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Le NPA tente d'étrangler l'opposition à la loi sur le Renseignement

Par Anthony Torres
12 mai 2015

L’adoption par le parlement de la loi sur le Renseignement expose la banqueroute politique du NPA, qui en soutenant le gouvernement PS l'aide à mettre en place les mesures nécessaires pour construire un Etat policier. Le NPA, malgré ses critiques en surface de cette loi, est complice de la construction de cet appareil d’Etat policier.

L’article de Jean Philippe Divès intitulé « Face à la spirale de la répression de l’Etat », dénombre certains crimes du PS : « Cela fait donc trois ans que nous avons un gouvernement 'socialiste' … Et c’est ce gouvernement-là qui non seulement multiplie les interventions militaires en Afrique et au Proche-Orient mais interdit les manifestations de solidarité avec la Palestine, soutient des méthodes de répression causant de graves blessures et jusqu’à la mort (Rémi Fraisse) ».

A propos de la loi sur le Renseignement, Divès écrit : « Au prétexte d’une lutte contre la menace djihadiste, ce texte dont les dispositions s’inspirent – quoi qu’en disent les responsables gouvernementaux – du Patriot Act états-unien, ouvre en effet la voie à une surveillance généralisée de la population par les services secrets ».

Et quel a été le rôle du NPA et du reste de la pseudo-gauche? En 2012, ces partis ont aidé Hollande à se faire élire, appelant à un vote PS au second tour de la présidentielle contre Sarkozy. Depuis, ils bloquent une lutte de la classe ouvrière contre la politique d’austérité et de guerre du gouvernement PS. Les guerres impérialistes au Proche-Orient, dont Divès se plaint hypocritement et qui jouent un rôle central dans la spirale répressive en France, ont joui du soutien sans faille du NPA.

En Syrie, le NPA a soutenu et participé activement à la guerre par procuration de la France et des Etats-Unis contre le régime d’Assad, menée par des forces islamistes liées à Al Qaïda. En 2011, lors d’une réunion organisée en Suède, le NPA a, par l’intermédiaire de Gilbert Achcar, côtoyé les dirigeants du Conseil National Syrien, divers agents et collaborateurs du renseignement américain et français pour débattre de la meilleure manière de présenter les guerres et minimiser l’opposition populaire à leur encontre. Les forces qu’Achcar a rencontrées en 2011 font partie des mêmes réseaux islamistes que ceux dont les forces ont commis les attentats dans les locaux de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher.

La réaction du PS aux attentats ne fut pas de mettre fin au soutien de Paris à la guerre en Syrie, qui a fait des centaines de milliers de morts et plus de dix millions de réfugiés. Le PS a instrumentalisé les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en France pour accélérer de vastes attaques, qui étaient déjà en préparation, contre les droits démocratiques dont la loi sur le Renseignement.

Cet engrenage sanglant et réactionnaire continue derrière le dos de la classe ouvrière en France et à travers l'Europe. Il ne répond qu'aux besoins stratégiques de l'impérialisme français, qui craint une éventuelle perte d'influence au Moyen Orient et la montée de l'opposition ouvrière en France à la politique réactionnaire du PS. En soutenant la guerre impérialiste en Syrie, le NPA œuvre ainsi pour la mise en place d’un Etat policier par le gouvernement PS.

Le soutien du NPA à cette politique s’explique par son caractère de classe: il représente des couches aisées de la petite bourgeoisie profondément hostiles à la classe ouvrière. Ces milieux craignent l'effet sur leurs portefeuilles d'actions d'une perte de l'influence de l'impérialisme au Moyen Orient, ou d'un débordement des bureaucraties syndicales et du gouvernement PS par la classe ouvrière. En tant que fidèle soutien de l’Etat, le NPA ne se sent pas visé par la loi sur le Renseignement.

Ses critiques sans conviction de cette loi, comme ses appels sans avenir à une mobilisation pour opposer la loi, ne servent qu'à entretenir l'illusion que le NPA est un parti d'opposition et à tenter de bloquer la formation d'une alternative politique sur sa gauche.

Dans « Sécuritaire: putsch contre nos libertés, attentat contre nos droits! » la porte-parole du NPA Roseline Vachetta lance une complainte impuissante contre l'Etat: « Trois mois seulement se sont écoulés depuis les terribles attentats des 7 et 9 janvier et les manifestations énormes en mémoire des victimes et en défense de la liberté d’expression... Et les députés devraient adopter ce 5 mai la loi sur le renseignement! ».

L'indignation de Vachetta contre l'Etat est à la fois fausse et réactionnaire. Elle ne fait que redorer le blason des manifestations organisées par l'Etat après les attentats contre Charlie Hebdo le 7 janvier et l'Hyper Cacher le 9.

Ce n'étaient pas des manifestations « en défense de la liberté d'expression », mais des défilés par lesquels le PS voulait alimenter le nationalisme et capter le vote FN. C'est pour cela que Hollande a publiquement invité la chef du FN, Marine Le Pen, à l'Elysée quelques jours avant les manifestations, un fait que Vachetta passe sous silence.

Une ligne droite politique relie cet attisement de l’hystérie sécuritaire, voire d'extrême-droite, que Vachetta applaudit, au passage d'une loi qui met en place l’infrastructure d'un Etat policier.

Après avoir détaillé certains éléments des techniques de surveillance, elle écrit que « ce sont bien nos droits fondamentaux à une vie privée et à la protection de nos données, à la critique et à la manifestation, bref à la contestation, à la rébellion. Contre ce gouvernement liberticide, mobilisation! »

Cet appel ambigu à une « mobilisation » sans programme, sans préciser quelles forces doivent se mobiliser, et contre un gouvernement que le NPA continue à défendre après avoir aidé à le faire élire, n'est qu'une évasion.

Le NPA propose de mobiliser des couches sociales qui sont, comme lui, dans l'orbite politique du PS, dans des rassemblements sans perspective, où les questions soulevées par la guerre en Syrie et le risque d'émergence d'un Etat policier en France sont passées sous silence. C'est à dire qu'elles ne mobiliseraient aucune opposition effective à la loi et qu'elles seraient en fait plutôt de droite. Sans surprise, elles ont été jusqu'ici sans lendemain.

La loi sur le Renseignement et l'opposition factice du NPA constituent un avertissement sérieux pour les travailleurs. La défense des droits démocratiques passe par une lutte politique indépendante de la classe ouvrière contre le gouvernement PS sur la base d’une perspective socialiste et révolutionnaire. Pour lutter contre le PS, les travailleurs devront aussi lutter contre le NPA.