Les États-Unis déploient des F-15 en Syrie pour contrer les chasseurs russes

Le département de la Défense américaine a annoncé vendredi que les États-Unis vont envoyer un escadron d'avions-chasseurs F-15C à la base aérienne d'Incirlik en Turquie. Le rôle des avions de chasse américains, spécifiquement conçus pour le combat aérien contre d'autres chasseurs sophistiqués, indique que le déploiement représente un développement beaucoup plus significatif que pourrait l'indiquer son petit nombre.

La série d'avions-chasseurs F-15 a été développée en réponse à l'annonce en 1967 de l'avion soviétique intercepteur MiG-25 «Foxbat».

À cause de la conception du F-15C pour le combat aérien contre d'autres grandes puissances, les États-Unis n'ont jusqu'à présent pas eu besoin de déployer ce modèle dans les régions de guerre du Moyen-Orient et de l'Asie centrale, où les forces opposées n'ont pas d'avions de chasse.

Le déploiement soudain, à peine deux mois après que la Russie ait commencé l'envoi de ses propres chasseurs SU-30 vers sa nouvelle base à Latakia en Syrie, est indicatif du fait que les avions ont été déployés en réaction à la campagne aérienne de Moscou.

Un article paru vendredi dans le Washington Post était intitulé: «La seule raison pour laquelle des F-15 vont en Syrie est pour combattre des chasseurs russes».

«Les États-Unis et la Russie envoient des armes en Syrie qui sont conçues pour être utilisées les unes contre les autres», déclare le titre d'un article du magazine Time vendredi dernier.

Les chasseurs américains sont déployés dans la région où des avions de guerre russes auraient pénétré l'espace aérien turc le mois dernier. Ces événements ont été utilisés pour justifier la dernière vague de rhétorique de guerre anti-russe par les États-Unis et l'OTAN.

«Le déploiement des avions de chasse aériens a lieu après que deux avions de guerre russes, actifs en Syrie, sont entrés dans l'espace aérien turc le mois dernier, déclenchant de fortes condamnations de la part de la Turquie et ses alliés de l'OTAN. Le déploiement signale la détermination de l'OTAN à protéger ses membres suite à l'intrusion des avions russes», notait US News and World Report vendredi.

Les avions additionnels ont été envoyés après les requêtes du gouvernement turc pour plus d'aide militaire des États-Unis afin de sécuriser sa zone frontalière. Même avant l'annonce de vendredi, la frontière entre la Syrie et la Turquie était déjà en train de devenir l'une des plus dangereuses lignes de démarcation géopolitique dans le monde. En octobre, l'armée turque a abattu un drone militaire non identifié le long de cette même zone frontalière, mais la provenance du drone n'a pas été confirmée.

Le stationnement de chasseurs avancés dans cette zone marque un autre pas vers l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie. L'administration Obama a résisté à plusieurs reprises aux requêtes turques pour l'établissement immédiat d'une zone d'exclusion aérienne, mais la semaine dernière des représentants de haut rang de la défense des États-Unis signalaient au Congrès que cette option n'était «pas exclue».

Les analystes pensent qu'une zone d'exclusion aérienne entraînerait nécessairement la création de zones militarisées au sol. Les États-Unis ont fait un autre pas dans cette direction la semaine dernière, annonçant la formation d'une nouvelle armée, dénommée la Force démocratique syrienne (FDS). La FDS est composée de milices kurdes et arabes qui ont reçu des cargaisons d'aide militaire au cours des dernières semaines.

La force est largement une faction renommée des milices des Unités de protection du peuple kurdes (YPG), d'après des rapports provenant de membres de groupes militants dans l'organisation FDS. «La Force démocratique syrienne est essentiellement le YPG. C'est un masque pour éviter les attaques des autorités turques et avoir un appui plus fort de la coalition», a dit l'ancien porte-parole des YPG Alaa al-Sheikh au Financial Times.

Les États-Unis tentent de changer l'image des YPG, qui ont été accusées de crimes de guerre systématiques contre la population arabe du nord de la Syrie par un récent rapport d'Amnistie Internationale, en lui greffant de petits contingents de combattants arabes, incluant des militants affiliés à Thuwar Raqqa, Jaish al-Thuwar et d'autres factions ayant des liens avec Al-Qaïda.

Sous le mince verni «multiethnique» et «démocratique», Washington rassemble une force à peine fédérée qui provient largement de groupes militants qui auraient rasé des dizaines de villages durant la dernière année.

Il semblerait très probable que la première mission de la FDS sera de mener une offensive terrestre contre la ville syrienne de Raqqa, qui sert de capitale pour les militants alignés à l'État islamique (EI). Mais l'attaque planifiée contre Raqqa est perçue avec scepticisme par les factions arabes de la FDS, qui s'inquiètent que des éléments exploitent l'offensive pour privilégier leurs propres ambitions de créer un État kurde, ce qui pourrait entraîner un conflit ethnique au sein de la coalition FDS.

Le bombardement de cibles syriennes par les forces aériennes russes la semaine dernière a souligné les graves risques qui accompagnent la dernière escalade des tensions américaine. La logique de l'escalade militaire impérialiste émerge de façon particulièrement claire sur les champs de bataille de la Syrie. Le bombardement russe des forces appuyées par les États-Unis, dont le but pour Moscou est de soutenir son gouvernement client à Damas et créer les conditions pour une entente politique, a surtout réussi à provoquer Washington à augmenter ses propres opérations militaires.

Tandis que les milices appuyées par les États-Unis sont déjà impliquées dans de rudes combats contre la coalition menée par la Russie sur un front, Washington se prépare à ouvrir un tout nouveau front dans des zones stratégiques des enclaves occidentales qui demeurent largement sous contrôle gouvernemental.

Pendant que le secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov discutaient de la possibilité d'entamer des négociations politiques entre l'opposition syrienne et le régime Assad vendredi, des dizaines de soldats des Forces spéciales des É.-U. préparaient l'entraînement de forces additionnelles pour des offensives dans des zones où les unités aériennes russes sont déjà impliquées dans de violents combats.

Le déploiement terrestre des États-Unis, annoncé par le président Barack Obama la semaine dernière en reniant ses promesses répétées de ne pas envoyer de troupes de combat au sol, représente seulement le début d'une intensification générale des opérations des États-Unis en Syrie et en Irak. Le secrétaire de la défense Ashton Carter a déclaré la semaine dernière que les forces des États-Unis planifient à présent leurs propres «actions directes sur le terrain» en Syrie et en Irak.

Washington et Moscou sont entraînés de plus en plus proche des lignes de front, sur les côtés opposés d'une guerre civile, dans des conditions où le coup d'État ukrainien appuyé par les États-Unis et un déploiement militaire massif des É.-U.-OTAN en Europe de l'Est qui l'a suivi ont déjà amené l'humanité au bord d'une guerre entre les deux plus importantes puissances nucléaires.

Le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg a demandé jeudi aux membres de l'alliance menée par les É.-U. de préparer des déploiements militaires visant à contrer la puissance militaire russe dans l'est de la Méditerranée, la mer Noire et la mer Baltique.

Dans une déclaration adressée aux médias lors d'une visite au Portugal, où l'OTAN tient ses simulations de guerre de masse «Trident Juncture 2015», des exercices dont le but transparent est de préparer l'alliance pour une guerre générale européenne contre la Russie, Stoltenberg a averti de «déploiements militaires qui permettent à la Russie, selon de nombreux experts, de mener une stratégie d'interdiction d'accès».

L'alliance de l'OTAN doit réagir avec une mobilisation militaire s'étendant le long de la masse continentale de l'Eurasie, a dit Stoltenberg. «La question à l'ordre du jour est comment réagir à l'augmentation des capacités russes d'interdiction d'accès dans la mer Baltique, la mer Noire et maintenant dans la mer Méditerranée.» 

(Article paru d'abord en anglais le 7 novembre 2015)

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