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Mercedes-Daimler impose du travail non rémunéré à l'usine française de voitures Smart

Par Antoine Lerougetel
24 septembre 2015

Le 11 septembre, la direction de Mercedes-Daimler a tenu un «référendum» sur son plan «Pacte 2020» pour intensifier l'exploitation de la main-d'œuvre à sa filiale de la ville de Hambach à l'est de la France. L'usine déjà rentable, Smartville, produit 100.000 voitures Smart biplaces par an et emploie 800 travailleurs.

Le Pacte 2020, conçu afin de faciliter le licenciement de 110 travailleurs intérimaires, prolonge la semaine de travail de 35 heures à 39 heures, en n'offrant que 37 heures payées. L'augmentation de 12 pour cent du temps de travail est compensée seulement par une hausse de six pour cent au salaire et une prime à la signature de 1000 euros.

Dans une situation où les travailleurs n'ont aucune confiance que les syndicats vont s'opposer aux fermetures d'usines ou à des licenciements massifs et où il y a un taux de chômage de plus de 10 pour cent, la société a obtenu un vote majoritaire des travailleurs.

Les travailleurs ont voté «oui» à 56 pour cent à la question, «Êtes-vous pour le retour aux 39 heures hebdomadaires, payées 37 heures, entre 2016 et 2019, en échange du maintien de votre emploi jusqu’en 2020 ?» Quatre-vingt-treize pour cent des travailleurs ont participé au vote. Selon les témoignages, 74 pour cent des 385 membres du personnel de gestion ont voté «oui», l'emportant sur le 61 pour cent des 367 travailleurs à la production qui ont voté «non».

Stéphanie, une employée à la production avec 18 ans d'ancienneté, a déclaré, «La direction fait du chantage à l'emploi. Les jeunes ne voient que la prime de 1000 euros bruts... ce n'est qu'un leurre.» Étienne, un col blanc avec cinq ans d'expérience, a déclaré: «l'effort consenti n'est pas supportable».

La décision des travailleurs de voter pour l'accord, malgré une large opposition, témoigne du rôle réactionnaire des syndicats. Après qu'ils ont isolé et vendu des grèves contre les fermetures d'usine en France et à travers l'Europe, dont l'usine de pneus Continental à Clairoix, l'usine automobile PSA Peugeot-Citroën à Aulnay ou l'usine d'ArcelorMittal à Florange, les travailleurs n'ont à juste titre aucune confiance que les syndicats défendraient leurs emplois .

Les actions de Daimler à l' usine de Hambach font partie d'un assaut sur les travailleurs de l'ensemble de ses usines. Les ouvriers de l'usine Smart en France sont jetés dans une compétition fratricide contre les travailleurs de l'usine slovaque de la compagnie à Novo Mesto, qui assemble une voiture Smart quatre places. Le modèle Renault Twingo y est également fabriqué.

Plus largement, l'attaque sur les travailleurs de Daimler en Europe fait partie d'un assaut à échelle mondiale sur les travailleurs de l'automobile qui a été accéléré par la crise économique mondiale. À l'heure actuelle, 141.000 travailleurs de l'automobile des États-Unis sont confrontés à une attaque massive contre leurs salaires et leurs conditions de travail de la part de GM, Ford et Chrysler Fiat, avec la collaboration du syndicat United Auto Workers (UAW). (Voir: La voie à suivre pour les travailleurs de l'auto)

Le Pacte 2020 est conçu pour outrepasser la loi française des «35 heures», en vertu de laquelle les employeurs doivent payer des heures supplémentaires pour toutes les heures travaillées au-delà de la semaine de travail de 35 heures. Cela fait suite à l'annonce du gouvernement du Parti socialiste (PS) et les organisations des employeurs d'une modification proposée à la loi française qui permet aux syndicats de négocier séparément des contrats dans les usines qui violent le Code du travail national.

Les responsables de Daimler ont dit à L'Obs qu'ils regrettaient que «Pour l’instant, la loi ne nous autorise pas à déroger de manière permanente aux 35 heures.»

Le «référendum» sur le Pacte 2020 a été accepté par les quatre syndicats de l'usine: le syndicat de cadres (CFE-CGC), la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), la Fédération démocratique du travail français (CFDT) alignée au PS et la Confédération générale du travail stalinienne (CGT). Les trois dernières, représentant 65 pour cent de la main-d'œuvre, ont appelé à un vote «non», tandis que la CFE-CGC a appuyé la proposition.

L'accord ne peut être juridiquement contraignant que si les syndicats représentant plus de 30 pour cent de la main-d'œuvre le signent et si les syndicats représentant au moins 51 pour cent des travailleurs ne s'y opposent pas. Si elle était alliée avec la CFTC, la CFE-CGC aurait le pourcentage requis pour faire passer l'accord, tandis que la CFDT et la CGT avec plus de 51 pour cent peuvent le bloquer.

Les travailleurs doivent être avertis que l'opposition de la CGT et la CFDT est entièrement fausse. Les syndicats alignés aux staliniens et au PS sont opposés à toute lutte sérieuse contre les attaques, car ils craignent que cela ne puisse déclencher un mouvement plus large de la classe ouvrière contre le programme réactionnaire du gouvernement PS et les politiques d'austérité menées par tous les gouvernements européens. Leur objectif principal lors d'entretiens avec la direction est de voir comment supprimer l'opposition des travailleurs et obtenir suffisamment de reculs des travailleurs pour inciter Mercedes-Daimler à maintenir l'usine ouverte.

(Article paru en anglais le 23 septembre 2015)