat », a déclaré son cabinet.

Le ton cynique et méprisant de cette réponse ne fait que souligner l'hypocrisie crasse du président français qui avait fait de nombreuses déclarations boursouflées sur la liberté de la presse à la suite du massacre commis par deux islamistes armés au magazine Charlie Hebdo en janvier.

Quand il s’agissait de prendre la défense d’un magazine publiant des caricatures insultantes pour les musulmans, Hollande était tout prêt à se mettre à la tête du défilé. Mais quand c’est une publication en ligne qui a courageusement dénoncé les crimes du plus puissant pays impérialiste, les États-Unis, le président de la France est plutôt moins volubile et se cache derrière ses avocats. Assange « est l'objet d'un mandat d'arrêt européen», fait valoir sa déclaration.

Le juriste espagnol de renom Baltazar Garzon, le principal avocat d'Assange, a publié une déclaration en réponse aux informations des médias français, niant qu’Assange avait fait une quelconque demande officielle d'asile en France, un processus juridique long et compliqué.

Le Monde a fait remarquer que la lettre ouverte d’Assange ne mentionnait pas le droit d'asile, mais cherchait plutôt un soutien et une protection diplomatique de la France contre sa persécution par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Suède.

Quelle que soit la nature exacte de l’appel d’Assange, il semble clair que lui et ses partisans ont sondé le terrain auprès des responsables français. Le mois dernier, WikiLeaks a publié des documents sur l’espionnage par le gouvernement américain des présidents Chirac, Sarkozy et de Hollande lui-même. En France, il y eut un bref tollé médiatique, mais il était clair que le gouvernement français ne voulait pas envenimer les relations avec Washington ou attirer l'attention sur sa propre Loi draconienne d'espionnage domestique soumise au même moment à l’Assemblée nationale pour adoption.

La question a été enterrée sans suite après qu’une plainte officielle ait été déposée auprès de l'ambassadeur des États-Unis.

Durant cet épisode cependant, la ministre française de la Justice Christiane Taubira a suggéré dans une interview télévisée que la France pouvait offrir une protection tant à Assange qu’à l’ancien employé de la NSA Edward Snowden, actuellement en exil en Russie après avoir révélé en 2013 l'espionnage massif illégal de la NSA dans le monde entier.

« Et si la France décidait de le faire, moi je ne verrais rien de choquant dans la mesure où, dans notre loi, nous avons introduit une protection des lanceurs d’alerte »

Un groupe de militants français des droits civiques a alors envoyé une invitation à visiter le pays à Assange. Le fondateur de WikiLeaks vit dans l'ambassade d'Équateur à Londres depuis plus de trois ans pour éviter une extradition vers la Suède, où il est poursuivi sur la base de fausses allégations d'agression sexuelle.

Ces accusations ont été fabriquées par un procureur suédois soit pour faire taire Assange en l’enfermant pour une longue période ou pour faciliter son extradition vers les États-Unis pour un procès et une possible exécution en vertu de la loi sur l'espionnage. La motivation politique des accusations fut démontrée par leur calendrier. Elles furent portées tôt après la première publication majeure par WikiLeaks de rapports internes de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan, documentant de nombreux crimes de guerre et au moment où de hauts responsables du gouvernement américain appelaient à l'arrestation d'Assange et même à son assassinat.

Dans sa lettre ouverte au journal Le Monde, Assange révèle que son plus jeune enfant et la mère de celui-ci étaient tous deux français et vivaient en France, et qu’il a été incapable de les voir depuis le début, en 2010, de la campagne du gouvernement américain contre WikiLeaks.

Assange écrit: « En m’accueillant, la France accomplirait un geste humanitaire mais aussi probablement symbolique, envoyant un encouragement à tous les journalistes et lanceurs d’alerte qui, de par le monde, risquent leur vie au quotidien pour permettre à leurs concitoyens de faire un pas de plus vers la vérité ».

En rejetant la demande d’Assange, Hollande a fait le contraire et envoyé un message de désapprobation et de condamnation aux journalistes qui cherchent effectivement à faire leur métier honnêtement et à informer le public plutôt que de prendre leurs ordres auprès des bureaux de propagande des services secrets de Washington, Londres ou Paris.

(Article original publié le 4 juillet 2015)